Accord région PACA-SNCF :
un début d’apaisement sur les rails ?

La Rédaction
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Un nouveau contrat, d’une durée de 5 ans, doit être validé en mars entre la SNCF et la région PACA. Un protocole d’accord a été signé le 17 janvier, promettant moins de retards et d’annulations sur les lignes. De quoi entrevoir une sortie de crise entre la région et l’opérateur ferroviaire, même si toutes les craintes ne sont pas dissipées.

Deux ans, deux mois, quinze jours. C’est, si le nouvel accord est bien signé le 15 mars, la durée pendant laquelle le réseau TER aura été exploité sans contrat dans la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur (PACA). Un point final apposé à des mois compliqués ? C’est ce qu’espèrent à la fois les élus et les responsables de l’entreprise ferroviaire. Refaisons l’historique d’un dossier compliqué, dans lequel l’évocation, par exemple, de la ligne TER Nice-Monaco-Menton suffit à faire frémir certains usagers, plus habitués aux retards, annulations et problèmes techniques, qu’aux trains qui arrivent à l’heure — ceux dont, par nature, on ne parle pas. Le 31 décembre 2016, irritée par la qualité de service jugée insuffisante, la région refuse de signer une nouvelle convention pour l’exploitation du réseau TER. Dès lors, les wagons ne sont pas mis au dépôt, mais ils circulent « hors convention » (quand ils ne sont ni annulés, ni en retard). Un bras de fer s’engage : le Conseil régional veut des garanties et plaide pour une ouverture à la concurrence le plus tôt possible. De son côté, l’entreprise ferroviaire refuse de donner suite aux demandes d’investissement de la région, notamment 16 nouvelles rames, livrables entre 2021 et 2023. Renaud Muselier, président Les Républicains (LR) de la région PACA, écrit à la ministre des transports, Elisabeth Borne, et dénonce « un chantage inadmissible ». Pendant l’été 2018, excédés, des usagers bloquent les voies. Les négociations se poursuivent, puis des rencontres sont organisées en gare. Et, finalement, un protocole d’accord est rendu public le 17 janvier 2019, pour approbation par l’assemblée régionale le 15 mars.

« La voie vers un service de qualité »

Que contient ce protocole d’accord ? Des engagements, tout d’abord, pour « un effort sans précédent sur la régularité des TER ». La SNCF s’engage ainsi à améliorer la ponctualité des trains, « de 82 % à 90 % d’ici 2020 » et à réduire le nombre de trains supprimés pour causes internes à moins de 1 %. Des pénalités en cas de non-respect des horaires ou de non-propreté des rames, un bonus-malus de +/– 4 millions d’euros lié à la régularité et à l’information des voyageurs et un système de moins-value par train supprimé, sont par ailleurs de la partie. Citons aussi une « nouvelle offre de transport », c’est-à-dire un renforcement de lignes, l’acquisition de nouveaux trains, et un maintien de l’ensemble des gares TER. Mais aussi un nouveau service de prise en charge des passagers à mobilité réduite, ou encore un objectif : la reconquête de la confiance des usagers, que confirmerait l’augmentation du trafic de 10 % environ. Sans oublier la préparation de l’ouverture à la concurrence, une procédure qui pourrait être lancée en 2020 pour de premiers contrats en 2021. « [Cet accord] ouvre la voie à un service de qualité pour les usagers au juste prix pour la région, commentait Renaud Muselier mi-janvier 2019. La SNCF a en effet pris des engagements forts qui seront soumis à des mécanismes financiers incitatifs sur des objectifs ambitieux de résultats. Nous sommes désormais sur une trajectoire financière maîtrisée qui verra la contribution de la région baisser significativement alors que nous développons l’offre »

« La liste au Père Noël »

Reste que pour certains usagers, tout n’est pas rose. « Nous sommes très clairement en guerre ouverte, indique d’ailleurs Eric Sauri, président de l’association Les Naufragés du TER Grasse Vintimille. Ce nouveau protocole d’accord, bricolé sans concertation avec les abonnés du TER, n’est pas satisfaisant. C’est une liste au Père Noël : 90 % des TER à l’heure, 1 % de trains supprimés… De belles promesses ! Pire : ce texte revient sur un engagement très important. La création d’un centre de maintenance à Nice-Saint-Roch semble en effet repoussée aux calendes grecques, puisqu’on ne parle que d’études de faisabilité ! » Sur cette dernière question, Nice-Saint-Roch devait en effet voir le jour d’ici 2019, selon les engagements de l’exécutif régional en 2016. L’idée était notamment de « soulager » le centre de Marseille-Blancarde, qui gère des pannes venues de toute la région. « Ce dossier a pris du retard, mais il avance tout de même ; il n’est pas abandonné », commente-t-on à la SNCF. « Nous sommes très fermes sur la question du centre de maintenance, répond pour sa part Philippe Tabarot, vice-président de la région, délégué à la sécurité, aux transports et à l’intermodalité. Nous voulons qu’il se fasse, et nous travaillons dans ce sens avec la SNCF. Simplement, ce n’est pas une fin en soi : ce n’est pas parce qu’il y a un centre de maintenance à Nice que tous les problèmes sont réglés. C’est un moyen parmi d’autres. C’est en ce sens que le protocole d’accord est intéressant. Il apporte une réponse globale aux enjeux du transport ferroviaire dans la région, avec des mécanismes financiers forts pour inciter la SNCF à tenir ses engagements. » D’ici là, centre de maintenance ou non, les usagers attendent la signature, puis la mise en place du nouvel accord passé entre PACA et la SNCF. Avec un espoir : celui que les barrières soient enfin levées, pour un service de qualité pour les TER régionaux.

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