Thierry Henry
Des débuts difficiles

Pascallel Piacka
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A l’issue de la première partie de la saison, l’AS Monaco est toujours avant dernier et relégable. L’ASM reste à trois points du barragiste, Dijon. Le maintien reste donc l’objectif prioritaire. Mais l’horizon pour y parvenir semble parsemé d’obstacles. Analyse.

L’ASM n’a remporté que trois matchs sur dix-huit en Ligue 1 (L1), cette saison. Et deux victoires sous l’ère Thierry Henry. Depuis le 13 octobre, il entraîne son club formateur. Et en coach débutant, il redécouvre la L1 qu’il a quittée en 1999. A 41 ans, retraité de l’équipe de France depuis 2010, il est désormais aux commandes du club monégasque. Six matchs ont déjà été perdus, en neuf journées de L1 depuis ses débuts sur le banc. Malgré tout cela, Thierry Henry fascine toujours. Son arrivée en Principauté a été l’une des sensations de l’automne dernier. « Effectivement, il y a de la bienveillance. Mais, il faut remarquer qu’il n’a pas choisi une voie facile. Et il est venu pour sauver son club formateur. Tous les observateurs y sont sensibles », constate Christophe Josse, journaliste et commentateur pour beIN SPORTS.

Parallèle Deschamps

En 2001, Didier Deschamps est nommé entraîneur de l’AS Monaco, pour quatre ans. Mais, au terme d’une saison difficile, le club termine 15ème de division 1 (D1) [avec 39 points, soit 9 victoires, 12 nuls et 13 défaites — N.D.L.R.]. L’ASM échappe de six points à la relégation. Et Didier Deschamps se brouille avec Marco Simone, son attaquant vedette italien. L’ancien champion du monde 98 doute profondément, et son président, Jean-Louis Campora, l’annonce même partant en juin 2002. « C’est plus facile de gagner le Grand Prix de Monaco au volant d’une Ferrari que d’une petite voiture. Et oui, c’est difficile de débuter une carrière d’entraîneur », ajoute Christophe Josse. À force de concession, Deschamps sauve son poste in extremis. En contrepartie, l’ancien capitaine des Bleus doit accepter de travailler avec Jean Petit et Jean-Luc Ettori, venus le seconder. Le premier l’admet : « Sa première saison a été calamiteuse. Des joueurs aux dirigeants, tout le monde était contre lui ». Henri Biancheri, alors directeur sportif du club, rappelle le contexte : « Didier ne connaissait plus le football français et l’a peut-être sous-estimé. Mais, en type intelligent, il a vite rectifié le tir. » Et Deschamps disputera avec l’ASM la finale de la Ligue des champions, le 26 mai 2004 [défaite face au FC Porto 3 – 0 — N.D.L.R.].

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© Photo Stéphane Senaux ASM-FC.

Parallèle Jardim

Le 10 juin 2014, Leonardo Jardim devient le nouvel entraîneur de l’AS Monaco, en succédant à Claudio Ranieri. Malgré de bons matchs de préparation, l’ASM perd sa première rencontre officielle de la saison. Et face à Lorient lors de la première
journée de L1 (1-2). Ses choix tactiques sont alors pointés du doigt par certains supporters, ainsi que les journalistes. Le départ de James Rodriguez au Real Madrid ne facilite pas le travail du technicien portugais. Et lors de la deuxième journée, l’ASM s’incline face à Bordeaux (4-1). Annoncé comme le rival du Paris Saint-Germain (PSG), le club monégasque est relégable dès la deuxième journée de championnat. Des critiques, parfois blessantes, visent alors Leonardo Jardim. « L’AS Monaco est un club de prestige, où il y a beaucoup de pression. Et la concurrence est forte dans le haut niveau », rappelle Christophe Josse. Néanmoins, l’ASM va remonter la pente, pour finir avec 71 points, troisième de L1 [1er PSG avec 83 points, 2ème Lyon avec 75 points — N.D.L.R.]. Et une qualification pour les 8èmes de finale de la C1. « Deschamps, Jardim et Henry ont eu des débuts difficiles. Mais, c’est normal ! Dans le football, les gens ont la mémoire courte… », souligne le commentateur de beIN SPORTS.

