Tourisme spatial :
bientôt un voyageur monégasque

Pascallel Piacka
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Du rêve aux étoiles. D’ici 2020, un habitant de Monaco devrait être sélectionné pour rejoindre la station spatiale internationale (ISS). La principauté serait ainsi le 19ème pays à envoyer un voyageur dans l’espace. Explications.

Après son satellite MonacoSat-1, et bientôt un deuxième appelé MonacoSat-2, Monaco s’ancre dans l’espace. Car au moins une place à bord de la station spatiale internationale (ISS) devrait être allouée à un voyageur monégasque, voire à plusieurs résidents de la principauté. C’est l’information qui a été rendue officielle le 22 novembre 2018. Pour cela, les entreprises SSI Monaco et Axiom Space (1) ont paraphé un accord de partenariat. « C’est un honneur pour notre entreprise SSI Monaco. Et un grand pas pour la principauté, qui l’installe davantage au sein de la communauté spatiale internationale », a déclaré le Ilhami Aygun, président de SSI Monaco.

MonacoSat-1

L’aventure de SSI Monaco a débuté en 2004. Ilhami Aygun caressait déjà le rêve de faire entrer la principauté dans l’ère de la conquête spatiale. « Je me suis logiquement tourné vers le prince Albert II pour lui exposer le projet. Il a tout de suite été emballé et il a soutenu l’idée », se souvient Ilhami Aygun. En 2009, le gouvernement monégasque a donc signé un accord avec SSI Monaco, transformant le rêve en réalité. Par la suite, le satellite MonacoSat-1 a été lancé par l’entreprise SpaceX (2). Le tir a eu lieu depuis Cap Canaveral aux Etats-Unis, le 27 avril 2015, à 18h53. « Nous avons la possibilité de contrôler le satellite MonacoSat-1 depuis la principauté, via notre centre à SSI Monaco — », précise Ilhami Aygun. Le satellite MonacoSat-1 couvre plus de 1,6 milliard de personnes situées en Europe, en Asie occidentale et en Afrique du Nord [soit 19 % de la population mondiale, 36 % de la population active mondiale et 21 % de la population urbaine — N.D.L.R]. « MonacoSat-1 est l’un des plus grands satellites européens. Il fait partie de la flotte de la Société européenne des Satellites (SES) [qui est le 2ème opérateur mondial — N.D.L.R]. SES regroupe 24 satellites dans le monde », souligne le président de SSI Monaco. La durée de vie du satellite MonacoSat-1 est estimée à 16 ans, voire 18 ans. Il a été placé en orbite géostationnaire, à 52°Est. « Grâce au lancement de MonacoSat-1, la principauté dispose désormais d’une extension dans l’espace », souligne Ilhami Aygun.

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MonacoSat-2

Un deuxième satellite monégasque, MonacoSat-2, est au stade des études chez SSI Monaco. Il sera totalement dédié aux communications digitales. « Nous travaillons à la conception d’un “green” satellite. C’est-à-dire un satellite qui fonctionnera à l’énergie verte. Et nous n’utiliserons pas de carburant fioul, mais une propulsion électrique, grâce aux panneaux solaires », continue Ilhami Aygun. Grâce à l’accord entre SSI Monaco et le gouvernement monégasque, la principauté sera partie intégrante du programme MonacoSat-2. « Nous prévoyons de lancer MonacoSat-2 d’ici fin 2022. Nous sommes en négociations avec SpaceX et Arianespace (3) », confie le président de SSI Monaco. Deux possibilités s’offrent à cette entreprise monégasque : un lancement avec SpaceX depuis Cap Canaveral, aux Etats-Unis ou un lancement avec Arianespace depuis Kourou et son centre spatial en Guyane. Comme MonacoSat-1, le nouveau satellite MonacoSat-2 pourra être contrôlé depuis Monaco. « L’ensemble du projet [des études au lancement — N.D.L.R] va demander un travail considérable, étalé sur trois ans », précise Ilhami Aygun.

Première station spatiale privée

Le 27 novembre 2018, le 60ème anniversaire de la NASA a été célébré à Monaco. L’astronaute Buzz Aldrin, le deuxième homme à poser les pieds sur la lune avec Apollo 11, le 20 juillet 1969, était présent. Grâce à l’accord entre SSI Monaco et Axiom Space, la principauté entre donc dans le concert des Etats tournés vers la conquête spatiale. « Le gouvernement est notre partenaire et interlocuteur, via l’accord pour MonacoSat », rappelle le président de SSI Monaco. Axiom Space sera le constructeur de la première station spatiale privée, édifiée depuis l’ISS. Une station à laquelle elle sera d’abord rattachée, avant d’être ensuite séparée. « En 2024, le gouvernement américain ne placera plus de fonds dans l’ISS. Ce sont les entreprises privées qui prendront le relais en investissant », prévient Ilhami Aygun. A présent, la NASA doit attribuer un port pour le module Axiom. Lors de la mise hors service de l’ISS, le module sera complété par d’autres éléments qui constitueront ensemble la station spatiale commerciale internationale Axiom. « L’entreprise américaine va ajouter deux à trois modules supplémentaires. Et il y aura un module habitable, dédié au tourisme spatial », précise le président de SSI Monaco. Cette station autonome disposera aussi d’équipements high-tech : WiFi haut débit, écrans vidéo, baies vitrées et coupole aux parois de verre. « Le module aura le plus grand observatoire de fenêtres jamais construit pour l’environnement spatial », s’enthousiasme lhami Aygun. En 2018, la start-up américaine a fait appel à Philippe Starck. Le célèbre designer français a été choisi pour aménager les cabines d’équipages. Des lieux qui qui devraient afficher un standing digne des meilleurs établissements internationaux. « Pour l’anecdote, Philippe Starck est le fils d’André Starck (1915-1979), un ingénieur en aérospatiale et un passionné de l’espace », fait remarquer le président de SSI Monaco. A l’instar de son père, Philippe Starck partage également une passion pour l’aviation légère. L’entreprise américaine prévoit de lancer et de commencer à relier un module à l’ISS en 2019. Et elle espère envoyer des voyageurs dès 2020. Mais, la station ne sera pas opérationnelle avant 2022.

