Pauvreté
Que font les pouvoirs publics ?

Raphaël Brun
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Que font les pouvoirs publics face à la pauvreté ? Comment l’aide sociale est-elle organisée ? Et à qui est-elle vraiment destinée ? Monaco Hebdo a mené l’enquête.

« Répondre aux besoins essentiels de la vie. » C’est en ces termes que le conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé, Didier Gamerdinger, répond lorsqu’on évoque avec lui le sujet de la pauvreté. Il faut dire qu’il est difficile, bien sûr, de considérer que des Monégasques ou des résidents sont « pauvres » au sens des différents seuils qui tentent de mesurer ce phénomène, pays par pays. En revanche, on peut considérer que ces personnes sont en difficulté, dans la mesure où elles ne parviennent plus à satisfaire un certain nombre de besoins jugés comme étant des minimums vitaux, comme se loger, manger et se vêtir. Didier Gamerdinger ne dit d’ailleurs pas autre chose, lorsqu’il explique que « la direction de l’action et de l’aide sociales sert des prestations ayant pour vocation d’apporter aux personnes domiciliées à Monaco qui, en raison de leur état de santé, de leur inadaptation, de leur invalidité, de leur âge ou de circonstances exceptionnelles, ne peuvent répondre aux besoins essentiels de la vie ». De son côté, en 2018, la Croix Rouge monégasque nous a indiqué avoir apporté son soutien via son service social à 229 foyers à Monaco, ainsi qu’à 351 foyers des communes limitrophes, dont 223 à Beausoleil (voir nos chiffres par ailleurs). Au total, et toujours en 2018, 667 personnes ont demandé une aide directement auprès du service social de la Croix Rouge monégasque et 698 rendez-vous ont été accordés. Les aides apportées sont multiples : paiement du loyer, factures d’électricité, d’eau ou de gaz, tickets services, aide médicale, aide à l’enfance, aide pour les retraités (voir nos chiffres par ailleurs)… Mais ce n’est pas tout. En 2018, 793 personnes ont fait appel au vestiaire mis à disposition par la Croix Rouge monégasque : « Les vêtements offerts ont été triés, puis distribués par des bénévoles, les jours d’ouverture sur rendez-vous. » Du mobilier d’occasion est aussi proposé « selon l’évaluation de la situation et des besoins de chacun », ajoute-t-on du côté de la Croix Rouge monégasque. Quant aux détenus de la prison de Monaco, ils ne sont pas oubliés : une « subvention mensuelle à l’assistance sociale » est versée à la maison d’arrêt, pour venir en aide aux prisonniers sans ressources. De plus, des livraisons de « café, thé, sucre » et une distribution de colis de friandises est organisé lors des fêtes de Noël, chaque année.

Violences

Mais, en principauté, l’aide sociale est avant tout organisée par l’Etat monégasque, le Conseil national (1) et la mairie de Monaco, chacun selon ses prérogatives. L’Etat prend prioritairement en charge les Monégasques et n’hésite pas à faire du cas par cas, si c’est nécessaire. Il faut dire que, même si elle a augmenté ces dernières années et que cette tendance se poursuit, la population monégasque reste mesurée : il y a 9 259 (+1,1 %) personnes de nationalité monégasque selon l’observatoire de la démographie publié par l’institut monégasque de la statistique et des études économiques (IMSEE), pour une population totale de 37 308 personnes en 2017. Soit un peu plus de 28 000 résidents étrangers en principauté. « Chaque année, 29 millions d’euros sont consacrés à l’aide et l’action sociale de l’Etat, au bénéfice d’environ 3 800 bénéficiaires, dont 37,5 % de Monégasques et 62,5 % de résidents, indique Didier Gamerdinger. Ce budget est en augmentation contenue, mais régulière, chaque année. Les principaux axes de dépenses concernent l’aide aux personnes âgées, le handicap et l’assurance maladie. » Si les Monégasques restent prioritaires pour l’aide sociale, l’Etat consent toutefois à verser des aides aux résidents étrangers. Mais les prises en charges sont limitées et très précises. Exemple : pour le logement d’urgence, celles et ceux qui restent sans solution et qui n’ont pas de revenus ou des salaires trop limités peuvent bénéficier de 21 logements situés dans plusieurs immeubles domaniaux. Mais ils sont réservés aux personnes victimes de violences conjugales ou de personnes avec un ou des enfants mineurs, ce qui répond à la problématique de la protection de l’enfance. « En agissant ainsi, la direction de l’action sanitaire et sociale (DASO) répond aux engagements pris dans le cadre de conventions européennes, comme le groupe d’experts sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique (GREVIO) », souligne le conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé. Les Monégasques sont, a priori, exclus de ce dispositif, puisqu’ils ont accès à d’autres secteurs locatifs, comme les domaines ou le secteur protégé notamment. « Cependant, il est arrivé que certaines personnes soient prises en charge par le biais d’un séjour temporaire en résidence hôtelière en France ou en hôtel à Monaco, le temps qu’une solution pérenne puisse être mise en œuvre », souligne Didier Gamerdinger.

