Tensions exacerbées
autour du projet Grand Ida

Anne-Sophie Fontanet
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La séance budgétaire du 13 décembre a montré un profond désaccord entre Conseil national et gouvernement au sujet du logement des Monégasques, notamment sur le projet Grand Ida. Pour apaiser la situation, le ministre d’État, Serge Telle, a revu sa copie. Monaco  Hebdo revient sur cette soirée qui a conditionné le vote de ce budget.

On n’est pas passé loin du point de rupture… Il était un peu plus de 21 heures jeudi 13 décembre. Les élus revenaient de leur dîner, après trois heures de débat sur le budget primitif 2019. Le président de la commission logement du Conseil national, Franck Lobono, demande, comme ses collègues Christophe Robino puis Brigitte Boccone-Pagès, vice-présidente de l’hémicycle — tous élus de la majorité Priorité Monaco (Primo !) — des informations complémentaires sur la phase 1 du projet Grand Ida. C’est le conseiller de gouvernement pour l’urbanisme, l’équipement et l’environnement, Marie-Pierre Gramaglia, qui prend naturellement la parole pour relayer l’avancée du dossier. Elle ne sait pas encore qu’elle s’apprête à déclencher la colère du président du Conseil national, Stéphane Valeri. Et peut-être même « une crise institutionnelle majeure », selon ses mots.

MOD

Le problème principal ? Une livraison de 140 appartements domaniaux neufs à l’horizon 2025. « Inimaginable » pour Stéphane Valeri, qui ne retient plus sa colère contre le gouvernement princier dans son ensemble. Cette phase du Grand Ida représentant l’un des projets phares de la majorité Primo ! du Conseil national pour résorber la tension actuelle du logement, les conseillers nationaux exigent alors une solution plus rapide. Les uns après les autres, ils incitent le département de Marie-Pierre Gramaglia à retenir la solution de la maîtrise d’ouvrage déléguée (MOD) « pour gagner du temps, dans un contexte d’urgence ». Ce qui revient à confier l’intégralité de la gestion du projet à un opérateur privé, au lieu de le faire réaliser par les services des travaux publics de l’État. Face à la bronca généralisée, Marie-Pierre Gramaglia défend sa méthode : « On ne parle pas ici de juste construire un immeuble domanial, mais de restructurer tout un quartier. Ce n’est pas du tout pareil. Je vous dis que c’est beaucoup plus compliqué ».

« Inacceptable »

Une explication bien insuffisante aux yeux de Stéphane Valeri, qui s’emporte : « Là, il y a un vrai problème. Cela remet en cause le vote du budget. Tous les opérateurs privés que nous avons consultés disent que les travaux peuvent être réalisés en 3 ou 4 ans. Avec les services des travaux publics, on passe à 6 ans. C’est inacceptable ! ». Les débats tournent alors clairement au règlement de compte, quand Franck Lobono et Jean Castellini, conseiller de gouvernement pour l’économie et les finances, s’écharpent — une fois encore — sur les chiffres des besoins en logement des Monégasques. Serge Telle, ministre d’État, tente alors de reprendre en main un débat qui dérape. « Reprenons un peu de sérénité. Il ne faudrait pas faire d’Ida le point de rupture. Ce que l’on essaie de faire, c’est de répondre à une urgence. C’est une instruction du prince et on va la faire jusqu’au bout. On a envie — autant que vous — d’arriver au même résultat. » Petit Ida, Grand Ida, Très Grand Ida… En 10 ans, six ou sept projets ont été présentés sur le bureau du conseiller de gouvernement à l’urbanisme. Des projets qui, au départ, devaient permettre de construire un immeuble à destination des enfants du pays, une catégorie de personnes dont il n’est absolument plus question dans la phase 1 dévoilée en séance.

Garantie

En conséquence, tous les élus de la majorité Primo ! se sont prononcés contre le chapitre « grands travaux » de ce budget primitif 2019. Béatrice Fresko-Rolfo et Jacques Rit, élus Horizon Monaco (HM), se sont abstenus. Jean-Louis Grinda, élu Union Monégasque (UM), est le seul à s’être prononcé pour. Le 14 décembre 2018, la majorité du Conseil national a adressé un courrier au ministre d’État, afin de lui transmettre ses exigences et ses attentes pour assurer une issue positive au vote du budget le 19 décembre. « Le gouvernement considère que la maîtrise d’ouvrage déléguée (MOD) ou le recours à la passation de marché en entreprise générale est bien une méthode à privilégier, dès lors qu’elle permet d’aboutir à des livraisons plus rapides pour des produits de qualité et à un coût maîtrisé, sous le contrôle de l’État. Il importe cependant que celles-ci puissent être réalisées en toute transparence, après appel d’offres restreint comme cela fut pratiqué à l’époque pour l’immeuble “Engelin”, auprès d’entreprises monégasques disposant incontestablement du savoir-faire et des moyens de mener dans des délais raccourcis des opérations immobilières d’envergure », écrit Serge Telle dans sa réponse au Conseil national.

