Culture Sélection
de janvier 2019

Raphaël Brun
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BURNING-de-Lee-Chang-Dong

Burning

de Lee Chang-Dong

Mystère. Jongsu, un jeune coursier tombe sous le charme d’Haemi, son ex-voisine. Mais elle est avec Ben, un homme riche et secret. Un jeu à trois se met en place, jusqu’au jour où Haemi disparaît. Adapté d’une nouvelle de Murakami, Burning met en avant un rapport de classe, entre deux hommes que tout oppose mais qui dialoguent pourtant. Burning est davantage un thriller qu’un film sentimental. Il entretient le mystère avec élégance, et laisse peu à peu l’imaginaire et l’illusion monter crescendo. La beauté formelle de Burning ne vous laissera pas indifférent. Huit ans après Poetry (2010), Lee Chang-Dong séduit encore et toujours.

Burning de Lee Chang-Dong, avec Yoo Ah-In, Steven Yeun, Jeon Jong-seo (COR-SUD, 2018, 2h28), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray). Sortie le 5 février 2019

 

Upgrade-de-Leigh-Whannell

Upgrade

de Leigh Whannell

“Big Brother”. Grey Trace a perdu sa femme, lors d’une violente agression qui le laisse paralysé. Un jour, un inventeur milliardaire lui propose une solution pour « upgrader », améliorer donc, son corps et ses facultés mentales. Du coup, Grey Trace décide de se lancer sur la trace de ceux qui ont assassiné son épouse. Alors, bien sûr, le scénario de ce “revenge movie” ne semble pas briller par son originalité. Pourtant, ce film australien s’affranchit avec brio de tout sens de la morale et affiche une bienvenue remise en question sur le libre arbitre face à “Big Brother” carrément implanté dans le corps humain. Devenu cruel, tuant avec facilité, Grey ne recule devant rien pour parvenir à ses fins. Et nous, on reste séduit par ce petit film très réussi.

Upgrade de Leigh Whannell, avec Logan Marshall-Green, Betty Gabriel, Harrison Gilbertson (AUS, 2018, 1h40), 14,99 euros (DVD), 16,99 euros (blu-ray). Sortie le 13 février 2019.

 

First-Man

First Man, le premier homme sur la lune

de Damien Chazelle

Drame. Neil Armstrong (1930-2012) est le premier homme à avoir marché sur la lune. C’était le 21 juillet 1969. Damien Chazelle s’attaque donc à cette histoire, à travers le portrait de cet homme incarné à l’écran par Ryan Gosling. Assez classique, ce “biopic” joue la carte du documentaire, avec une mise en scène qui pousse le réalisme vers son maximum. Construit autour d’un drame conjugal que traverse Neil Armstrong à l’époque, Damien Chazelle n’élude pas non plus les mouvements sociaux qui agitent l’Amérique de l’époque. Se positionnant ainsi loin de l’hagiographie redoutée, First Man, le premier homme sur la lune remplit son contrat avec efficacité.

First Man, le premier homme sur la lune de Damien Chazelle, avec Ryan Gosling, Claire Foy, Jason Clarke (USA, 2018, 2h22), 19,99 euros (DVD), 22,99 euros (blu-ray), 29,99 euros (blu-ray 4K Ultra HD, édition spéciale steelbook Fnac). Sortie le 20 février 2019

 

Halloween-de-David-Gordon-Green

Halloween

de David Gordon Green

40 ans. Lorsque John Carpenter a sorti Halloween : la Nuit des Masques en 1978, il ne s’attendait probablement pas à voir, 40 ans plus tard, sortir un 11ème film autour du même tueur psychopathe qui s’active lors de la nuit d’Halloween : le célèbre Michael Myers. Pour l’affronter, on retrouve encore et toujours Jamie Lee Curtis. Alors oui, bien évidemment, l’effet de surprise ne joue plus. Néanmoins, après une séquence d’ouverture prometteuse, ce “slasher movie” ne mollit pas et il devrait plaire aux amateurs de films horrifiques. Laurie Strode, la baby-sitter d’Halloween : la Nuit des Masques est aujourd’hui une grand-mère toujours traumatisée, mais bien décidée à ne pas se laisser faire. Entre respect des codes et une inventivité réjouissante, David Gordon Green signe une suite plutôt réussie d’Halloween version 1978.

