Culture Sélection
de Novembre 2018

Raphaël Brun
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Lage-dor-du-cinema-japonais-volume-II

L’âge d’or du cinéma japonais (1935-1975), volume  II

Divers réalisateurs

Exceptionnel. Pour faire suite au succès du volume I (2016), aujourd’hui épuisé et vendu à des prix prohibitifs sur internet, Carlotta vient de publier le volume II de L’âge d’or du cinéma japonais. Ce joli coffret propose un dictionnaire des acteurs et actrices japonais de 276 pages, réalisé par Tomuya Endo et Pascal-Alex Vincent. Un document précieux qui permet une réelle immersion dans l’histoire du cinéma japonais. Trois films sont à voir ou à revoir dans des versions restaurées : Quand une femme monte l’escalier (1960) de Mikio Naruse, Le Goût du saké (1962) de Yasujirô Ozu et Aveux, théories, actrices (1971) de Kijû Yoshida. Un documentaire, Mifune : le derniers des samouraïs (2015) de Steven Okazak vient compléter cet exceptionnel coffret.

L’âge d’or du cinéma japonais (1935-1975), volume II, divers réalisateurs (dictionnaire des acteurs et actrices japonais de Tomuya Endo et Pascal-Alex Vincent (276 pages) et 4 DVD, édition limitée à 1 500 exemplaires), 59,99 euros.

 

Have-a-Nice-Day

Have a Nice Day

de Liu Jian

Précieux. Xiao Zhang n’aurait pas dû voler un sac plein de billets à son patron mafieux. Du statut de simple chauffeur d’un voyou, il devient en une nuit une cible à abattre. Si l’intrigue de ce film d’animation est d’une grande simplicité, Liu Jian s’amuse avec les codes du polar noir, pour dresser le portrait d’une société chinoise obsédée par l’argent. Après avoir été censuré par les autorités chinoises au festival d’Annecy en 2017, voici enfin qu’arrive en vidéo, et hélas sans sortie blu-ray au programme, cet objet filmique non identifié (OFNI). Violent, beau et sombre, Have a Nice Day est un film d’animation rare, et donc, précieux.

Have a nice day de Liu Jian, avec Zhu Changlong, Yang Siming, Cao Kou (CHI, 2018, 1h17), 19,99 euros (DVD seulement, pas de sortie blu-ray).

 

Love-Hunters-de-Ben-Young

Love Hunters

de Ben Young

Australie. Lorsque Vicki Maloney est abordée dans la rue par Evelyn et John White, un couple de trentenaires, elle ne se doute pas une seule seconde de ce qui va suivre. Et nous non plus, d’ailleurs. Séquestrée chez eux, elle va chercher à fuir par tous les moyens possibles. Ce film australien signé Ben Young est un huis clos dont le succès repose en grande partie sur la qualité des acteurs. Emma Booth est captivante, coincée entre les délires morbides de son compagnon et la compassion qu’elle peut éprouver vis-à-vis de la victime. Le final, qui se déroule au rythme du très adapté Atmosphere (1980) de Joy Division, nous laisse avec le sentiment d’avoir vu un premier long métrage intelligemment construit et d’une grande force émotionnelle.

Love Hunters de Ben Young, avec Emma Booth, Asleigh Cummings, Stephen Curry (AUS, 2017, 1h48), 9,99 euros (DVD), 22 euros (blu-ray).

 

Under-the-Silver-Lake-de-David-Robert-Mitchell

Under the Silver Lake

de David Robert Mitchell

Los Angeles. Quand on rêve de devenir célèbre, quoi de mieux que la disparition de sa voisine pour se lancer à sa recherche et se faire remarquer ? C’est ce que décide de faire Sam. Ce trentenaire sans travail va parcourir ainsi Los Angeles de fond en comble pour retrouver Sarah, et élucider le mystère qui règne autour d’elle. Ce thriller se joue des codes du film noir, avec pour décors la Cité des Anges. Comme dans Mulholland Drive (2001) de David Lynch, on parcourt Los Angeles et ses folies. Le réalisateur de l’excellent It Follows (2014) plonge Andrew Garfield dans un foisonnement de fêtes et de mensonges, dans lequel il croit voir du sens et des signes. Omniprésentes, les icônes d’Hollywood sont devenues des fantômes inutiles. Floué par la culture pop, il ne reste plus à la société que l’ironie comme planche de salut.

