Karl Lagerfeld
Icône pop et kaiser de la mode

Anne-Sophie Fontanet
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Le directeur artistique de Chanel est mort mardi 19 février. Photographe, dessinateur, et éditeur, c’était aussi pour Monaco le grand scénographe du bal de la Rose et « un grand ami de la principauté ».

Le 65éme bal de la Rose, le 30 mars prochain, ne sera certainement pas aussi joyeux qu’à l’accoutumée. Depuis 2013, pas une année sans que la princesse Caroline de Monaco ne demande à son ami, Karl Lagerfeld, de réfléchir à la scénographie qui entourerait ce grand rendez-vous mondain de la principauté. En 2018, le couturier allemand avait opté pour la reconstitution d’un esprit “New York New York” au cœur de la salle des étoiles du Sporting d’été. Un voyage chic, jazzy et amoureux, où Lagerfeld était entouré de la princesse Caroline et de ses enfants Charlotte et Pierre Casiraghi, ainsi que de la jeune Alexandra de Hanovre. Au total, 14 000 roses offraient à cette escale aux couleurs de Manhattan et à cet événement caritatif une élégance supplémentaire. C’est désormais un beau souvenir, suite au décès de Karl Lagerfeld, mardi 19 février, à l’âge de 85 ans. La famille princière envisage déjà un hommage spécial au kaiser de la mode, lors du prochain bal de la Rose, imaginé autour du thème de la Riviera.

Millefiori

« C’est un grand personnage qui disparaît, pas uniquement un grand créateur, mais un homme qui a marqué le monde de la mode et des arts, s’est exprimé le prince Albert II dans les colonnes de Monaco-Matin. C’était un grand ami de la principauté et un homme d’une grande générosité. Karl Lagerfeld a largement contribué à beaucoup d’organisations et associations caritatives à Monaco. Bien sûr le bal de la Rose, mais aussi le bal de la Croix-Rouge. Il était l’un de nos plus importants donateurs et ça je ne l’oublierai jamais. » La belle histoire entre le créateur et Monaco avait débuté au début des années 1980 : « C’est mon paradis, moi qui suis un papillon international. J’ai été accueilli à Monaco comme nulle part ailleurs. » De la villa La Vigie, louée pendant 14 ans, à l’appartement tout en haut du Millefiori, avec vue sur le casino de Monte-Carlo, Karl Lagerfeld avait trouvé un cocon doré en principauté. Il y aura mené plusieurs projets, outre les nombreux bals qu’il avait scénographié. Des collaborations avec les ballets de Monte-Carlo de Jean-Christophe Maillot, un défilé Chanel dans le casino, une vidéo promotionnelle toujours pour sa maison de couture, et une fresque photographique en verre autour de la piscine du Métropole inaugurée en 2013.

La réinvention de l’autre

Directeur artistique de Chanel depuis 1983, de Fendi depuis 1985, il avait aussi sa propre ligne lancée en 1984. Dans les années 1990, il est appelé pour relancer la marque Chloé, dont il devient le directeur artistique. Son parcours mode démarre suite à un concours en 1954. « C’est étrange de la part d’un enfant de 7-8 ans, mais sans savoir comment, j’étais persuadé que j’allais être connu, pour ne pas dire célèbre… J’ai vraiment su que la mode allait devenir mon métier, quand j’ai gagné ce fameux concours en 1954 pour le dessin d’un manteau. » Alors qu’il n’a qu’une vingtaine d’années, il côtoie Yves Saint-Laurent. L’un part travailler avec Christian Dior, l’autre pour Pierre Balmain. Sa philosophie ? La réinvention de l’autre : « Le succès annule. Il faut refaire mieux, si on peut. Différemment, de préférence. » La patte de l’Allemand au fil des ans, c’était aussi des défilés-spectacles souvent démesurés. A Paris, le Grand Palais était devenu son laboratoire transformé au gré de son inspiration en base aérospatiale, casino géant, forêt des gorges du Verdon…

Choupette

Cette empreinte indélébile ne marquera évidemment pas que Monaco. Icône populaire, Karl Lagerfeld savait jongler avec un certain mystère. Ses amis reconnaissent volontiers qu’il ne disait pas toujours la vérité aux médias qui l’interrogeaient. Jusqu’à sa date de naissance, estimée au 10 septembre 1933. « Je n’ai pas de racine. Je suis transportable, transformable. » Il y a 15 ans, un documentaire de Rodolphe Marconi intitulé Lagerfeld confidentiel suivait les pas du créateur. « Il ne faut surtout pas s’attacher aux choses, parce que c’est encombrant », expliquait Lagerfeld. A Paris, pourtant, il conservait des milliers de livres. Ce fan de lecture confiait : « Je ne peux pas vivre sans livre. Sans livres, une pièce est comme morte ». Il possédait surtout énormément de vêtements. « Je n’aime porter que ce qui est de la dernière saison. Aimer la mode, c’est aussi la porter », défendait-il. Le lendemain de son décès, on apprenait que ses dernières volontés seraient respectées. Aucune cérémonie publique ne serait organisée en sa mémoire. Incinéré, « conformément à ses souhaits », ses cendres devraient rejoindre, pour partie, sa « chère mère », morte en 1978, mais aussi son « grand amour », Jacques de Bascher (1951-1989). Karl Lagerfeld laisse derrière lui une légende, mais surtout Choupette, une petite chatte, qui devrait hériter d’une partie de sa fortune, selon les médias français. Côté professionnel, c’est Virginie Viard, son éternel bras droit, qui a été désignée pour lui succéder à la tête de la collection Chanel.

 

journalistAnne-Sophie Fontanet