« Précaire »

Si l’essentiel des aides sociales est tourné vers les Monégasques, le gouvernement ouvre donc parfois son dispositif aux résidents, comme le confirme le conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé : « Les accidents de la vie font que chacun peut se retrouver à un moment ou à un autre dans une situation l’amenant à solliciter une aide sociale. Ainsi, toute personne résidant à Monaco, qui se trouve dans une situation financière délicate et précaire, peut bénéficier d’aides sociales ponctuelles servies par la direction de l’action et de l’aide sociale. » Ces aides peuvent prendre plusieurs formes : aides alimentaires, aides au paiement des frais liés au logement, soutiens financiers ponctuels, notamment pour l’éducation des enfants… Pour les seniors, le gouvernement monégasque assurer « garantir » aux Monégasques et aux résidents une « retraite minimum ». Comment ? « Les Monégasques et les résidents depuis plus de 5 ans en Principauté peuvent tous bénéficier, sous condition de revenu, d’une allocation vieillesse mensuelle visant à leur garantir un niveau minimum de ressources, dont le montant varie en fonction de la situation familiale du demandeur », explique Didier Gamerdinger. En clair, il s’agit de l’Aide Nationale Vieillesse (ANV) créée en 1949 et versée par la mairie aux Monégasques et de l’Allocation Mensuelle de Retraite (AMR) versée par la direction de l’action et de l’aide sociale aux résidents. « Les bénéficiaires de l’ANV reçoivent également une « allocation chauffage », versée au mois de mars et décembre, ainsi que des tickets service distribués quatre fois par an. En 2018 l’ANV, les allocations chauffage et les tickets service ont été servies à 248 personnes », souligne le maire de Monaco, Georges Marsan. En 2018, un peu plus de 1,5 million d’euros ont été versés aux bénéficiaires de l’ANV et 64 000 euros pour les tickets service a indiqué la mairie de Monaco à Monaco Hebdo.

« Difficulté »

Depuis 2012 et la modification d’un texte de loi sur les retraites des salariés, les personnes qui ont travaillé en principauté, même si elle n’y habitent pas, peuvent être aidées, notamment par le biais d’une allocation de retraite minimale. « Il n’y a plus aucun retraité, ayant fait sa carrière entière à Monaco, dont la retraite soit inférieure à 1 220 euros mensuels hors retraite complémentaire, soit un montant global d’environ 1 586 euros », assure Didier Gamerdinger. Toujours pour les retraités, depuis 1964 il existe l’allocation spéciale de retraite. Gérée par le service d’actions sociales de la mairie de Monaco, cette aide est réservée aux Monégasques. Quatre-vingt personnes en ont bénéficié en 2018. Autre type de dispositif : les aides sociales ponctuelles, pour les Monégasques et les employés de la commune. « Il s’agit d’actions de soutien ponctuel aux personnes en difficulté, de mesures d’accompagnement et de suivi de situations douloureuses », explique le maire de Monaco, Georges Marsan. En 2018, 120 aides financières ont ainsi été accordées par la mairie. Mais ce n’est pas tout. Une série de manifestations à caractère social sont organisées tout au long de l’année par la mairie et son service d’actions sociales. Des manifestations tournées vers les bénéficiaires du maintien à domicile, mais aussi des résidents des maisons de retraite de Monaco, à savoir A Qietüdine, le Cap Fleuri, le centre de gérontologie clinique Rainier III et les deux résidences de la fondation Hector Otto. « Cela ne concerne pas que des Monégasques, mais s’adresse à tous les résidents. Aussi il est difficile d’en définir le nombre », ajoute Georges Marsan. Autant de dispositifs qui font dire à Didier Gamerdinger qu’en principauté « personne n’est laissé au bord du chemin ». Ce qui n’empêche pas de « poursuivre la réflexion sur ce qu’il est possible d’améliorer », admet le conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé. « Par exemple, la principauté ne dispose pas aujourd’hui d’une allocation qui s’apparente à un revenu minimum et en remplisse les objectifs, à savoir une allocation unique assurant un complément de revenus, pour tous, glisse Didier Gamerdinger. Cependant, une certaine catégorie de la population peut ne pas être en capacité d’occuper un emploi, sans pour autant relever d’une catégorie de travailleurs aidés ». Du coup, « depuis quelques mois », le département des affaires sociales travaille sur la création d’une éventuelle allocation qui garantirait aux Monégasques sans ressources un revenu minimum. A suivre.

 

1) Contacté par Monaco Hebdo, le Conseil national n’a pas été en mesure de répondre à nos questions avant le bouclage de ce numéro, le 22 janvier 2019.

 

Suite du dossier :

« Il est facile de dire que la pauvreté n’existe pas à Monaco »

journalistRaphaël Brun