Passi, l’adjoint

Le 20 décembre, Franck Passi a été nommé entraîneur adjoint de l’ASM. A 52 ans, il a rejoint son frère Gérald qui travaillait déjà au sein de la cellule recrutement. « Après avoir discuté avec Thierry, j’ai pu constater que nous avions les mêmes valeurs sur le foot », a commenté Franck Passi. Le nouvel entraîneur adjoint n’est pas un néophyte. « Franck est une personne discrète et d’expérience. Il arrive avec toute sa loyauté et compétence. Il va apporter un autre regard et discours dans le vestiaire », estime Josse. Fin connaisseur de la L1, Passi a été adjoint à l’Olympique de Marseille (OM), de 2012 à 2016. Mais aussi entraîneur principal de l’OM, avant d’être remplacé par Rudi Garcia. Même chose à Lille, où il a remplacé Frédéric Antonetti. « Ce n’est pas une défiance vis-à-vis de Thierry Henry. Je ne le perçois pas comme une volonté de lui nuire », estime le journaliste de beIN SPORTS. « Je suis très heureux de l’accueillir, en espérant qu’il apportera beaucoup au club. Et je n’ai aucun doute là-dessus », a commenté Thierry Henry, dans un communiqué officiel du club, le 19 décembre 2018. « Quand on est dans un tunnel comme l’ASM actuellement, il est préférable d’avoir plusieurs regards objectifs », juge Christophe Josse.

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© Photo Stéphane Senaux ASM-FC.

Henry — Vieira

Le 16  janvier 2019, Thierry Henry, 41 ans, et Patrick Vieira, 42 ans, vont se rencontrer pour la première fois en tant qu’entraîneurs. Et ce, à l’occasion du derby azuréen Monaco — Nice [match reporté de la 17ème journée de L1 — N.D.L.R.]. Depuis que Henry a pris la succession de Jardim, le 13 octobre 2018, 20 kilomètres de distance les séparent. « Chacun dans son registre n’a pas fait le choix de la facilité. La L1 n’est pas une partie de plaisir », remarque le journaliste de beIN SPORTS. Pour mémoire, leur première confrontation sur les terrains remonte au 27 octobre 1995 [AS Cannes 1 – 1 AS Monaco — N.D.L.R.]. Cette année-là, l’ASM avait terminé 3ème de D1 (68 points). Et l’AS Cannes au 14ème rang (44 points). Vingt-quatre ans plus tard, Henry et Vieira se croiseront de nouveau —, au stade Louis II. Complices dans la vie, ils ont été coéquipiers pendant six saisons sous le maillot d’Arsenal, entre 1999 et 2005 [214 matches — N.D.L.R.], et douze ans en équipe de France, entre 1997 et 2009 [123 sélections pour Henry et 107 sélections pour Vieira — N.D.L.R.]. C’est Patrick Vieira qui a d’ailleurs conseillé à Thierry Henry d’aller passer ses diplômes d’entraîneur, au pays de Galles. Et ce dernier l’a entendu.

Mercato hivernal

L’ASM a pris les devants pendant ce marché d’hiver. Lancé dans une opération maintien, le club compte sur le marché des transferts pour régénérer son effectif et sortir de la zone de relégation. « Thierry Henry a déjà fait des choix forts. Il met des mots justes sur des actes. Il n’est pas dans la protection perpétuelle de ses joueurs », estime le journaliste et commentateur de beIN SPORTS. Les Monégasques ont renforcé leur défense en recrutant Naldo, 36 ans. « Il nous ramène de l’expérience. Il a gagné la Copa América en 2007. Et il connaît le très haut niveau », a indiqué Thierry Henry. Mais l’âge avancé du défenseur brésilien, en provenance de Schalke 04, est déjà au cœur des débats. Présent face à la presse, le 4 janvier 2019, le coach monégasque a coupé court à la polémique. « Personnellement, non, son âge ne pose aucun problème. Quand tu peux apporter au niveau du leadership, c’est l’essentiel. » Et Henry a d’ailleurs choisi de titulariser Naldo dans sa défense à trois face au Canet-en-Roussillon (N3) (1-0), le 6 janvier [32èmes de finale, Coupe de France-NDLR].