Plan national

En conséquence, il prévient que la méthode se verra appliquée à la réalisation de la première tranche du Grand Ida (140 appartements fin 2022), mais aussi à l’opération Testimonio II bis (172 logements pour juillet 2022). Concernant le logement des Monégasques, le ministre d’État souligne aussi que des « décisions seront prises définitivement à la fin du premier trimestre 2019 », concernant les opérations intermédiaires. Enfin, si Serge Telle assure ne pas vouloir toucher aux serres récemment construites au Jardin exotique, il a fait savoir que « des contacts sérieux et concrets » avec un promoteur immobilier permettant à l’État monégasque « d’acheter une propriété privée pour laquelle il dispose d’un mandat » rendra possible la livraison d’ici fin 2022 d’environ 70 logements domaniaux dans ce même quartier. Le courrier du ministre s’achève sur la promesse d’une nouvelle rencontre en janvier 2019 sur le sujet du logement, à l’occasion du dévoilement du plan national pour le logement des Monégasques « que le prince souverain a appelé de ses vœux ».

530

« Ce plan intègrera certaines des opérations évoquées ci-dessus, mais également d’autres solutions positives, puisque son objectif est de développer une vision à moyen et long termes de ce sujet important pour la communauté nationale à laquelle le souverain, ainsi qu’il l’a exprimé, est particulièrement attentif. » Avec cette garantie de créer 530 logements qui viennent s’ajouter aux 200 initialement prévus, le président du Conseil national, Stéphane Valeri, a retrouvé le sourire lors de la séance d’examen du budget du lundi 17 décembre. Il assure que cette lettre « fixe les conditions minimales requises pour assurer un vote favorable de la majorité sur le budget primitif 2019 en matière de construction de logements neufs, afin de résorber la pénurie de logements domaniaux pour nos compatriotes dans les plus brefs délais possibles. Nous venons de faire un grand pas en avant. Pour ce qui est de ce mandat, nous y sommes presque et je m’en félicite ». Les débats ont alors pu retrouver la sérénité qui les caractérisaient avant cette séquence tendue.

 

Économie

Une contribution au séjour hôtelier pour les touristes ?

C’est la proposition émise par Béatrice Fresko-Rolfo, élue Horizon Monaco (HM), pendant les débats : « C’est la première fois que le gouvernement entend cette proposition, a entamé Serge Telle, ministre d’État. Pourquoi pas, on peut regarder et consulter les professionnels de l’industrie hôtelière. » Son ministre de l’économie a pourtant vite douché tout espoir. « Nous avons un budget qui nous permet de ne pas forcément avoir recours à la perception de contributions supplémentaires. De plus, ce type de mesure se réalise par une loi, donc après un débat approfondi. De notre propre chef, nous ne pouvons pas envisager de le mettre en œuvre », a signalé Jean Castellini. Même son de cloche de la part de Stéphane Valeri, président du Conseil national, refroidi par la proposition de l’élue de la minorité. « Le Conseil national n’a jamais été favorable à créer une contribution. Attention à ne pas envoyer de mauvais signaux pour l’image de notre pays… », l’a-t-il sermonné. A.-S.F.

 

Société

Taxi : une licence saisonnière pour améliorer le système

Appel sans retour, attente trop longue : la liste des doléances concernant les taxis de la Principauté est la même depuis de longues années. Gouvernement, Conseil national et représentant des taxis monégasques tentent d’améliorer ce mauvais état de service tant bien que mal, avec plus ou moins de résultats jusqu’à présent… En séance de budget primitif, jeudi 13 décembre 2018, une nouvelle proposition a réuni hémicycle et gouvernement pour tenter un dispositif innovant. « Oui, on peut y arriver. Mais tout le monde doit jouer le jeu », prévient Jean Castellini, conseiller de gouvernement pour l’économie et les finances. D’ici l’été 2019, une deuxième licence saisonnière sera mise en place et le recours à un véhicule électrique privilégié. Avant lui, plusieurs élus du Conseil national avaient évoqué un problème lié à la saisonnalité. Ils espéraient plutôt une licence d’avril à octobre quand le conseiller-ministre évoque seulement les mois d’été. « Les taxis sont devant leur responsabilité. Sinon, le service n’est pas à la hauteur », assure Castellini. Interrogé par Christophe Robino, élu Primo !, sur le coût d’achat d’un véhicule électrique pour une utilisation restreinte de quelques mois, Jean Castellini a immédiatement fermé la porte d’une prise en charge par l’État. « Je ne suis pas favorable à ce que ce soit l’État qui s’en porte acquéreur », a-t-il averti. A.-S.F.

