Sûreté publique : de bons chiffres, pour une année « très difficile »

Pascallel Piacka
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Le 22 janvier, Richard Marangoni a présenté ses voeux en présence du prince Albert II. A cette occasion, le directeur de la sûreté publique a dressé le bilan de l’année écoulée, dans un contexte où l’affaire Rybolovlev-Bouvier continue de peser lourdement.

Richard Marangoni a insisté. Pour lui, Monaco est un modèle de sécurité. Faisant référence au ministre et académicien Alain Peyrefitte (1925-1999) qui a dit que « les sociétés ne progressent que par la confiance », le directeur de la sûreté publique a décrit « une société monégasque refusant la violence et apaisée ». Le 10 avril 2017, le ministre d’Etat, Serge Telle, et le conseiller-ministre pour l’intérieur, Patrice Cellario, s’étaient rendus au siège de la direction de la sûreté publique. Le ministre d’Etat avait félicité les policiers « pour leur comportement exemplaire lors du braquage de la bijouterie Cartier [qui a eu lieu le 25 mars 2017 — N.D.L.R]. » Ainsi, il avait indiqué le renforcement des capacités par de nouveaux moyens humains, avec la création de 9 postes de fonctionnaires en 2017, et la mise en œuvre de la réserve civile. En décembre 2018, la vice-présidente du Conseil national, Brigitte Boccone-Pagès, s’était faite le porte-voix de l’assemblée monégasque, en complimentant « l’immense travail accompli par le personnel de la sûreté publique ». Patrice Cellario avait souligné « une montée en puissance en 2019 du nombres de réservistes » qui passera « de 12 à 15 — voire plus — ». A noter que l’adhésion à la réserve civile s’opère par voie du volontariat. En droite ligne, Richard Marangoni veut mettre en oeuvre le plan sûreté publique 2020. Engagé depuis deux ans, il a entraîné diverses phases de réorganisation. Ainsi, 20 dispositions réformatrices ont été initiées. Parmi les mesures emblématiques actées : la réorganisation de la division de la police administrative et du service de permanence judiciaire, la création d’une unité cycliste de proximité portuaire, la création de l’unité de surveillance de la gare et le renforcement des points frontières [avec deux agents de police sur les trois principaux axes de circulation — N.D.L.R]. Le prince Albert II en a profité pour saluer la coopération transfrontalière « entre la direction de la sûreté publique, celle de la police nationale française des Alpes-Maritimes, de la gendarmerie nationale et la police italienne. » Le directeur de la sûreté publique a indiqué « la nécessité de donner les moyens à la police de sa modernisation d’ici 2020, pour faire face aux défis futurs », qu’il a jugé « considérables ».

« Très difficile »

C’était attendu, Richard Marangoni a qualifié l’année dernière de « très difficile ». Le directeur de la sûreté publique a fait référence à la double inculpation de Christophe Haget, patron de la police judiciaire et de son adjoint le commandant Patrick Fusari dans le cadre de l’affaire qui oppose le milliardaire russe et propriétaire de l’AS Monaco, Dmitry Rybolovlev au marchand d’art suisse, Yves Bouvier. Marangoni a rappelé que « la présomption d’innocence prévaut ». Christophe Haget et Patrick Fusari ont été inculpés le 8 novembre 2018 de « trafic d’influence passif, corruption passive, violation du secret de l’instruction et/ou du secret professionnel »(1). En soutien, une centaine de policiers ont manifesté en silence devant le palais de justice. Une action que le prince Albert II avait alors qualifiée de « maladroite », regrettant qu’ils ne soient pas exprimés via un communiqué : « Faire une manifestation, même silencieuse, ce n’est pas un bon signe, ce n’est pas honorable, surtout vis-à-vis de l’institution judiciaire ». Pour sa part, le directeur de la sûreté publique dénonçait « une violation du secret de l’instruction », tout en mettant en avant « la farouche détermination de tous quand notre institution est injustement attaquée. » Pour mémoire, dans un communiqué publié le 20 novembre 2018, la direction des services judiciaires a réaffirmé « les principes gouvernant la relation entre l’institution judiciaire et ses partenaires institutionnels. Lesquels sont fondés sur la confiance et le respect mutuels. » S’adressant au prince Albert II, Richard Marangoni a insisté sur « le devoir d’être à la hauteur de la considération que vous nous portez. » De son côté, le chef d’Etat monégasque a réaffirmé « toute sa confiance en la recherche commune et concertée de la vérité par notre police et justice. » Albert II a réitéré les principes intangibles de l’Etat de droit, « dont j’attends le respect absolu de la présomption d’innocence et le secret de l’instruction. » Le directeur de la sûreté publique a aussi envoyé un petit message à Sylvie Petit-Leclair, procureur général (lire son interview publiée dans Monaco Hebdo n° 1082) : « Je sais pouvoir compter sur votre grand professionnalisme. » Pour rappel, c’est le 1er octobre 2018, que Sylvie Petit-Leclair a officiellement été intronisée dans ses fonctions. « Jacques Dorémieux vous transmet la barre d’un navire qui, malgré de récents et forts mouvements de houle, est en bon ordre de marche », a commenté Hervé Poinot, procureur général adjoint de Monaco [lire Monaco Hebdo n° 1077 — N.D.L.R]. Par ailleurs, Richard Marangoni demandé à ce que son administration et personnel « puissent être respectés pour ce que nous sommes et représentons. »

