« On ne lâchera rien »

Anne-Sophie Fontanet
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L’Union des syndicats de Monaco avait appelé tous les salariés à une grève interprofessionnelle jeudi 7 février. A toutes ses revendications — portant notamment sur le salaire ou la protection sociale — le gouvernement répond que les conditions de travail sont « loin d’être défavorables ».

Cela faisait un an et demi que l’Union des syndicats de Monaco (USM) n’avait plus appelé à la grève. Jeudi 7 février, environ 600 personnes — tous secteurs confondus — ont manifesté leurs inquiétudes vis-à-vis de leurs conditions de travail à Monaco. Au pupitre, Olivier Cardot, le secrétaire général adjoint de l’USM, insistait pour obtenir « satisfactions » face à ces « justes revendications ». Celles-ci portent en premier lieu sur le salaire, l’USM demandant la mise en place d’un minimum interprofessionnel à 2 250 euros brut « au moins », et la fixation par arrêtés ministériels de grilles de salaires par profession. La centrale syndicale espère aussi la sécurisation du contrat de travail à durée indéterminée (CDI), la fin de la marginalisation des contrats à durée déterminée (CDD) et de l’intérim, et l’obligation de motiver le licenciement. « L’article 6 est une épée de Damoclès que tous les salariés ont au-dessus de la tête » dénonçait Jean-Pierre Messy, secrétaire général du syndicat des cuisiniers.

Dignité du salarié

Côté protection sociale, l’USM demande l’augmentation « substantielle » des pensions de retraites « par l’augmentation de la cotisation sociale patronale », des prestations de sécurité sociale et allocations familiales « à la hauteur des besoins » et le maintien des retraités aux caisses sociales de Monaco (CCSS) « quel que soit leur lieu de domicile ». « Il est injuste et inadmissible que les retraités soient jetés dehors. C’est une demande naturelle et légitime. On ne lâchera rien », a clamé Alex Falce, président de l’Union des retraités. « Ce qui se fait ici se fait partout en Europe. La couverture sociale est toujours assurée par le pays de résidence », a répondu Didier Gamerdinger, conseiller-ministre de gouvernement pour les affaires sociales. Un autre volet des revendications de cette grève interprofessionnelle concernait les conditions de travail, et plus particulièrement la limitation du travail de nuit et le respect du repos hebdomadaire le dimanche. L’USM met aussi en avant la prise en charge par l’employeur des frais de transport et de parking, ainsi que le respect de la « dignité du salarié » dans les rapports de travail.

D’autres actions à prévoir

« Nous sommes la force de travail de Monaco et nous devons en être fiers. Si à Monaco l’herbe est aussi verte, c’est aussi grâce à nous », a estimé Christophe Glasser, secrétaire général adjoint de l’USM. Selon les calculs de ce syndicat, la somme produite par chaque salarié serait de 104 603 euros. « Cela nous place numéro 1 mondial dans le rapport PIB/salarié. C’est notre travail, notre excellence. Nous ne sommes pas de vulgaires pendulaires, ni des nantis ou des privilégiés », a ajouté Christophe Glasser. Dans les rangs de la manifestation, c’est un certain mépris dont les grévistes veulent rendre compte. Que ce soit dans l’hôtellerie-restauration, les autobus, les agents hospitaliers ou même les banquiers, tous s’accordent à dire que la situation se détériore. « On nous a demandé de recommencer les actions. Et il y en aura d’autres », prévient le secrétaire général adjoint, Christophe Glasser. Pour l’instant, cette journée de grève ne perturbe pas les plans du gouvernement en matière sociale.

Méthodique et raisonné

Lundi 11 février, le conseiller-ministre de gouvernement pour les affaires sociales et la santé, Didier Gamerdinger, a tenu une conférence de presse. Interrogé sur ce mouvement social, il a renvoyé la balle aux employeurs qui détiendraient « une bonne partie des réponses ». « Je considère qu’à Monaco, c’est déjà bien. Le cadre global monégasque est bien. Et nous sommes dans un environnement loin d’être défavorable. » Depuis deux ans aux manettes du département des affaires sociales, le conseiller-ministre a mis en avant le « dialogue » et un « climat social apaisé ». « Je n’altère pas ce qui fonctionne. J’avance de manière méthodique et raisonnée. Et je suis attentif à ne pas bouleverser l’équilibre subtil des relations de travail à Monaco. La prospérité bénéficie à tout le monde. Mon rôle est de l’accompagner », indique-t-il. Entre les lignes, il faut donc comprendre qu’il n’y aura pour l’instant pas d’issue positive aux revendications de l’USM.

Prospérité

Chiffre contre chiffre, Didier Gamerdinger préfère évoquer les 4 132,05 euros de salaire moyen mensuel brut à Monaco. Le salaire moyen, qui correspond à la moyenne de l’ensemble des salaires de la population considérée, ne doit pas être confondu avec le salaire médian, qui se calcule tel que la moitié des salariés de la population considérée gagne moins et l’autre moitié gagne plus. Cette statistique provient des données des caisses sociales. Entre le 1er octobre 2017 et le 30 septembre 2018, elles ont enregistré l’arrivée de 1 904 salariés. L’augmentation nette entre destruction et création d’emploi est, elle-aussi, en progression. « On est toujours sur une vraie prospérité monégasque qui se poursuit, argumente Gamerdinger. Mais il faut sans cesse réinterroger notre modèle monégasque. » Après le travail de nuit et le travail du dimanche, une législation est attendue sur l’intérim. S’ensuivra une réflexion sur la loi sur les syndicats. Les revendications multiples de l’USM, elles, ne sont pas encore à l’ordre du jour.

 

journalistAnne-Sophie Fontanet