Formation

La start-up américaine prévoit aussi d’organiser une formation d’astronautes pour les voyageurs commerciaux pour se lancer dans le tourisme spatial. « Grâce à l’accord avec SSI Monaco, il y a aura donc d’ici 2020 un(e) candidat(e) issue de Monaco pour aller dans l’espace. Et ce, après avoir subi une formation, selon les normes de la NASA », lance Ilhami Aygun. « Nous avons l’expertise qui nous permet de donner une formation équivalente aux gens qui sortent de la NASA », assure le capitaine Michael López-Alegria, directeur du développement commercial chez Axiom Space. Cet ancien astronaute de la NASA a effectué dix sorties dans l’espace au cours de sa carrière. Et il a établi un record américain en termes de durée totale de sorties extra-véhiculaire avec 67 heures et 40 minutes. « Nous sommes en étroite collaboration sur ce dossier avec Michael López-Alegria et ses équipes, ajoute le président de SSI Monaco. Nous pouvons aussi former les touristes, pour savoir comment entrer et sortir de la capsule avant le lancement et après l’atterrissage. Mais aussi, en cas d’urgence, comment préparer la nourriture et même, comment aller aux toilettes dans l’espace », ajoute Michael López-Alegria. Basée à Houston, cette entreprise ambitionne donc d’envoyer des participants aux vols spatiaux privés à l’ISS. La formation sera exclusivement dispensée en anglais et elle devrait durer une dizaine de semaines. Pour un touriste de l’espace, le prix du billet par siège pour un séjour de huit jours à la station sera de 55 millions de dollars, soit 47,97 millions d’euros. « Nous avons déjà des dossiers de candidatures. Les postulants sont prêts à suivre la formation. Et, bien sûr, à s’acquitter de l’ensemble des frais », assure le président de SSI Monaco. Le forfait comprend également deux à trois mois de formation sur terre. Le touriste spatial pourrait voler avec un astronaute professionnel. En revanche, les modalités de sélection du ou des futur(s) voyageur(s) monégasque(s) des étoiles n’ont pas encore été dévoilées. L’accord avec la start-up américaine comprend également l’étude à long terme du tourisme spatial et la possibilité d’installer un futur Monaco Space Module. « La capacité de notre entreprise à développer les capacités locales de sélection et de formation des astronautes selon les normes de la NASA, permettra d’accélérer le développement des plans de Monaco. Ceci pour des vols habités et pour la recherche spatiale », estime Michael T. Suffredini, président-directeur général d’Axiom Space. « Je fais le rêve que le Monaco Space Module puisse voir le jour d’ici 2025, mais, en tout cas, avant l’horizon 2030 », conclu Ilhami Aygun.

 

1) Axiom Space est une start-up américaine spécialisée dans les technologies spatiales, basée à Houston, au Texas. Elle prévoit de fabriquer et de développer des stations spatiales orbitales (SSO).
2) SpaceX est une entreprise américaine, créée en 2002 par le milliardaire Elon Musk. Cette entreprise travaille dans l’astronautique et les vols spatiaux. C’est l’un des deux prestataires privés de la NASA. L’agence lui a confié un contrat de transport de fret vers l’ISS.
3) Lancée le 26 mars 1980, Arianespace SAS est une entreprise française. Elle est chargée de la commercialisation et de l’exploitation des systèmes de lancement spatiaux développés par ArianeGroup.

 

Les cinq traités internationaux qui régissent l’espace

1967 — Le traité de l’espace : il proscrit l’utilisation d’armes de destruction massive depuis l’espace et oblige à une utilisation de l’espace à des fins pacifiques. Et il interdit la revendication territoriale des corps célestes et l’exploitation privée des ressources spatiales.

1968 — L’accord sur le sauvetage des spationautes : il encadre le sauvetage et le retour sur terre des spationautes, ainsi que la restitution des objets lancés dans l’espace.

1972 — La convention sur la responsabilité internationale des dommages causés par les objets spatiaux : elle consacre le principe selon lequel les Etats qui ont lancé des objets dans l’espace sont tenus pour responsables des dommages éventuellement causés par l’objet.

1975 — La convention sur l’immatriculation des objets lancés dans l’espace extra-atmosphérique : elle crée obligation pour les Etats d’immatriculer les objets lancés dans l’espace et de les répertorier auprès des Nations unies.

1979 — L’accord sur la Lune : calqué sur le droit de la mer, il fait de la Lune et des autres corps célestes un patrimoine commun de l’humanité. Qui nécessite une exploitation sous régime international. Les grandes puissances spatiales, comme les États-Unis, la Russie, la Chine ou encore la France, ne l’ont jamais ratifié.

journalistPascallel Piacka