Halloween de David Gordon Green, avec Jamie Lee Curtis, Judy Greer, Andi Matichak (USA, 2018, 1h49), 16,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray), 24,99 euros (blu-ray 4K Ultra HD, édition spéciale steelbook Fnac). Sortie le 27 février 2019.

 

Darius-Khondji

Conversations avec Darius Khondji

de Jordan Mintzer

Ombres. Il faut courir acheter Conversations avec Darius Khondji de Jordan Mintzer. D’abord parce qu’il s’agit d’un livre rare, consacré à un chef opérateur d’une très grande discrétion. Homme de l’ombre, spécialiste des ombres, Darius Khondji a pourtant tourné avec les plus grands : David Fincher (Se7en, 1995), James Gray (The Lost City of Z, 2016), Michael Haneke (Amour, 2012), Woody Allen (Midnight in Paris, 2011), Roman Polanski (La neuvième porte, 1999), Bernardo Bertolucci (Beauté volée, 1996), Sydney Pollack (L’Interprète, 2005), Bong Joon-ho (Okja, 2017) et Nicolas Winding Refn (Too Old to Die Young, 2019)… Difficile de tous les citer ici. Né d’un père iranien et d’une mère française, Darius Khondji vient du clip. Sa qualité de travail des ombres a donc contribué à asseoir sa réputation. Dotée d’une préface de Michel Ciment, ce livre est aussi un magnifique objet, avec une superbe couverture violette gravée. Le fond et la forme, donc.

Conversations avec Darius Khondji de Jordan Mintzer (Synecdoche), 304 pages, 65 euros.

 

Tristes-grossesses-L-affaire-des-epoux-Bac

Tristes grossesses, L’affaire des époux Bac (1953-1956)

de Danièle Voldman et Annette Wieviorka

Neuwirth. Le 4 juin 1954, Ginette et Claude Bac, 25 ans tous les deux, sont condamnés à 7 ans de prison par la cour d’assises de la Seine pour avoir laissé mourir de faim leur quatrième enfant, âgé de 8 mois. En 1955, les Bac iront en cassation, et leur peine sera ramenée à deux ans d’incarcération. A l’époque, une loi de 1920 interdisait la propagande anticonceptionnelle. Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé, fondatrice de l’association la Maternité heureuse devenue le planning familial, milite pour que cette loi disparaisse. En touchant l’opinion publique au cœur, l’affaire Bac rend cela possible. Lors du second procès, Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé explique aux jurés les conséquences de ces naissances non désirées. L’Eglise catholique et le PCF s’opposent alors à ce changement. Il faudra attendre 12 ans et le vote de la loi Neuwirth, le 19 décembre 1967, pour que les femmes puissent maîtriser leurs grossesses.

Tristes grossesses, L’affaire des époux Bac (1953-1956) de Danièle Voldman et Annette Wieviorka (Seuil), 192 pages, 18 euros.

 

Trouble-de-Jeroen-Olyslaegers

Trouble

de Jeroen Olyslaegers

Compromissions. Dans Trouble, l’écrivain flamand Jeroen Olyslaegers nous raconte l’histoire de Wilfried Wils. Ce dernier évoque sa ville, Anvers, sous l’occupation nazie, en 1940. Il est alors un jeune policier ambivalent de 20 ans : s’il participe aux persécutions orchestrées contre les juifs, en parallèle il aide aussi parfois son ami Lode, qui est résistant. Wils ne se cherche aucune excuse. Il assume ses peurs et sa lâcheté. Jeroen Olyslaegers dresse aussi sans aucune complaisance le portrait d’Anvers, une ville alors livrée aux pires exactions. Entre petite et grandes compromissions, Trouble évoque des considérations morales et éthiques, dans une ville résignée à vivre au rythme des assassinats et des exécutions.

Trouble de Jeroen Olyslaegers (Stock), 448 pages, 22,50 euros.

 

Road-To-Nowhere-de-Pao-Yen-Ding

Road to Nowhere

de Pao‑Yen Ding

Première. Les éditions Misma réalisent un joli coup en publiant ce mois-ci ce qui constitue le tout premier livre du Taïwanais Pao‑Yen Ding traduit en France. Et autant le dire tout de suite, l’histoire racontée par cette BD est hors du commun. Bien décidé à rejoindre par tous les moyens « l’autre bout du monde », un jeune garçon décide de partir à l’aventure. C’est l’occasion de rencontres toutes plus étonnantes les unes que les autres. Entre des créatures étranges dignes d’un film de SF et un artiste décalé qui vit dans un bus-atelier, l’aventure est partout. C’est aussi grâce à un noir et blanc somptueux que cette BD de 80 pages séduit. Pas étonnant quand on sait que Pao‑Yen Ding, qui est né en 1988 à Taipei, a été couvert de prix, dont le premier prix Jeunes Talents de la ville de Pingtung en 2016. Invité en 2017 au festival de la BD d’Angoulême, Pao‑Yen Ding est un auteur à suivre.