Diminution

Après les différents ressentis sur la situation de l’institution judiciaire, le bilan chiffré sur l’année 2018 a été évoqué. Le directeur de la Sûreté publique a indiqué « que la délinquance a de nouveau diminué ». Sur la période 2017-2018, la délinquance générale a baissé de 10,43 % et la délinquance de voie publique de 22,44 %. Une tendance qui s’est poursuivie sur l’année 2018, puisque les statistiques de la délinquance générale ont chuté de 11,36 % et celles de voie publique de 35,29 %. « Il n’est pas facile d’obtenir de tels chiffres. C’est la rançon d’une remise en cause permanente », a-t-il ajouté. Le directeur de la sûreté publique a relevé une forte tendance à la baisse générale de la délinquance depuis 8 ans. « La sécurité permet à 137 nationalités de pouvoir vivre en paix en principauté. C’est l’expression de l’équilibre de relations sociales apaisées à Monaco », a-t-il remarqué. Et les chiffres parlent, car on ne dénombre qu’un seul vol de véhicule en 2018 [ce qui occasionne donc une baisse affichée de — 66,67 % — N.D.L.R.], 15 vols à la tire (-21,05 %), 26 cambriolages (-10,34 %), 40 dégradations de biens publics et privés (-48,72 %) et aucun vol à main armée. Le prince Albert II a donc félicité « les 554 femmes et hommes qui oeuvrent au quotidien à la préservation du climat de sécurité. Cela nous tient à coeur et contribue à la notoriété de la Principauté. » Mais il a déploré l’augmentation des conduites en état d’ivresse : « Je souhaite que la sensibilisation de nos jeunes soit renforcée dans le domaines des addictions. » On se souvient que Nathalie Amoratti-Blanc, élue Primo ! s’était exprimée sur la politique de lutte contre les addictions à l’occasion du vote du budget prévisionnel 2019 du Conseil national en décembre 2018. « La lutte contre les addictions doit être une priorité nationale. » Patrice Cellario, conseiller-ministre de l’intérieur, a apporté une réponse précise : « Les agents de la sûreté publique font des contrôles toutes les nuits aux abords des établissements de nuit [lire Monaco Hebdo n° 1088 — N.D.L.R] ». En parallèle, Didier Gamerdinger, conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé avait indiqué « chercher, en collaboration avec la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), un terrain proche de Monaco susceptible d’accueillir une unité d’accueil de jour. Et nous tablons sur une capacité de 12 patients dans un premier temps. » Par ailleurs, les statistiques notent une diminution en 2018 de 21 % des faits relatifs aux stupéfiants, sur la détention, le trafic et la revente.

