« Le dialogue social est permanent »

Raphaël Brun
-

Si le département pour les affaires sociales et la santé estime que l’intérim fonctionne plutôt bien à Monaco, il juge aussi qu’il faut l’encadrer par un texte de loi pour doper la croissance des embauches et des entreprises utilisatrices. Ce qui passe par des discussions suivies avec les partenaires sociaux.

L’intérim, c’est forcément synonyme de précarité ?

Les idées reçues et les préjugés associant l’intérim à une situation précaire sont courants. Pourtant, le travail en intérim a évolué au fil des années, porté par une évolution des modalités de travail et de notre société généralement. D’ailleurs, globalement, les intérimaires ont une bonne opinion de l’intérim.

Mais les emplois proposés en intérim sont souvent peu qualifiés ?

Historiquement pourvoyeur d’emplois peu qualifiés, principalement dans l’industrie et le bâtiment la tendance est, ces dernières années, à l’augmentation du niveau de qualification des salariés intérimaires. La part du tertiaire est également en croissance.

Les principaux atouts du travail en intérim ?

L’intérêt du travail, l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle et la rémunération restent les principaux motifs d’attraction des intérimaires à l’égard de cette forme d’activité. De plus, les salariés en intérim perçoivent, en plus de leur salaire, une prime qui correspond à 10 % environ de leur rémunération de base pour la mission.

Quoi d’autre ?

C’est aussi un tremplin vers l’emploi, une manière efficace d’acquérir de nouvelles compétences et un professionnalisme certain, en multipliant les expériences, ainsi que de s’ouvrir à de nouveaux secteurs d’activité.

À Monaco, comment jugez-vous le fonctionnement du travail en intérim ?

Le système à Monaco fonctionne plutôt bien. Les agences de travail temporaire se sont structurées et proposent une charte de qualité pour les entreprises utilisatrices, ainsi que pour les travailleurs intérimaires.

En moyenne, combien de personnes travaillent en intérim en principauté ?

Aujourd’hui en principauté de Monaco, l’intérim concerne près de 3 000 salariés. Ce nombre a évolué à la hausse ou à la baisse au cours des 7 dernières années, en fonction de la charge de travail des entreprises. Il y a 13 entreprises de travail temporaire à Monaco. Ce nombre est stable.

Quelle est la durée moyenne des missions ?

Contrairement à une idée répandue, la durée des missions est relativement courte, puisque 68 % d’entre elles s’étendent sur moins de 6 mois. Seules 3 % ont une durée supérieure à 2 ans, par exemple pour des chantiers plus complexes.

Les gens travaillent en intérim de façon durable ?

Le personnel reste peu en intérim, puisque près de 90 % des salariés de ce secteur y œuvrent moins de cinq années.

Le secteur de l’intérim est stratégique pour Monaco ?

L’intérim à Monaco est important pour tous. Pour les sociétés spécialisées, bien sûr. Pour les salariés concernés, qui doivent faire l’objet d’une attention particulière. Pour les opérateurs économiques qui ont recours à l’intérim, car cela leur apporte réactivité et flexibilité, leur permettant de s’adapter au mieux et sans délai à leurs commandes. Et enfin, pour l’Etat, pour qui ce secteur d’activité est important et permet à notre économie de s’adapter de manière constante aux besoins auxquels elle a à faire face.

Actuellement, quels sont les textes qui réglementent l’intérim à Monaco ?

Aujourd’hui, c’est le droit commun du travail qui s’applique à l’intérim, tant en ce qui concerne les conditions de recrutement, que de déroulement de la relation entre employeur et salarié (congés, repos, rémunérations, etc.). La direction du travail y veille.

Si tout va bien, pourquoi créer un texte de loi spécifique pour l’intérim ?

Il est nécessaire de repenser l’approche du travail temporaire porteur de cette nouvelle manière de travailler. J’ai donc estimé que ce serait positif que la principauté se dote d’une loi-cadre dans ce domaine. Nous n’en disposons pas encore, et un tel texte viendrait sans doute compléter utilement nos dispositions sur le droit du travail.

Vous allez travailler sur ce texte de façon rapide ?

Le choix de traiter de l’intérim aujourd’hui ne répond pas à une situation d’urgence, mais à un souhait réfléchi de doter cette forme de travail d’un cadre législatif garant des droits des salariés et entreprises. C’est aussi une reconnaissance et une consécration du travail opéré par les agences d’intérim. Leurs engagements pris à l’égard des salariés et des entreprises utilisatrices se verront ainsi renforcés par un cadre légal.

Vous allez consulter les partenaires sociaux et les professionnels concernés par l’intérim ?

Sur ce texte, le gouvernement avance dans un contexte de dialogue social permanent. Comme je l’ai fait sur un certain nombre de sujets d’importance, j’ai donc proposé aux partenaires sociaux et aux sociétés concernées d’ouvrir une large réflexion et d’échanger sur ce sujet important.

Quelle est votre base de travail ?

Nous pouvons nous appuyer sur le vœu exprimé récemment par le Conseil Economique et Social (CES), et sur les travaux conduits il y a quelques années sur ce secteur d’activité. Le code de déontologie de l’intérim, actuellement appliqué à Monaco par les entreprises de travail temporaire, constitue également une référence intéressante.

Où en sont les travaux d’élaboration de cette future loi sur l’intérim ?

Lors d’une première réunion de concertation du 21 décembre 2018, le département des affaires sociales et de la santé a recueilli les attentes et les suggestions des participants. Car nous avons besoin d’expertise et de concertation, afin de trouver le juste équilibre entre la protection des salariés et le dynamisme de notre économie.

Vos principaux objectifs avec ce texte de loi ?

Créer de l’emploi avec plus de sécurité dans le parcours professionnel et une croissance de nos entreprises.

Quel est le cheminement que va devoir emprunter ce texte ?

Actuellement, le département des affaires sociales et de la santé se charge d’établir un avant-projet de loi tenant compte des observations des partenaires sociaux concertés, du code de bonne conduite de la profession et des référentiels législatifs des Etats voisins, tout en préservant les spécificités monégasques.

Et ensuite ?

Ce projet sera ensuite soumis aux partenaires sociaux pour relecture conjointe, afin d’intégrer les préconisations des différents participants.

Il n’y a aucun problème dans le dialogue avec les différents acteurs concernés par ce dossier ?

J’écoute les organisations syndicales qui le souhaitent, je suis au contact des entrepreneurs, dans l’intérêt de tous. L’objectif consiste à construire ensemble un texte dont nous puissions être fiers dans ce domaine important.

 

Suite du dossier :

« L’intérim doit rester limité à des missions ponctuelles »

 

journalistRaphaël Brun