AS Monaco Vadim Vasilyev viré,
Oleg Petrov pressenti

La Rédaction
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Le 14  février à 17h, un communiqué lapidaire de l’AS Monaco a annoncé le limogeage de Vadim Vasilyev. Une décision qui a « surpris » le prince Albert II. Oleg Petrov, un businessman russe proche collaborateur du président et actionnaire majoritaire du club, Dmitry Rybolovlev, devrait être nommé vice-président de l’ASM le 22  février.

Le 24  février, l’AS Monaco recevra l’Olympique Lyonnais (OL) (3ème, 46 points) à l’occasion de la 26ème journée de Ligue 1 (L1). Avant cette rencontre de prestige au stade Louis-II, le climat au club n’est pas propice à la sérénité. Oleg Petrov (55 ans), proche du propriétaire du club, Dmitry Rybolovlev, est attendu en remplacement de Vadim Vasilyev. Il devrait être présenté vendredi 22 février à l’occasion d’un conseil d’administration du club. La loi des séries a encore frappé. La dernière victime est le plus proche collaborateur de Dmitry Rybolovlev, à savoir Vadim Vasilyev lui-même. « J’aimerais bien que l’on retienne que l’homme fort du projet de l’AS Monaco, c’est Dmitry Rybolovlev. » Ces paroles sont celles que Vadim Vasilyev a prononcées, lorsque Monaco Hebdo l’a interviewé, en mars 2018. Visionnaire ou réaliste ? En tout cas, les derniers événements lui donnent raison. « C’est le temps des changements, a déclaré le président et propriétaire de l’ASM, Dmitry Rybolovlev, dans un communiqué daté du 14 février 2019. […] Je suis convaincu que ces changements nous permettront d’atteindre nos objectifs. » Des « changements » qui ont donc signé le glas au poste de vice-président pour Vasilyev. « J’ai pris une décision qui est très dure pour moi », a poursuivi le milliardaire russe. « J’aimerais remercier le prince Albert II pour son soutien », a indiqué, de son côté, Vadim Vasilyev, dans un message d’adieu, publié le 14 février. Quelques jours plus tard, le 18 février, en marge des Laureus Awards, la cérémonie qui récompense les sportifs qui ont marqué l’année (lire notre article par ailleurs), le prince Albert II a rompu le silence. Il s’est dit surpris, regrettant très clairement le timing de ce licenciement : « C’était un petit peu une surprise. Si on peut dresser un bilan de ce qu’a fait Vadim Vasilyev ces dernières saisons, il est extrêmement positif. C’est vraiment dommage que cette saison soit une mauvaise saison. Non seulement on est très loin des objectifs qu’on s’était fixé, mais on est très loin aussi des performances qu’on peut attendre de l’équipe. Mais c’est dommage de faire ces changements avant la fin de la saison. »

Bouleversements

« Aujourd’hui, c’est avec une très forte émotion que je quitte ma fonction de vice-président et directeur général du club », a souligné Vasilyev. En poste depuis 2013, Vadim Vasilyev, 53 ans, a rencontré Dmitry Rybolovlev en 1995 à Chicago. Cet ancien diplomate était chargé de la gestion opérationnelle du club et des relations avec les médias. Courtois, affable et souriant, Vasilyev a très vite su s’imposer dans ce rôle. Une certitude, la seconde partie de saison à l’ASM continue donc d’apporter son lot de surprises. Pourtant le mercato hivernal a permis de voir l’arrivée notable de Cesc Fabregas. Le tandem reformé par Vadim Vasilyev et Leonardo Jardim laissait présager des lendemains heureux et surtout, plus de bouleversements à venir. « Malgré les derniers mois difficiles, je suis fier du bilan présenté à la fin de six années intenses », a déclaré Vadim Vasilyev. Certes l’ASM (16ème, 22 points) continue de trembler en championnat. Mais les prémices d’une amélioration sur le terrain sont palpables. La victoire (1-0) face aux Nantais (14ème, 27 points) le 16 février au stade Louis-II lors de la 25ème journée de L1 l’atteste. L’ASM est sortie de la zone de relégation pour la première fois depuis le 25 septembre 2018. C’est le troisième match consécutif sans défaite en L1 pour le club monégasque. « Cependant, des erreurs importantes ont été commises l’année dernière, a jugé Dmitry Rybolovlev. Ce qui nous a menés aux pires résultats sportifs que le club ait connu depuis 7 ans. »

