Qualité de vie le débat se poursuit

Raphaël Brun
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C’était l’une des grandes attentes des élus. Les arrêtés qui réglementent les horaires et le bruit généré par les chantiers de la principauté entreront en vigueur le 2 janvier 2019. Pointant les dérogations rendues possibles, les conseillers nationaux se sont montrés très sceptiques.

L’attente aura finalement été à peu près aussi grande que la déception. Le 10 décembre 2018, pendant l’examen du budget primitif 2019, les élus du Conseil national ont longuement commenté les deux arrêtés chargés d’encadrer les horaires et le bruit des chantiers. On se souvient que la question de la qualité de vie a été l’un des grands thèmes de campagne pour l’élection nationale de février 2018, qui a vu l’écrasante victoire de la liste Priorité Monaco (Primo !). Très logiquement, le président du Conseil national, Stéphane Valeri, et ses 20 co-listiers désormais élus, suivent donc ce dossier de très près. Tout comme les deux élus d’Horizon Monaco (HM), Béatrice Fresko-Rolfo et Jacques Rit, et le seul élu Union Monégasque (UM), Jean-Louis Grinda.

Retard

Les conseillers nationaux attendaient ces arrêtés pour octobre 2018. Ils n’ont finalement été publiés au Journal officiel que le 7 décembre, soit avec plus de deux mois de retard. Ces textes imposent désormais des périodes précises pour faire les travaux et exigent de la part des constructeurs l’utilisation de moyens techniques pour limiter au maximum les bruits. De plus, les chantiers doivent être stoppés pendant toute la journée du samedi et il est demandé aussi de moins travailler pendant le mois d’août. Pendant ce mois-là, les travaux d’intérieurs qui génèrent le moins de bruit seront en revanche tolérés. Pour le reste, les chantiers devront se dérouler du lundi au vendredi, de 7h30 à 19h30. « L’efficacité de ces dispositifs pourra être évaluée grâce à la mise en place obligatoire d’une étude préalable des bruits de chantier réalisée par un acousticien et surtout par la mise en place d’instruments de suivi du niveau sonore du chantier, qui deviendront pour l’administration des outils de contrôle », a indiqué le ministre d’Etat, Serge Telle, qui a aussi promis de rester attentif dans la durée quant au respect de ces nouvelles mesures, supposées améliorer la qualité de vie à Monaco : « Nous serons particulièrement vigilants sur son application, et nous lui apporterons toutes les améliorations nécessaires. » Mais ces arrêtés ne concerneront pas certains chantiers qui sont déjà lancés. Le gouvernement justifie ce positionnement par des raisons économiques. En effet, les contrats déjà signés incluent des clauses financières et de construction très précises. Du coup, appliquer ces arrêtés au 2 janvier 2019 risquerait d’impacter ces chantiers de façon trop importante, estime le gouvernement. Sur un total d’une cinquantaine de chantiers, cela en concerne 19, dont 5 devraient être terminés en 2019.

« Conscience »

Ces dérogations ont provoqué l’incompréhension, et parfois aussi une pointe de colère, chez certains élus. Le président de la commission des finances et de l’économie nationale, Balthazar Seydoux a exprimé sa déception : « Les élus regrettent que 19 chantiers ne soient pas concernés totalement par ces arrêtés. Pour être immédiatement efficace et compris par les résidents, ce dispositif devrait s’appliquer immédiatement à l’ensemble des chantiers. […] Et les éventuelles dérogations devront être rendues publiques, afin que la population impactée en soit informée. » Le président du Conseil national, Stéphane Valeri, s’est lui aussi montré circonspect : « Le gouvernement a dû prévoir certaines dérogations. Il faudra donc quelques mois pour évaluer l’efficacité de ces mesures. » Du côté d’UM, Jean-Louis Grinda a rappelé avoir « très tôt attiré l’attention des pouvoirs publics quant à la détérioration sensible de notre cadre de vie essentiellement due à la multiplicité des chantiers publics ou privés qui rendaient la circulation intra-muros toujours plus difficile et qui, par des nuisances sonores toujours plus nombreuses, exaspéraient tous les résidents de notre pays. » Et pour cet élu, la surprise semble avoir été de taille : « Quelle ne fut pas ma déception à la lecture des 2 arrêtés ministériels concernant les chantiers. Ce sont des mesures insuffisantes qui seront incompréhensibles pour la population. » Pour Grinda, ces mesures « instaurent un tel nombre d’exceptions que sur un si petit territoire on aura dans la même rue parfois, et dans le même quartier à coup sûr, un chantier à l’arrêt et un chantier au travail. Les nuisances seront là et on se sera donné bonne conscience à peu de frais ». Pour répondre à ces critiques, le ministre d’Etat, Serge Telle, a rappelé qu’il s’agissait de chantiers publics et donc d’intérêt général. Et que, par conséquent, les ralentir équivaudrait à prolonger les désagréments qui vont avec. Prenant en exemple les chantiers de la Société des Bains de Mer (SBM) avec le One Monte-Carlo et l’hôtel de Paris, Serge Telle a confirmé que ces deux énormes chantiers ne seraient pas concernés par ces nouvelles obligations.

Contrôleurs

La majorité Primo ! a donc insisté et a avancé ses exigences. « Il faut renforcer les contrôles pour que ces nouvelles règles soient bel et bien respectées. Nous resterons donc vigilants et nous demanderons éventuellement des ajustements, si nécessaire. Notamment le renforcement des postes de contrôleurs et des crédits inscrits pour faire appel à des entreprises privées, le cas échéant », a annoncé le président du Conseil national, Stéphane Valeri. Quatre postes de contrôleurs ont donc été demandés par le groupe majoritaire. Le gouvernement a accordé deux postes dans le cadre de ce budget primitif 2019, pour un total de 150 000 euros. Devant le mécontentement des élus, Serge Telle a joué la carte de la prudence et de l’ouverture : « Je sais que de votre côté vous auriez préféré une solution légèrement différente. Le gouvernement n’en fait pas une question de principe et verra avec vous s’il convient de compléter ce dispositif au budget rectificatif, avec un ou deux postes supplémentaires ou l’inscription d’un crédit supplémentaire. » Il faudra au moins ça pour satisfaire des élus très dubitatifs devant les mesures prises par le gouvernement.

 

Suite du dossier :

Conseil national : ils en ont parlé

 

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