Road to Nowhere de Pao‑Yen Ding (Misma), 80 pages, 15 euros.

 

L-Emouvantail-de-Renaud-Dillies

L’Emouvantail

de Renaud Dillies

Sensible. Un épouvantail planté au milieu des récoltes, en principe, ça fait peur. Enfin, au moins aux oiseaux. Mais lorsque l’épouvantail prend vie et ne parvient pas à effrayer les volatiles, c’est le drame. Jusqu’au jour où il rencontre Maître Chat, qui va lui donner, en quelque sorte, des cours d’épouvante. Ce conte merveilleux et sensible, possède aussi une dimension éminemment poétique. Renaud Dillies, 46 ans, s’est fait remarquer avec sa première BD, Betty Blues (2003), qui a remporté le prix du meilleur premier album au festival d’Angoulême 2004. L’Emouvantail est sa 14ème BD et c’est la première publiée par l’éditeur amiénois les éditions de la Gouttière. Les niveaux de lecture étant pluriels, les enfants et les adultes ne verront pas la même chose dans cette BD à la fois belle et intelligente.

L’Emouvantail de Renaud Dillies (Les éditions de la Gouttière), 32 pages, 10,70 euros. 

 

Superior-State-Rendez-Vous

Superior State

Rendez-vous

Enervé. Créé en 2012 par Francis Mallari et Elliot Berthault, bien vite rejoints par Maxime Gendre et Simon Dubourg, Rendez-Vous est LE groupe à suivre en 2019, du côté de la scène rock française. Suivi depuis 2016 par le label italien AVANT ! Records, Rendez Vous n’avait publié jusqu’à présent que deux LP : Rendez Vous (2014) et Distance (2016). Le titre Distance a d’ailleurs rencontré un joli et mérité succès. Cordes tendues, rythme martial, voix coincée dans les basses… Le single Double Zero a donné le tempo : Superior State est un premier album énervé, sec et nerveux. C’est aussi un disque plein d’énergie et sacrément réussi.

Superior State, Rendez-Vous (Avant ! Records), 9,99 euros (MP3), 14 euros (CD), 22,85 euros (vinyle).

 

Breakfast-The-Samps

Breakfast

The Samps

Enfin. Oui, enfin un premier album pour The Samps. Ce trio originaire de Californie a sorti un très prometteur EP en 2010. J. Darrah, (12manrambo), Harland Burkhart et Cole M. Greif-Neill (Cole M. G. N.) viennent d’univers très différents. Ils parviennent pourtant à imaginer ensemble une musique dansante que l’on pourrait penser créée par une seule et même personne, tant c’est efficace. On pense, par exemple, au titre Let Me Down, et ses sonorités héritées du duo français Daft Punk ou de M83. Autant dire que Breakfast est un disque incontournable et dansant. A classer dans la catégorie « irrésistible » au plus vite.

Breakfast, The Samps (Gloriette Records), 9,49 euros (MP3), 22 euros (vinyle).

 

Shadows-of-Death-and-Desire-Silent-Servant

Shadows of Death and Desire

Silent Servant

Irrésistible. Deuxième album solo pour John Juan Mendez. Ce DJ et producteur américain est né en Amérique centrale, mais c’est à Los Angeles qu’il a grandi, au son de New Order, The Cure, A Certain Ratio ou My Bloody Valentine notamment. Pour Shadows of Death and Desire, Mendez s’amuse à mixer les humeurs. Tantôt mélodique, tantôt glaciale, son électro est en perpétuelle mutation. Jamais immobile, sa musique n’est jamais tout à fait là où on l’attend. Depuis son premier disque, Negative Fascination (2011), on suit avec attention la carrière de Mendez. On pense parfois à l’EBM de Nitzer Ebb dans les 7 titres de Shadows of Death and Desire. Et puis on se dit que John Juan Mendez a imaginé son propre univers. Un univers sombre et infernal, comme on aime.

Shadows of Death and Desire, Silent Servant (Hospital Productions), 10,92 euros (MP3), 24,10 euros (vinyle).

journalistRaphaël Brun