 

Société

Les nuisances autour de Top Marques font débat

La dernière édition de ce salon dédié aux supercars avait légèrement dégénéré à Pâques dernier… Des policiers avaient été pris à partie par de nombreuses personnes venues en principauté admirer les bolides, en marge de cette manifestation d’ampleur. « Il y a de grosses craintes de la part des résidents du Larvotto », affirme Michèle Dittlot, élue Primo !, qui a demandé à Patrice Cellario, conseiller de gouvernement pour l’intérieur, de mieux informer les habitants. « Il n’y aura pas d’essai en ville l’an prochain », avertit le conseiller-ministre. Finalement, cet événement aura bien lieu au Grimaldi Forum — alors qu’une délocalisation à Fontvieille avait été un temps communiqué — et Top Marques se déroulera le week-end suivant le Grand Prix de Monaco. Soit fin mai, début juin 2019. « Nous continuons à travailler avec les organisateurs. L’espace et le temps sont particulièrement contraints en principauté », a rappelé Cellario. A.-S.F.

 

Société

Bientôt un Testimonio II Bis ?

On connaissait l’opération Testimonio I, Testimonio II et on avait même entendu parler de Testimonio III. Mais on n’avait jamais rien su de l’opération Testimonio II Bis. Les débats du jeudi 13 décembre ont permis à Jacques Rit, élu Horizon Monaco (HM), d’interroger le gouvernement sur ce projet méconnu. C’est le ministre d’État, Serge Telle, qui a tenté d’éclaircir la situation. Testimonio III ne pourra en fait se réaliser qu’à la condition qu’un accord soit trouvé avec les propriétaires de la Villa Florida, en plein cœur de ce projet. « Mais leur demande financière actuelle nous permettrait de refaire le stade Louis II », a ironisé le ministre. Celui-ci a rappelé ensuite qu’une loi d’expropriation prendrai deux à trois ans… Conscient que le problème du logement des Monégasques ne peut pas attendre, le gouvernement a donc envisagé un projet intermédiaire nommé Testimonio II Bis « collé à la Villa Florida ». En chiffre, Testimonio II permettrait la construction de 151 appartements. En cas de surélévation de cinq étages, cela porterait le total net à 181 appartements. Testimonio II Bis comptabiliserait 158 logements. Et en cas de surélévation d’un ou deux étages, 14 appartements supplémentaires verraient le jour, soit un total de 172. A.-S.F.

 

Économie

Les élus veulent un héliport d’excellence

« Nous aimerions être associé à vos réflexions concernant les aménagements de l’héliport. » Cette demande formulée par Guillaume Rose, élu Primo !, traduit bien le sentiment général de l’hémicycle. « Il nous faut construire un héliport à la hauteur des attentes de nos touristes », estime pour sa part sa collègue Corinne Bertani. Actuellement, ce sont des travaux de sécurité concernant la Final Approach and Take Off area (FATO) qui sont mis en œuvre. Il s’agit en fait de la surface aménagée au-dessus de laquelle commence la manœuvre de décollage et se déroule la phase finale de la manœuvre d’approche jusqu’au vol stationnaire. « Il sera ensuite question de la transformation du bâtiment dont la physionomie n’a pas séduit. Nous n’avons pas encore arrêté l’héliport que nous allons réaliser », prévient Marie-Pierre Gramaglia, conseiller de gouvernement à l’équipement, l’urbanisme et l’environnement. Pour Stéphane Valeri, une chose est sûre : « Celui d’aujourd’hui n’a pas le niveau d’excellence nécessaire à Monaco. Sans doute, faut-il agrandir, moderniser ou rafraîchir », préconise le président du Conseil national. Environ 60 000 à 70 000 passagers l’empruntent chaque année. « Ce ne sera ni une cathédrale, ni un aménagement avec un simple coup de peinture, a assuré Serge Telle. Nous ferons en fonction des coûts et des délais, mais aussi de nos besoins pour aujourd’hui, et ceux estimés pour dans 10 ans. Ce ne sera pas forcément nouveau mais ni vieux ni petit. On peut peut-être tirer un meilleur parti du bâtiment existant. » A.-S.F.

 

Suite du dossier :

Qualité de vie le débat se poursuit

 

journalistAnne-Sophie Fontanet