Erreurs

Quelles erreurs ont été commises ? Il y a d’abord eu un mercato raté pendant l’été 2018. Il y a ensuite eu le licenciement de l’entraîneur portugais Leonard Jardim, en octobre 2018. Pour le remplacer, l’erreur de casting a consisté à recruter Thierry Henry, un entraîneur novice, alors que le club était en pleine tempête. Licencié à son tour en janvier 2019, Henry a été remplacé par… Jardim. On peut donc penser que Jardim n’aurait jamais dû quitter son poste. « Ces changements ne touchent pas que l’effectif, mais également les dirigeants », a glissé Rybolovlev. Avant d’ajouter « qu’il regrettait le licenciement de Jardim en octobre. » Une déclaration qui vise donc, de manière indirecte son ex-vice-président, Vadim Vasilyev. Celui-ci serait l’unique responsable des errements passés, voire présents ? Tout l’organigramme de la direction du club est touché. Le directeur sportif Michael Emenalo a vu son champ d’actions se restreindre, puisqu’il est désormais cantonné à faire du “scouting”, afin d’identifier d’éventuelles nouvelles recrues. Présent au club depuis le 27 novembre 2017, Emenalo avait rejoint la Principauté après 10 ans passés à Chelsea. La direction de l’ASM lui a donc demandé d’intégrer la cellule recrutement. Une fonction très tournée vers les voyages, que ce dernier n’affectionne guère. Selon nos confrères de France Football, son départ serait donc d’ores et déjà acté. Il devrait intervenir avant la fin de la saison. Son adjoint, Yannick Menu, a déjà quitté le club. Auparavant, Menu avait été directeur du centre de formation de Rennes, avant d’être sollicité par Emenalo.

Incertitudes

De plus, l’avenir de Nicolas Holveck le directeur général, adjoint proche de Vadim Vasilyev, est incertain. L’ancien directeur général de l’AS Nancy n’a pas d’informations claires sur son futur. Néanmoins, la tendance serait à un maintien au sein de la direction. A suivre. Le poste du Vosgien est essentiel, notamment pour la rédaction des contrats. L’avenir de Franck Passi au sein du staff reste une énigme. L’intéressé a peut-être du mal à s’y retrouver. Le 20 décembre 2018, il était devenu entraîneur adjoint de Thierry Henry aux côtés de Patrick Kwame Ampadu et de Joao Tralhao. Suite à tous ces mouvements, seul reste à la barre du bateau ASM son capitaine, Dmitry Rybolovlev. Le milliardaire russe est à la tête du club monégasque depuis le 23 décembre 2011. Il est l’actionnaire principal avec 66,67 % des parts. Et visiblement, il entend bien demeurer l’unique maître à bord. « Je suis très reconnaissant envers Vadim Vasilyev pour tout ce qu’il a fait pour notre club. Je lui souhaite tout le meilleur pour la suite », a-t-il toutefois indiqué.

« Montagnes russes »

Vadim Vasilyev a été surexposé ces derniers temps. Souriant et médiatique, l’ex-vice-président peut-il être considéré comme le grand responsable de cette moitié de saison ratée ? Arrivé à la vice-présidence du club alors qu’il ne connaissait pas grand-chose au monde du football, Vasilyev a vite appris. Il s’est construit au fil du temps un réseau, et des soutiens à l’international. « Ce n’est pas la première fois que l’ASM traverse une période de crise. Il y a 7 ans nous avons déjà relevé le club, a remarqué Dmitry Rybolovlev. Durant ce temps, j’ai fait tout mon possible pour permettre au club d’obtenir des résultats en adéquation avec nos ambitions. » Ce dernier a connu des fortunes diverses. En janvier 2013, il a donc été nommé conseiller du président Rybolovlev. Puis directeur sportif, et enfin, vice-président du club, le 25 mars 2013. « C’était un peu les montagnes russes » confiait-il à Monaco Hebdo, en mars 2018. Vadim Vasilyev a été élu meilleur dirigeant européen en 2017. Amoureux de la langue française, il savait séduire ses interlocuteurs et défendre son club, coûte que coûte. « Nous avons remporté le titre en Ligue 2 (L2) en 2013. Nous avons surmonté deux problèmes de taille, avec la fronde du football français et le fair-play financier », racontait-il à Monaco Hebdo. Vasilyev a œuvré sur la résolution du conflit entre la Ligue Professionnelle de Football (LFP) et l’ASM en juillet 2015. Face à une situation économique difficile, il a aussi travaillé sur un accord entre le club et l’UEFA sur le fair-play financier.

