Leonardo Jardim
Retour gagnant ?

Pascallel Piacka
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Le 24 janvier, à 19h26, l’AS Monaco a suspendu « de ses fonctions d’entraîneur Thierry Henry. » Quelques heures plus tard, le retour de Leonardo Jardim, pourtant licencié en octobre 2018 par l’ASM, était confirmé. Un scénario incompréhensible, alors que le club reste scotché à la 19ème place de la Ligue 1.

Un psychodrame s’est joué la semaine dernière du côté de l’AS Monaco : limogeage de Thierry Henry, retour de Leonardo Jardim et défaite face à Dijon (0-2) [dans le cadre de la 22ème journée de Ligue 1 (L1) — N.D.L.R]. Présents en tribune à Gaston-Gérard, Dmitry Rybolovlev, Vadim Vasilyev et Leonardo Jardim ont assisté, impuissants, au naufrage face à des dijonnais pourtant barragistes. Où et quand prendra fin cette spirale infernale pour le champion de France 2017 ? « Notre club traverse une période très compliqué. Je suis prêt à déclarer que j’en porte la pleine responsabilité », a reconnu Vadim Vasilyev, vice-président de l’ASM. « Le mea culpa de Vadim Vasilyev est logique en terme de communication, surtout en situation de crise. Mais, c’est aussi le reflet d’une fragilité de la stratégie sportive du club », analyse Messaoud Benterki, journaliste et présentateur pour L’Equipe TV. Le chassé-croisé des entraîneurs a plongé le club dans le doute et le départ précipité de Thierry Henry marquera sans doute les esprits.

« Fiasco »

Un tour et puis s’en va… suspendu le 24 janvier 2019 de ses fonctions à la tête de l’équipe première, l’ex-international français ne se doutait de rien ce jour-là. Il ignorait ce qu’il se préparait en coulisses. Thierry Henry avait d’ailleurs mené la séance quotidienne d’entraînement, comme à l’acoutummée. Mais autour de 18h30, ce jeudi 24 janvier, son sort était scellé et son avenir au sein de son club formateur était réglé. Toujours proches, Leonardo Jardim et Vadim Vasilyev ont dîné ensemble cette semaine-là, à Monaco. Autour de la table se trouvait aussi Jorge Mendes, le très influent agent du technicien portugais. Ce qui est sûr, c’est que les discussions n’ont pas tourné autour du menu asiatique servi à cette occasion. Peu de temps avant, lucide face à la situation et se sentant fragilisé, Thierry Henry avait déclaré lors d’un point presse : « Les gens décideront quand ils auront à décider. » C’est ce qui a été fait quelques heures plus tard. « Thierry Henry est une légende du football. Mais les circonstances défavorables [les nombreux blessés — N.D.L.R] ne lui ont pas permis de faire sortir rapidement et efficacement son équipe de la crise », a estimé le vice-président de l’ASM. « On ne peut pas juger un entraîneur uniquement sur trois mois », a jugé Bixente Lizarazu chez nos confrères de Téléfoot sur TF1, le 27 janvier. A noter qu’alors que Monaco Hebdo bouclait ce numéro le 29 janvier 2019, Thierry Henry ne s’était toujours pas exprimé sur son éviction de son club de cœur. « C’est dommage pour Thierry Henry, car l’histoire semblait être belle : celle du retour de l’enfant prodige à l’ASM », soupire Messaoud Benterki. Si la méthode des dirigeants monégasques peut soulever des critiques, voire des interrogations, les chiffres sont là. Trois mois et onze jours après son arrivée, le bilan de Thierry Henry est mauvais. En 20 matches, toutes compétitions confondues, son équipe n’a aligné que 4 victoires, pour 5 nuls, et 11 défaites. En 12 matches de L1, il affiche seulement 2 victoires, pour 3 nuls, et 7 défaites. « Malheureusement, on peut parler de fiasco. Un lien s’est cassé après la défaite face à Strasbourg (1-5). [lors de la 21ème journée de L1 le 19 janvier 2019 — N.D.L.R] », estime Messaoud Benterki. Cette défaite historique face aux strasbourgeois a marqué le début de la fin pour le coach monégasque. Il s’agissait, en effet, de la plus lourde défaite depuis 11 ans au stade Louis-II pour les Monégasques. « J’ai voulu mettre beaucoup de choses sur pied que vous n’avez pas vu. Et que j’ai essayé de ne pas dire », s’est justifié Thierry Henry lors d’un dernier point presse. « Je tiens à remercier Thierry Henry d’avoir relevé ce défi. Et d’avoir essayé d’encadrer l’équipe, lors d’une période difficile », a lancé Vadim Vasilyev. Nommé en grande pompe le 13 octobre 2018, l’ex-international laisse l’ASM (19ème) dans la zone rouge, à la 19ème place, avec un petit point d’avance sur le dernier, Guingamp, et 3 points de retard sur le 18ème, Amiens. La mission de Leonardo Jardim s’apparente désormais à celle du pompier de service, dont la mission consistera à tenter d’éteindre l’incendie qui se propage.

