Culture Sélection
d’octobre 2018

Raphaël Brun
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La-Nuit-a-Devore-le-Monde

La Nuit a Dévoré le Monde

de Dominique Rocher

Zombies. Au matin, après une grosse fête, Sam se réveille. Paris est infesté de morts-vivants et Sam va devoir se débrouiller pour survivre, sans savoir si d’autres ont pu, comme lui, échapper à cette invasion. Pour incarner Sam, on retrouve avec plaisir l’acteur norvégien Anders Danielsen Lie, déjà vu dans l’excellent Oslo, 31 août (2011). Peu bavard, presque absent, Sam se retrouve condamné à la solitude et au silence, dans un Paris occupé par les zombies. Adapté du roman de Martin Page, aussi connu sous le pseudonyme de Pit Agarmen sous lequel il a publié en 2012 La Nuit a Dévoré le Monde, ce film parvient à innover et à revisiter le mythe du mort-vivant. La peur de l’autre, l’isolement, la violence… Des thèmes très actuels, que George A. Romero (1940-2017) n’auraient sans doute pas reniés.

La Nuit a Dévoré le Monde de Dominique Rocher, avec Anders Danielsen Lie, Golshifteh Farahani, Denis Lavant (FRA, 2018, 1h34), 14,99 euros (DVD seulement, pas de sortie blu-ray).

 

Parvana

Parvana

de Nora Twomey

Résilience. À Kaboul, la vie de Parvana, 11 ans, n’est pas simple. Face à la guerre et à la pauvreté, il faut s’adapter. Pour la distraire, son père, un écrivain, lui raconte des histoires. Jusqu’au jour où le père de Parvana est jeté en prison. Elle se retrouve seule avec sa mère, son petit frère et sa grande sœur. Seule solution : se couper les cheveux pour se faire passer pour un garçon et pouvoir ainsi aider sa famille. Face à la violence et à l’obscurantisme religieux, la résilience dont fait preuve Parvana est admirable. À son tour, pour tenir, elle raconte l’histoire de Souleymane, un personnage fictif qui se bat contre un éléphant mythologique. Inspiré d’un roman de la Canadienne Deborah Ellis, ce dessin animé montre que l’imaginaire peut-être une arme efficace face à l’oppression. L’Irlandaise Nora Twomey, coauteur du superbe Brendan et le secret de Kells (2009), signe un premier dessin animé d’une grande beauté.

Parvana de Nora Twomey, avec Golshifteh Farahani, Saara Chaudry, Soma Bhatia (CAN/IRL/LUX, 2018, 1h33), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (blu-ray).

 

DOGMAN

Dogman

de Matteo Garrone

Naples. Marcello n’est pas du genre à faire des vagues. Discret, il s’occupe de toiletter des chiens dans un quartier chaud de Naples. À l’occasion, il vend un peu de coke, pour offrir quelques jours de vacances à sa fille. Un jour, son ami Simoncino sort de prison et commence à faire régner la terreur, envahissant aussi la vie, jusque là bien réglée, de Marcello. La petite taille de Marcello Fonte contraste avec la masse physique incarnée par Edoardo Pesce. Matteo Garrone, grand prix du jury à Cannes pour Gomorra (2008) et pour Reality (2012), joue avec cette opposition. Ses cadrages, froids et neutres, sont magnifiés par l’excellent jeu de ses acteurs. Le prix d’interprétation à Cannes de Marcello Fonte est très largement mérité.

Dogman de Matteo Garrone, avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Nunzia Schiano (ITA/FRA, 2018, 1h39), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (blu-ray). Sortie le 14 novembre.

 

Au-Poste

Au Poste !

de Quentin Dupieux

Blague. Une garde à vue dans un commissariat. C’est le sujet du nouveau film de Quentin Dupieux, dont on avait beaucoup aimé Rubber (2010) et Réalité (2015). Dans ce huis clos, l’essence du film, ce sont bien évidemment les dialogues, qui sont d’une redoutable efficacité. Benoît Poelvoorde en flic ironique et Grégoire Ludig en faux coupable idéal, sont parfaits. Quentin Dupieux glisse quelques clins d’œil à Buffet Froid (1979) de Bertrand Blier, ou au Magnifique (1973), de Philippe de Broca. Drôle et léger, Au Poste ! ne dure que 1h13. Soit le temps nécessaire pour raconter une bonne grosse blague.

Au Poste ! de Quentin Dupieux, avec Benoît Poelvoorde, Grégoire Ludig, Marc Fraize (FRA, 2018, 1h13), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray). Sortie le 14 novembre.

