Blockchain à Monaco
« Des retombées en centaines
de millions d’euros »

Raphaël Brun
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Jean-Philippe Claret, l’un des fondateurs de l’association World of Blockchains Monaco, estime que la principauté doit légiférer rapidement si elle souhaite tirer profit du potentiel de la blockchain. Interview.

Où en est la proposition de loi sur la blockchain ?

Le gouvernement a souhaité transformer la proposition de loi n° 237 qui concerne la blockchain. Du coup, avant le 21 juin 2019, un texte doit être déposé au Conseil national. J’imagine donc que le gouvernement travaille encore sur le sujet, car rien n’apparaît encore sur le site web du Conseil national, et nous n’avons pas plus d’informations à notre niveau…

Pour l’essentiel, que prévoit ce texte ?

Je ne peux pas vous dire, car nous n’avons pas été consultés par le gouvernement. Mais Thierry Poyet, qui a porté ce texte du côté du parlement, travaille à présent sur la rédaction du projet de loi. Il est très bien placé, nous lui faisons pleine confiance.

Pour travailler efficacement sur ce texte complexe, ne faudrait-il pas lancer une série d’auditions parlementaires avec un pool d’experts, doublée de réunions de travail avec des politiques, des représentants des institutions financières locales et des « industriels » de la blockchain ?

Nous n’avons pas à juger de l’organisation du Conseil national pour étudier ce texte… Ce texte devra être renvoyé dans une commission, certainement celle relative au numérique. Puis le président du Conseil national pourra faire appel à des experts pour l’étude du texte, et ainsi pouvoir juger du travail. Et, éventuellement, proposer des amendements. J’imagine que nous serons consultés dans ce cadre.

Quels sont les principaux atouts de Monaco par rapport à la blockchain ?

Notre attractivité est sans égal, à mon sens. Monaco dispose d’une image mondiale de sécurité. C’est ce qui manquait dans l’époque “far-west” des années précédentes, au moment de l’émergence de cette technologie qui permet de gérer la plupart des transactions numériques, en garantissant une traçabilité et une impossibilité de falsification. De plus, Monaco peut et doit être réactif pour adapter son cadre législatif et réglementaire aux évolutions constantes de cette technologie. Monaco a toute sa place à jouer pour être un territoire avec sa propre législation, avant-gardiste, et être une terre d’expérimentation.

La petite taille de Monaco et son revenu par habitant sont des avantages essentiels pour lancer une blockchain ?

Oui, il faut être rapide, être agile, stable et sécurisé. Ce sont trois choses faciles pour Monaco, vu sa taille.

Que gagnerait Monaco à lancer sa blockchain ?

Monaco pourrait compter sur une économie faiblement consommatrice en m² et à forte valeur ajoutée, avec des retombées économiques colossales. Il faut déjà imaginer que la blockchain est la base de l’internet de demain. La chaîne de valeur se redistribue, l’économie change et devient « tokénisable » : il faut écrire ce nouveau paradigme. Aussi, deux réponses à votre question : Monaco peut lancer sa propre blockchain pour son usage interne : sécurisation des communications des différents capteurs pour la smart city, vote en ligne, enregistrement des actes et des transactions…

Et votre deuxième réponse ?

Cela peut aussi servir de laboratoire. Pourquoi ne pas lancer une cryptomonnaie locale et regarder son adoption, ou pas, par les citoyens ? Et impliquer aussi les acteurs économiques comme les notaires, les avocats ou les banquiers, notamment ?

A combien sont estimées les retombées de la blockchain à Monaco ?

En centaines de millions d’euros.

Le temps presse vraiment ?

Tout va de plus en plus vite. Il ne faut pas aller trop vite, mais il ne faut pas se laisser dépasser. Sinon, l’opportunité du positionnement monégasque sur ce créneau se fera en décalage, et il sera trop tard.

Si Monaco lance sa blockchain dans 2 ans, il sera trop tard ?

Oui, clairement.

Pourquoi ?

La blockchain arrive à maturité cette année. Les courbes le montre. Comme pour internet, il y a eu un engouement, une « bulle ». Ensuite, il y a eu une très grosse baisse d’activité, et la courbe est repartie à la hausse, pour arriver à la création des Google Apple Facebook et Amazon (GAFA), qui dominent aujourd’hui ce marché. La blockchain a donc terminé sa « bulle ».

Il y a donc eu une baisse ?

La chute était début 2018, et la courbe s’est inversée, voyant quelques belles entreprises commencer à dominer le marché, comme Coinbase, Binance, ou Bitgo. Nous avons encore la possibilité d’en faire venir certains à Monaco, car ils n’ont pas tous trouvé une place attractive sur le plan sécurité, avec une fiscalité stable et sérieuse. Monaco à sa place dans ce contexte. Mais c’est maintenant.

Qu’attendez-vous des élus et du gouvernement, désormais ?

Qu’ils puissent prendre leurs responsabilités, lorsqu’ils seront en mesure de travailler sur ce projet de loi. Et puis, qu’ils fassent en sorte, autant que possible, que les décisions soient rapides. En espérant qu’elles soient positives, pour que les entreprises monégasque engagées sur ce secteur prometteur sachent si Monaco va devenir une place importante de la blockchain, ou s’il faut, comme internet, attendre et devenir un utilisateur comme d’autres.

 

1) La blockchain, ou chaîne de blocs, est une technologie de stockage et de transmission d’informations qui fonctionne sans organe de contrôle, de façon décentralisée, et qui conserve les transactions liées à des cryptomonnaies, en étant (quasi) infalsifiable.

journalistRaphaël Brun