Retour

A peine Thierry Henry débarqué le 24 janvier, que le lendemain l’ASM annonçait par communiqué à 21h30 la nomination de Leonardo Jardim. Les dirigeants monégasques ont trouvé un accord avec le technicien portugais pour un contrat de deux saisons et demi. « La décision du licenciement, en octobre 2018, de Leonardo Jardim a été prise trop prématurément, a regretté Vadim Vasilyev. Nous aurions dû lui donner une deuxième chance ». « Jardim revient pour poursuivre le travail entamer auparavant. Il est là pour remettre de l’ordre et les pendules à l’heure », commente Messaoud Benterki. En fait, le technicien portugais n’a jamais quitté la principauté où il vit toujours. Selon nos confrères de Téléfoot, son salaire net sera de 4 millions d’euros par an, soit très loin des 17 millions d’euros par an que le club chinois du Dalian Yifang FC lui aurait proposé. « Le passage de Leonardo Jardim à L’ASM restera comme l’une des plus belles pages de l’histoire du club », a jugé le vice-président de l’ASM. A ce jour, Leonard Jardim a dirigé 233 matchs sur le banc monégasque, d’août 2014 à octobre 2018. Très complices, Leonardo Jardim et Vadim Vasilyev ont été les récents artisans des succès monégasques en L1. Néanmoins, le vice-président n’avait pas hésité à le limoger [en octobre 2018 — N.D.L.R], en signant un chèque d’environ 8 millions d’euros.

Stratégie

Le 16 janvier, au stade Louis-II Dmitry Rybolovlev promettait « de faire tout son possible pour le club » [lire nos articles publiés dans Monaco Hebdo n° 1091 — N.D.L.R]. Et le très discret président de l’ASM avait ajouté : « Vous avez probablement entendu parler des rumeurs sur le rachat éventuel du club. Elles ont été démenties plusieurs fois ». Actionnaire majoritaire avec 66 % du capital du club depuis décembre 2011, le milliardaire russe reste seul capitaine à bord. « Vous comme moi, nous comprenons que le succès dans le football, ce n’est pas juste des investissements. C’est à la fois du talent, de la ténacité et de la chance », déclarait-il [lire Monaco Hebdo n° 1091 — N.D.L.R]. Il faudra, certes, de « la chance », mais reste-t-il suffisamment de temps ? « Nous sommes convaincus qu’il n’est pas trop tard pour redresser la situation », a indiqué le vice-président de l’ASM, Vadim Vasilyev. « Il y avait un mouvement de panique. Et Dmitry Rybolovlev a sifflé la fin de la récréation », a analysé Messaoud Benterki, journaliste et présentateur à l’Equipe TV. « Nous croyons que nos joueurs se mobiliseront. Et, avec Leonardo Jardim, ils pourront surmonter cette crise », espère Vasilyev. Néanmoins, un constat est à souligner : pour la première fois de son histoire, l’ASM ne compte que 15 points en 22 journées de L1. A noter que, depuis 1958, aucun club avec 15 points à ce stade du championnat n’a réussi à échapper à une relégation. Pour contredire les chiffres, Leonardo Jardim a un premier match important à disputer, à domicile, le 2 février contre le 13ème, Toulouse (match à suivre en direct à partir de 20 heures sur beIN SPORTS 1 et beIN SPORTS MAX). En seulement quelques jours, l’entraîneur portugais pourra-t-il amener ses joueurs vers la victoire ?

 

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