Risques

Comme souvent, face aux bons chiffres, le directeur de la sûreté publique a tenu à marquer sa vigilance. « La principauté n’est pas à l’abri de tout risque », a-t-il insisté, évoquant ainsi en filigrane la menace terroriste. « Je regrette que nous vivions dans un monde où les policiers sont mal considérés. Parfois ils font figure de cibles. Et le respect de l’uniforme et de la loi s’estompent progressivement », a déploré Richard Marangoni. Le prince Albert II a rappelé au devoir de précaution. S’adressant aux policiers et évoquant le « drame du marché de Noël de Strasbourg », le chef d’Etat a assuré mesurer « l’augmentation des charges qui en résulte pour vous. » Un constat souligné par Richard Marangoni qui déplore « les milliers de jours de récupération accumulés par son personnel. » Du coup, il a félicité ses agents « par leurs investissements sans faille, parfois au détriment de leur vie familiale. Et la volonté constante de servir et du devoir accompli dont ils font preuve. » D’autre part, le prince Albert II a salué « la création d’un groupe dédié à la lutte contre la cyber-criminalité. » Une action internationale, sous l’autorité du parquet général, a d’ailleurs été engagée contre un groupe de « faux princes », suite à des escroqueries en bande organisée d’usurpation d’identité. « Nous investiguons afin d’identifier ces malfaiteurs », a ajouté Richard Marangoni. Souvent évoquée par la sphère politique, la problématique de la qualité de vie a aussi été évoquée. « Vivre à Monaco ne doit pas être uniquement un luxe, mais aussi un plaisir », avait affirmé Serge Telle [lire Monaco Hebdo n° 1091 — N.D.LR]. Le 15 janvier, le ministre d’Etat a annoncé la nomination d’Albert Croési au poste de conseiller interministériel pour le cadre de vie et les relations avec les usagers. De son côté, le prince Albert II a insisté sur l’usage « des transports en commun et des vélos ». Serge Telle a aussi rappelé l’apport de moyen supplémentaire à la sûreté publique. Richard Marangoni a donc salué cet effort consenti : « Je voulais remercier le gouvernement et le Conseil national pour l’octroie de 10 agents supplémentaires. »

1) Toutes les personnes et les entités citées dans cet article sont présumées innocentes, jusqu’à un jugement définitif.

 

Les statistiques de la délinquance en 2018

Délinquance générale :

936 faits (en 2017, 1045 soit -10,43 %)

Délinquance voie publique :

121 faits (en 2017, 156 soit -22,44 %)

Remarques : augmentation de 300 % des vols avec violence sans arme (1 fait en 2017 et 4 faits en 2018) ; augmentation de 50 % des vols de véhicules motorisés à deux-roues (10 faits en 2017 et 15 faits en 2018) ; augmentation de 25 % des infractions aux moeurs (viols : 2 cas en 2017 et 3 cas en 2018) ; diffusions d’images pédo-pornographiques (2 cas en 2017 idem en 2018) ; proxénétisme (aucun cas en 2017 et 2018).

Gardes à vues :

419 personnes en 2018 (dont 19 mineurs). Et 459 personnes en 2017 (dont 44 mineurs).

Activité Internationale :

Commissions Rogatoires Internationales : 46 dossiers en 2018 (et 52 dossiers en 2017)

Extraditions (1) vers Monaco : 9 personnes en 2018 (et 3 personnes en 2017)

Extraditions (1) vers l’étranger : 4 personnes en 2018 (et 6 personnes en 2017)

Infractions économiques et financières :

Escroqueries à la carte bancaire (piratages) : 23 cas en 2018 (et 8 cas en 2017) dont faits purement monégasques (15 cas en 2018 et 2 cas en 2017)

Enquêtes pour blanchiment :

133 cas en 2018 (et 188 cas en 2017)

Infractions à la législation sur les chèques : 

22 cas en 2018 (et 25 cas en 2017)

Enquêtes SICCFIN :

204 cas en 2018 (et 293 cas en 2017)

Instructions du Parquet :

914 dossiers en 2018 (et 942 dossiers en 2017)

(1) Extraditions réalisées depuis le 1er janvier 2018, 15 dossiers sont en cours d’instruction.

 

Hommage au capitaine Mathieu Launois

Le capitaine Mathieu Launois est décédé « dans des circonstances tragiques » le 19 janvier 2019, à Roquebrune-Cap-Martin. Le Prince albert II a donc dédié la cérémonie à sa mémoire : « Je mesure combien ce départ brutal et prématuré vous bouleverse. Mathieu Launois était un policier loyal et dévoué au sein d’un corps loyal et dévoué. » Richard Marangoni, directeur de la sûreté publique, a souligné, ému, « qu’il était aimé de tous, pour sa gentillesse, son professionnalisme, sa rigueur et son état d’esprit. Nous aurons beaucoup de mal à nous en remettre. » Une minute de silence a été observée par l’ensemble de l’assemblée. P.P.

journalistPascallel Piacka