Kamano

Très actif, l’ASM a entamé des négociations avec Bordeaux au sujet de François Kamano. « C’est un bon joueur de L1, qui marque de jolis buts. On connaît sa façon de jouer. Mais, je ne peux pas en dire plus », a indiqué Henry. L’international guinéen est encore sous contrat avec les Girondins jusqu’en 2021. Mais l’ancien Bastiais semble déterminé à rejoindre les rangs de l’ASM. Le club de la principauté a offert 15 millions d’euros et 3 millions d’euros de bonus. Du côté bordelais, les dirigeants réclament 25 millions d’euros. Et ils ne seraient pas disposés à descendre sous les 20 millions d’euros. Espéré à Monaco, Pepe, 35 ans, ne rejoindra pas le Rocher cet hiver. Libre de tout contrat, le défenseur central portugais s’est engagé le 8 janvier avec le FC Porto, pour des raisons familiales. Il a signé un contrat d’un an et demi avec Les Dragons.

Fabregas, la priorité

En quête de joueurs d’envergure internationale, l’ASM vise Cesc Fabregas. L’international espagnol de Chelsea, 110 sélections au compteur, est en effet sensible aux appels du club monégasque. A 31 ans, il serait prêt à vivre une nouvelle aventure et à renouer avec son coéquipier des Gunners, Thierry Henry, de 2003 à 2007. « Cesc Frabregas ? On verra bien… Il faut voir ce qu’il se passe. Mais, aujourd’hui c’est toujours un joueur de Chelsea. Le profil intéresse tout le monde, c’est évident », a commenté Thierry Henry lors de la conférence de presse du 4 janvier. Son ex-partenaire pourrait se voir proposer un contrat de 2 ans et demi, avec 10 millions d’euros de prime à la signature selon nos confrères de L’Equipe. Le 5 décembre, Cesc Fabregas a disputé son dernier match, victorieux, avec les Blues face à Nottingham Forest (2-0), en FA Cup. L’ancien Barcelonais est sorti sous l’ovation de Stamford Bridge, avant d’embrasser la plupart de ses coéquipiers. Selon nos confrères de Sky Sports, le milieu de terrain espagnol aurait fait le voyage vers Monaco dans la soirée du 6 décembre. Les discussions se seraient ensuite poursuivies entre le vice-président de l’ASM, Vadim Vasilyev, Fabregas et son agent. Les deux parties se seraient entendues sur un contrat de deux ans et demi. Néanmoins, les dirigeants monégasques doivent trouver un accord avec leurs homologues londoniens, sur le montant du transfert, d’après L’Equipe et alors que Monaco Hebdo bouclait ce numéro, le 8 janvier 2019.

Déplacement difficile

Comme Leonardo Jardim, Thierry Henry n’a pas encore remporté de match à domicile en L1 cette saison. « Quand tu chasses les points, généralement, ils te fuient. C’est la règle et le reflet de la dureté du football », souffle Christophe Josse. L’ASM veut renouer avec son prestige et son rang d’autrefois. Pour Monaco, l’espérée “remontada” débutera dès le 13 janvier, au stade Vélodrome face à l’OM, pour la 20ème journée de L1. Un contexte délicat, puisque les marseillais ont été éliminés (0-2), le 6 janvier par Andrézieux-Bouthéon, une équipe de N2 (D4), lors des 32èmes de finale de Coupe de France.

 

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