Dossiers complexes

« En 2015, l’équipe a atteint les quarts de finale de la Ligue des Champions. En 2017, on est arrivé en demi-finales. On a remporté le titre de champion de France 2016-2017. Une performance que l’on a réalisée face au Paris Saint-Germain (PSG) », rappelait Vasilyev à Monaco Hebdo. « Nous avons connu de nombreux succès. Notre équipe est montée sur le podium 5 fois », a commenté pour sa part Dmitry Rybolovlev. Par l’intermédiaire de Vasilyev, Monaco a été honoré à deux reprises du Globe Soccer Award pour sa stratégie de recrutement. Ces trophées sont des récompenses annuelles décernées pour l’excellence dans le football. « Pour la première fois depuis 17 ans, le club a remporté le championnat de France. Et il a accédé aux demi-finales de la Ligue des Champions en 2017 », a souligné le président de l’ASM. Au fil du temps, Vadim Vasilyev a su se faire accepter et faire sa place dans un milieu du football qui n’était pas le sien. Il est entré en novembre 2016 au conseil d’administration de la LFP, où il a su s’imposer et traiter des dossiers complexes. En 2017, il a négocié, à titre de représentant de la France, des compensations suite à la réforme de la Ligue des Champions. « J’ai fait partie d’un groupe de travail. Je suis d’ailleurs parvenu à limiter l’impact négatif de la réforme pour les clubs français », assurait-il à Monaco Hebdo. Quatre places sont désormais attribuées directement à l’Italie, à l’Angleterre, à l’Allemagne et à l’Espagne. Si le vainqueur de la Ligue Europa est qualifié pour la Ligue des Champions, la France récupèrera la place vacante, car elle est la cinquième nation dans l’ordre hiérarchique. « Nous avons fait un sacré bout de chemin ! Il y a eu tellement de moments forts » rappelait-il à Monaco Hebdo. Le 2 mars 2018, Vadim Vasilyev a rejoint la fermée et influente commission de compétitions de clubs, qui est une commission de la fédération européenne de football (UEFA). Il a été co-opté par l’association européenne des clubs. « Cette nomination à la commission de l’UEFA est une bonne chose. Parce que je crois que Monaco n’a jamais été aussi bien représenté en Europe », signalait-il à Monaco Hebdo. La commission de compétitions de clubs joue le rôle de décisionnaire du format des compétitions. C’est elle qui a notamment décidé de la création d’une troisième compétition européenne dès 2021.

Chassé-croisé

Parmi les reproches faits par Rybolovlev, il y a aussi la gestion du poste d’entraîneur. Présent au club depuis juin 2014, Leonardo Jardim a été licencié le 11 octobre 2018, après un début de saison catastrophique, où l’ASM n’a enregistré qu’une seule victoire en 12 matchs. Le 13 octobre 2018, Thierry Henry est nommé en lieu et place du Lusitanien. Mais, très vite, les difficultés s’accumulent et son horizon obscurci. En 20 matchs, l’ASM n’aura remporté que quatre victoires, dont deux en L1. Le 24 janvier 2019 à 19h26, le club a annoncé « suspendre de ses fonctions d’entraîneur Thierry Henry. » Le champion du monde 1998 a laissé son équipe à la 19ème place de la L1. Les Monégasques ne comptabilisaient alors que 15 points. Le 25 janvier 2019, le technicien portugais est redevenu l’entraîneur de l’ASM. Une situation ubuesque qui s’est jouée lors d’un dîner à Monaco, où était présent Jorge Mendes, l’influent agent de l’entraîneur portugais. Lors de cette soirée, Vasilyev et Jardim se sont finalement mis d’accord sur la signature d’un contrat de deux ans et demi.