 

Piranhas

Piranhas

de Roberto Saviano

Forcella. Chacun de ses livres est en soi un petit événement. L’écrivain italien Roberto Saviano, auteur de l’excellente enquête sur la mafia, Gomorra (2006), signe une première fiction avec laquelle on plonge dans le quotidien d’une bande de jeunes voyous napolitains. L’histoire débute dans le quartier de Forcella, à Naples. Un lieu hautement symbolique, puisqu’il est considéré comme le fief historique de la mafia napolitaine, la Camorra. Nicolas, alias Maharaja, un adolescent, dirige une petite bande : Dentino, Biscottino, Lollipop, Drone, Oiseau Mou, Tucano… L’univers des « baby gangs », ces enfants qui travaillent pour la mafia, est décrit avec un sens du réalisme qui impressionne. Il faut dire que Piranhas est inspiré de faits réels. Menacé de mort, sous protection policière depuis 12 ans déjà, Saviano, qui a grandi à Casal di Principe, un lieu tenu par la Camorra, n’a que 39 ans. Mais sa détermination est intacte.

Piranhas (La Paranza dei Bambini) de Roberto Saviano, traduit de l’italien par Vincent Raynaud (Gallimard), 368 pages, 22 euros.

 

Espace-du-reve-de-David-Lynch-et-Kristine-McKenna

L’espace du rêve

de David Lynch et Kristine McKenna

Fascinant. Pour écrire sa biographie, David Lynch s’est fait aider par une amie, Kristine McKenna, une ancienne critique du Los Angeles Times. On le sait, ses films contiennent tous une part de mystère et Lynch n’aime pas analyser ses œuvres. Alors, Kristine McKenna, qui connaît le cinéaste depuis 1979, a interrogé une centaine de personnes pour écrire cette biographie, qu’elle a ensuite faite relire à David Lynch, pour qu’il corrige les erreurs ou les imprécisions. En 670 pages, L’espace du rêve fourmille de détails sur les obsessions de Lynch, notamment son goût pour l’obscurité et les ténèbres. Ce livre dresse aussi le portrait d’un artiste brillant, qui oscille entre folie et contrôle génial de ses œuvres. Un être paradoxal et fascinant.

L’espace du rêve (Room to Dream) de David Lynch et Kristine McKenna (JC Lattès), traduit de l’anglais par (Etats-Unis) par Carole Delporte et Johan Frederik Tel Guedj, 600 pages, 25,90 euros.

 

Cine-Club-Sandwich

Ciné Club Sandwich, le livre avec des films dedans

Collectif

Irrésistible. Les auteurs de l’un des comptes Twitter le plus drôle sur le rugby, la Boucherie Ovalie, s’attaquent au cinéma, avec la création de @ArriereCuisine. Contactés par Monaco Hebdo, ils ont nié la fermeture de la Boucherie. Après deux livres publiés sur le thème du rugby, voici Ciné Club Sandwich, le livre avec des films dedans. Au menu, 115 fiches de films, d’Akira (1988), à Blade Runner (1982), en passant par Shaun of the Dead (2004) ou Massacre à la Tronçonneuse (1974). C’est donc varié et c’est surtout très drôle. On ne ratera pas non plus les « 12 duels improbables », du type La Grande Vadrouille (1966) vs Inglourious Basterds (2009) ou La Ligne Verte (1999) vs La Ligne Rouge (1998). À ne pas rater non plus : les rubriques Quels films choisir pour pécho, sans oublier Quels films regarder quand on n’arrive pas à dormir. On a aussi aimé les jeux et les tutos, du type : comment survivre à une discussion sur le dernier Kechiche. Irrésistible.

Ciné Club Sandwich, le livre avec des films dedans, Collectif (Marabout), 288 pages, 29,90 euros.

 

Polaris-ou-la-Nuit-de-Circe

Polaris ou la Nuit de Circé

de Gwen de Bonneval et Fabien Vehlmann

“Érosismogramme”. Cette BD pour adultes met en scène Jeanne, une flic très efficace, qui devient libertine le soir venu. Elle enquête sur le meurtre d’une jeune femme, qui la conduit à se rendre dans un mystérieux cercle érotique. Gwen de Bonneval et Fabien Vehlmann mettent en scène une galerie de personnages complexes, à la psychologie dense. Sensibles, ils permettent à cette BD de ne jamais verser dans la vulgarité. Au contraire, Polaris ou la Nuit de Circé se permet de repenser avec subtilité l’imaginaire érotique. Comme par exemple lorsque les auteurs mettent en scène l’“érosismogramme”, une sorte de retranscription de l’acte sexuel en imagerie mentale. Depuis Les Derniers Jours d’un immortel (2010), Gwen de Bonneval et Fabien Vehlmann n’avaient plus travaillé ensemble. Avec cette BD, ils signent un retour réussi, sous la forme d’un polar sulfureux, à ne rater sous aucun prétexte.