Under the Silver Lake de David Robert Mitchell, avec Andrew Garfield, Riley Keough, Topher Grace (USA, 2018, 2h19), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray). Sortie le 12 décembre 2018.

 

Signal-dalerte-Neil-Gaiman

Signal d’alerte

de Neil Gaiman

Mythes. Né en 1960, Neil Gaiman est notamment connu pour la série télé American Gods, le livre L’Etrange vie de Nobody Owens (2009) et le succès de La mythologie viking (2017). Si l’imaginaire de Gaiman est souvent nourri par les légendes nordiques, c’est sa capacité à réinventer les mythes de nos sociétés qui impressionne. Ce recueil est composé de textes épars, que l’auteur remet dans leurs contextes en préambule. Si toutes ces nouvelles ne sont pas du même niveau, l’impression générale reste positive. Récits fantastiques ou horrifiques, Neil Gaiman se promène en terrain connu et parvient le plus souvent à surprendre le lecteur.

Signal d’alerte de Neil Gaiman (Au Diable Vauvert), nouvelles traduites de l’anglais par Patrick Marcel, 496 pages, 22 euros.

 

Smile-de-Roddy-Doyle

Smile

de Roddy Doyle

Dublin. C’est finalement souvent le cas lorsqu’on décide de revenir dans sa ville natale : de vieux souvenirs douloureux refont surface. Séparé de sa femme, l’écrivain Victor Forde revient vivre dans un quartier populaire de Dublin. Il tente de noyer sa tristesse dans les pubs, où il croise d’anciennes connaissances qui évoquent ses années collèges, chez les frères. Des années dont il ne veut plus se souvenir, sans que l’on sache vraiment pourquoi. Tout au long des 256 pages de Smile, Roddy Doyle, auteur des Commitments (1987), prépare une conclusion choc, qui nous plonge dans une Irlande dominée sans concession par la religion et le business. Jusqu’à l’absurde.

Smile de Roddy Doyle (Gallimard/Collection Joëlle Losfeld), traduit de l’anglais (Irlande) par Christophe Mercier, 256 pages, 19,50 euros.

 

Absinthe-et-Cocaine-Aleister-Crowley

Absinthe & Cocaïne

d’Aleister Crowley

Sataniste. Voici un livre pas tout à fait comme les autres. Ce recueil regroupe une série de textes d’Aleister Crowley (1875-1947), inédits en français. Ils n’ont fait l’objet que d’une publication dans des revues américaines, comme Vanity Fair par exemple, autour de 1915. C’est dire s’il faut se ruer sur cette publication, qui permet de mieux comprendre qui était Aleister Crowley, à la fois écrivain et sataniste, surtout connu pour son livre sur l’occultisme, Le livre de la loi (1904). Héritier, rapidement ruiné, des brasseries Edward Crawley, Crawley a même été fiché par le contrespionnage britannique. Provocateur et définitivement atypique, Aleister Crowley était souvent considéré comme « l’homme le plus haïssable d’Angleterre ». Plus de 70 ans après sa mort, Absinthe & Cocaïne donne un nouveau relief à ce personnage hors normes.

Absinthe & Cocaïne d’Aleister Crowley (Les Editions de Paris Max Chaleil), traduit de l’anglais par Frédéric Chaleil, 92 pages, 14 euros.

 

Whisky-de-Hugues-Micol

Whisky

de Hugues Micol

Far West. On le sait, Hugues Micol est un fan de Far West. l’ouest nord-américain le passionne et stimule son imaginaire. En 2017, Micol a d’ailleurs publié le très bon Scalp chez Futuropolis. Dans Whisky, l’univers est cette fois muet et coloré. Contrairement à Scalp qui racontait l’histoire de John Glanton (1819-1851), un des premiers colons du Texas mexicain, le scénario n’est pas basé sur une réalité historique. Ce qui permet à Hugues Micol de laisser vagabonder sa plume et de ne rien s’interdire. Les perspectives et les proportions ne sont plus respectées à la lettre. Mais les planches sont magnifiques, mises en valeur par le format à l’italienne de cet ouvrage qui multiplie les peintures, toutes plus belles les unes que les autres. Gouache ou aquarelle, peu importe. Dans Whisky, le rêve et l’imagination ont pris le dessus. Et c’est ça le plus important.