Mea culpa

Vasilyev a donc dû assumer le retour de Jardim. Le 26 janvier 2019, il a adressé un mea culpa, dans lequel on sentait bien que tous les mots avaient été pesés et réfléchis : « Notre club traverse une période très compliqué. Je suis prêt à déclarer que j’en porte la pleine responsabilité. » Très proche de Leonardo Jardim, Vadim Vasilyev a souvent tenu des propos élogieux à son égard. A l’époque, il envisageait d’ailleurs une collaboration sur le très long terme avec le coach portugais. « La meilleure décision que nous avons prise est d’avoir embauché Jardim. Parce que le rôle de coach est essentiel dans notre projet », remarquait d’ailleurs Vasyliev dans Monaco Hebdo n° 1055. « J’ai notamment tenu personnellement à appeler Leonardo Jardim et à lui présenter des excuses pour l’erreur commise au mois d’octobre », a soutenu Dmitry Rybolovlev dans son communiqué daté du 14 février 2019. Quelques mois auparavant, en mars 2018, Vadim Vasyliev nous avait assuré vouloir « donner une dimension humaine à notre projet ». Ce chassé-croisé d’entraîneurs a mis à mal cette gestion humaniste. « J’ai une pensée pour tous les supporters du club. J’ai partagé de très beaux moments avec eux », a remercié Vadim Vasilyev. Homme d’influence et de réseaux, il ne devrait pas rester bien longtemps éloigné des terrains car, désormais, son expérience et son professionnalisme sont reconnues par ses pairs. « Je voudrais adresser tous mes encouragements à Leonardo et à toute l’équipe. Je suis convaincu que le groupe est sur la bonne voie », a-t-il poursuivi.

Diamants

Le 22 février, lors du conseil d’administration Dmitry Rybolovlev devrait donc présenter son nouveau candidat à la succession. Oleg Petrov a eu les faveurs du milliardaire russe. Très proche de Rybolovlev, ce businessman, né en 1963, a été diplômé en 1989 de l’institut militaire de la ville de Krasnodar, en Russie. A l’époque, cet institut est dirigé par le ministère de la Défense soviétique. Le journal sportif russe Sport Express indique que Petrov a suivi dans cette école une spécialité de traducteur en anglais et en portugais. Et il aurait appris par lui-même l’espagnol et le grec, mais pas le français. Oleg Petrov aurait ensuite enchaîné par l’université d’économie Plekhanov à Moscou et la Harvard Business School en 2012, si l’on en croît son profil LinkedIn. Si Petrov n’a jamais travaillé dans le monde du football, il aurait travaillé dans le secteur de l’électronique, de la production et la vente de potasse utilisée pour la production d’engrais agricoles, mais aussi dans l’extraction de diamants. Dmitry Rybolovlev a vendu son entreprise Uralkali en 2010. C’est là qu’il a rencontré Oleg Petrov. En effet, de 2005 à 2011, Petrov est vice-directeur d’un groupe d’extraction de potasse au Bélarus, où il représente Uralkali. En 2015, il était devenu le directeur d’Alrosa, une entreprise russe spécialisée dans les diamants, qui indique produire 27 % des diamants dans le monde en termes de carats. L’entreprise russe spécialisée dans l’extraction de diamants est première productrice mondiale en volume et deuxième en valeur. C’est en 2017 que Rybolovlev et Petrov se sont retrouvés. Le patron de l’AS Monaco nomme Petrov au poste de directeur commercial d’Alevo, une start-up qu’il a créée en Suisse. Spécialisée sur le marché des batteries au lithium, elle a fait faillite en août 2017, quelques mois seulement après l’arrivée d’Oleg Petrov dans les effectifs. Dix-huit mois plus tard, le tandem Rybolovlev-Petrov devrait donc être reformé. Pour quels résultats ? Début de réponse fin mai, après la 38ème journée de cette très mouvementée saison 2018-2019.

Par Pascallel Piacka et Raphaël Brun

 

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