Trop de labels tue le label ?

Pascallel Piacka
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AB, Bio Siegel, Biogarantie… Il existe autant de labels nationaux certifiants les produits issus de l’agriculture biologique que de pays membres de l’Union européenne (UE). Du coup, difficile de s’y retrouver pour les consommateurs.

Pour aider les consommateurs à s’y retrouver, l’UE a créé le label bio européen Eurofeuille. Obligatoire depuis le 1er juillet 2010, sa mention doit figurer sur tous les produits alimentaires issus de l’agriculture biologique fabriqués en Europe. Le règlement 834/2007 de l’UE encadre la production des produits biologiques, ainsi que leur étiquetage. C’est la résultante d’un an et demi de négociations entre les ministres de l’agriculture des Etats membres. L’Eurofeuille doit ainsi permettre aux consommateurs européens de reconnaître les produits dits « bio ».

Garanties

L’Eurofeuille est censé garantir, au minimum, que le produit labellisé est en conformité avec le règlement 834/2007 de l’UE. Il doit donc porter le nom du producteur, du préparateur ou du distributeur et le numéro d’agrément de l’organisme de certification. Après transformation, le produit est normalement sans organisme génétiquement modifié (OGM), mais une tolérance, dans la limite de 0,9 %, est acceptée. Enfin, il doit contenir 95 %, voire plus, de composants issus de l’agriculture biologique. Depuis le 1er janvier 2009, le label AB français est aligné sur les normes de l’UE. A cette date, l’UE a mis fin à la multiplicité des cahiers des charges nationaux sur le bio. A noter que certaines associations écologistes, comme Greenpeace, jugent l’Eurofeuille trop tolérant à l’égard des OGM.

2021

Le 19 avril 2018, le parlement européen a adopté un nouveau projet de règlement. Sa mise en vigueur interviendra en 2021. Objectif : un durcissement du cahier des charges. L’UE souhaite renforcer les contrôles sur les produits importés. Une période de transition de cinq ans va être observée. Mais à l’issue de cette période, toutes les importations de produits bio devront être conformes aux normes européennes. Selon un rapport français des services de la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF), la filière bio serait en effet propice aux fraudes. En 2015, sur 2 300 contrôles menés par la DGCCRF auprès de 1 008 établissements, le taux d’anomalie avoisinait les 14,2 %. Ainsi, l’UE va réaliser chaque année des contrôles anti-fraude accrus. Ils concerneront toute la chaîne d’approvisionnement des produits. Et ce, auprès de tous les opérateurs européens.

 

Lexique

Qu’est-ce que le label bio ?

Depuis le 1er juillet 2010, l’Union européenne (UE) a introduit un nouveau logo biologique. Il est de couleur verte et est appelé Eurofeuille. Il garantie que 95 %, ou plus, des composants du produit sont issus d’une agriculture biologique respectant la réglementation UE. Le label Agriculture biologique (ou label AB) est un label de qualité français. Il a était créé en 1985. Et il est fondé sur l’interdiction d’utilisation de produits issus de la chimie de synthèse. C’est la définition officielle du « bio ». Il permet d’identifier les produits issus de l’agriculture biologique. Aujourd’hui, c’est un règlement européen qui définit le cahier des charges et les critères de l’agriculture biologique. Toute marchandise non certifiée par le label européen Eurofeuille ne peut être vendue en tant que production biologique.

Quels sont les labels d’agriculture biologique ?

En France, on dénombre trois labels nationaux dédiés à l’agriculture biologique : le label européen Eurofeuille et sa déclinaison française AB. Puis, les labels Nature & Progrès créé en 1972 et Bio Cohérence, lancé en 2009. Mais il arrive aussi de découvrir un quatrième logo : Demeter. Il certifie les productions agricoles répondant aux règles de la biodynamie.

Qu’est-ce qu’un produit bio ?

Un produit diététique, ou un produit naturel, n’est pas forcément biologique. Un produit bio est avant tout un produit respectant une réglementation stricte et précise. Celle-ci se trouve détaillée dans un cahier des charges, dont l’application est contrôlée par un organisme de certification.

Qu’est-ce qu’un produit issu de l’agriculture raisonnée ?

L’agriculture raisonnée est un système de production agricole, dont l’objectif premier est d’optimiser le résultat économique. Il est donc nécessaire de maitriser les quantités d’intrants, c’est-à-dire les différents produits apportés aux terres et cultures. Et notamment les substances chimiques utilisées : pesticides, engrais, activateurs ou retardateurs de croissance, semences et plants. Le but est de limiter leur impact sur l’environnement.

Appellation d’origine contrôlée (AOC) :

Elle désigne des produits répondant aux critères de l’AOP. Elle protège la dénomination sur le territoire français. L’AOC constitue une étape vers l’AOP, désormais sigle européen. Elle peut aussi concerner des produits non couverts par la réglementation européenne, comme les produits de la forêt. C’est la notion de terroir qui fonde le concept des appellations d’origine.

Appellation d’origine protégée (AOP) :

Elle désigne un produit dont les principales étapes de production sont réalisées selon un savoir-faire reconnu, dans une même aire géographique et qui donne ses caractéristiques au produit. C’est un sigle européen qui protège le nom du produit dans toute l’UE.

Biodynamie :

L’idée générale consiste à s’appuyer sur les principes élaborés par l’Autrichien Rudolf Steiner (1861-1925), fondateur de l’anthroposophie. Le jardin ne peut être envisagé que dans la globalité de son écosystème. Le sol bénéficie de préparations naturelles pour doper la biodiversité, tout en prenant en considération les astres et le calendrier lunaire. La récolte est faite à la main. Les produits issus de l’agriculture biodynamique sont certifiés par Demeter, qui est considéré comme le label de référence. Quant au label Biodyvin, il est tourné vers la vigne et la vinification. Les produits cultivés en biodynamie sont certifiés AB. On peut donc considérer que la biodynamie va encore un peu plus loin que l’agriculture biologique.

Indication géographique protégée (IGP) :

Elle identifie un produit agricole, brut ou transformé dont la qualité, la réputation ou d’autres caractéristiques sont liées à son origine géographique. L’IGP s’applique aux secteurs agricoles, agroalimentaires et viticoles.

Viticulture biologique :

La culture biologique de la vigne est régie par le règlement européen CE 2092/911, comme l’ensemble des productions végétales biologiques. Il est commun à l’ensemble des pays de l’UE. Le règlement précise que les vins bio sont obtenus à partir de matières premières agricoles biologiques : raisins, sucre, moût concentré, moût concentré rectifié, alcool. Objectif : privilégier la vie des sols, la pérennité des espèces animales et végétales favorisant alors l’écosystème naturel. Le recours aux produits phytopharmaceutiques, c’est-à-dire pesticides, même naturels, ne doit être qu’exceptionnel.

Viticulture raisonnée :

Le concept est défini par le décret n° 2002-631 du 25 avril 2002, publié au Journal Officiel (JO) français. Il consiste en un traitement ponctuel, et, au cas par cas, des parcelles en fonction des maladies. Ce sont des traitements curatifs, et non préventifs.

 

Suite du dossier :

« Le sucre est une drogue »

 

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