Whisky de Hugues Micol (Cornélius, collection Blaise), 112 pages, 37,50 euros.

 

Eaux-Fortes-Amandine-Meyer

Eaux Fortes

d’Amandine Meyer

Beauté. On se souvient d’Histoire Décolorée (2016), le précédent livre d’Amandine Meyer, déjà publié aux éditions Misma. Elle est de retour avec un superbe série de gravures à l’eau-forte, et autant dire tout de suite que le résultat est absolument superbe. Les couleurs explosent littéralement tout au long des 64 pages de cet ouvrage qui évoque la vie dans un monde fantasmé, où les plantes et les animaux vivent librement. Le temps semble suspendu dans ce monde irréel et féérique, où tout semble possible. Appuyé par une série d’aquarelles, la beauté de la vie luxuriante présentée par Eaux Fortes emporte tout sur son passage.

Eaux Fortes d’Amandine Meyer (Misma), 64 pages, 18 euros.

 

Suspiria-Thom-Yorke

Suspiria (BO)

Thom Yorke

Planant. Un nouvel album de Thom Yorke, c’est toujours une bonne nouvelle. Cette fois, le leader et chanteur de Radiohead est de retour avec la bande originale de Suspiria (2018), le très discuté (et discutable) film de Luca Guadagnino. Le réalisateur du long métrage à succès Call me by your name (2017) a convaincu Thom Yorke de composer la musique de son nouveau film. Jusqu’à présent, Radiohead, ou Thom Yorke, n’avaient jamais composé spécialement pour un réalisateur. C’est désormais chose faite et le résultat est d’une grande beauté. Planant, aérien, cet album instrumental de 25 titres délivre aussi trois magnifiques titres chantés, Suspirium, Has ended et Unmade. Le reste offre des mélodies fragiles, hantées et inquiétantes, parfaites pour installer un climat d’épouvante. C’est sûr, on se souviendra du Suspiria de Guadagnino au moins pour sa BO.

Suspiria (BO), Thom Yorke (XL/Beggars), 11,39 euros (CD), 32 euros (deux vinyles).

 

Noire-VNV-Nation

Noire

VNV Nation

EBM. Depuis leur premier album publié en 1995, Advance and Follow, VNV Nation creuse un sillon marqué par l’electronic body music (EBM), la synthpop, voire l’electro industrielle. Alors qu’ils n’avaient plus sorti d’album studio depuis Resonnance – Music for Orchestra Vol. 1 (1995), Ronan Harris et Mark Jackson font leur retour avec un nouveau disque, Noire. Comme à leur habitude, le duo Harris-Jackson mise sur un mélange de sonorités sombres et rythmées. Originaire de Londres, mais installé à Hambourg, ce duo, dont l’acronyme VNV signifie « victoire, pas vengeance », sait toujours marquer efficacement les esprits. Il suffit d’écouter le titre When is the future ? pour s’en convaincre.

Noire, VNV Nation (Metropolis Records), 22,50 euros (CD).

 

In-Human-Oktober-Lieber

In Human

Oktober Lieber

Industriel. Le duo parisien Oktober Lieber vient de sortir un premier album inspiré. Car si In Human fait allusion à l’humain, chez eux, ce sont les machines qui ont pris le pouvoir. Leur electro emprunte autant à Kraftwerk qu’au DJ grenoblois The Hacker. Le son est froid, désincarné, industriel et les ambiances flirtent avec le cinéma. Marion Camy-Palou et Charlotte Boisselier multiplient les ambiances. Elle utilisent parfois des voix, plus ou moins robotiques, créant ainsi des émotions variées et de jolis moments de grâce. L’electro dark d’Oktober Lieber ne s’interdit pas non plus de lorgner parfois avec la dance music, mais toujours avec élégance.

In Human, Oktober Lieber (Le Turc Mécanique), 5,49 euros (MP3), 20,90 euros (vinyle).

journalistRaphaël Brun