Polaris ou la Nuit de Circé de Gwen de Bonneval et Fabien Vehlmann (Delcourt/Mirages), 160 pages, 19,99 euros.

 

Comment-faire-des-livres-pour-les-enfants-de-Nadja

Comment faire des livres pour les enfants

de Nadja

Réédition. Les éditions Cornélius viennent de réparer un manque. Comment faire des livres pour les enfants a été publié pour la première fois en 2002. Mais cette édition a été épuisée, faisant de cette BD un livre introuvable dans le commerce. Voilà pourquoi Cornélius propose cette réédition, dans un nouveau format et avec une très belle couverture toilée. Pour le reste, on retrouve avec plaisir l’humour de Nadja qui nous explique comment réussir dans l’édition de livres pour enfants. Tout y est : les doutes de l’auteur, le manque d’idées, les problèmes avec les éditeurs… Née le 6 mars 1955 à Alexandrie (Egypte), de nationalité française, Nadja s’est imposée dans le monde des livres pour enfants. Elle a notamment remporté le prix Totem pour Chien Bleu, en 1989.

Comment faire des livres pour les enfants de Nadja (Cornélius, collection Lucette), 72 pages, 16,50 euros.

 

Garden-of-Love-Scratch-Massive

Garden of Love

Scratch Massive

Plaisirs. Ils sont enfin de retour. Le duo Maud Geffray – Sébastien Chenut a dévoilé en mai 2018 un premier extrait de leur Garden of Love, avec le morceau Last Dance. Un titre épaulé par une jolie vidéo, tournée en Thaïlande par Jérôme de Gerlache, qui lorgne vers le cinéma de Wong Kar Wai. Planant, envoûtant, ce morceau est porté par la voix aérienne de Maud Geffray, appuyée par des pianos et un rythme hypnotique. La musique électronique de Scratch Massive est toujours aussi passionnante et le duo n’a rien perdu de son efficacité depuis le très bon Nuit de Rêve (2011). Il s’agissait alors d’un son marqué par les années 80, revisitées à l’aide de rythmes electro ou techno, dans une ambiance sombre et glaciale. Garden of Love laisse passer davantage de lumière. Mention spéciale au goût pour la rêverie porté par Sunken et Pray. Ce jardin de l’amour est aussi celui de tous les plaisirs.

Garden of Love, Scratch Massive (bORDEL/Believe), 10,99 euros (CD), 15,99 euros (vinyle).

 

Many-Nights-Motorama

Many Nights

Motorama

Russes. Cinquième album pour les Russes de Motorama. Après Dialogues (2015), voici Many Nights, un disque qui confirme le réchauffement de l’humeur constaté précédemment. Le chanteur Vladislav Parshin, épaulé par Airin Marchenko, Alexander Norets, Oleg Chernov et Maksim Polivanov, prennent un peu de distance avec leur univers cold wave, pour s’orienter vers une pop plus lumineuse. Les synthés sont un peu plus présents et la voix de Vladislav Parshin est toujours aussi efficace, appuyées par une batterie et une basse entêtantes. L’ensemble flirte toujours avec la new wave, et c’est souvent très beau, comme sur One More Time ou You and The Others. En seulement 27 petites minutes et 10 titres, Many Nights emporte tout sur son passage, confirmant que Motorama est un groupe qui compte sur la scène internationale.

Many Nights, Motorama (Talitres), 11,99 euros (CD), 16,99 euros (vinyle).

 

R.U.R.-Djedjotronic

R.U.R.

Djedjotronic

Robotique. Cette fois, c’est la bonne. Après avoir sorti 8 EPs chez Boyznoize Records, Djedjotronic vient de publier son premier album. Pendant l’été 2018, le premier extrait est arrivé : Take Me Down, un morceau impressionnant, avec la voix de Douglas McCarthy, le chanteur du groupe d’EBM, Nitzer Ebb. Le rythme est puissant, martial et la performance très physique de McCarthy est explosive. Signe que Djedjotronic ne se refuse rien, sur Avatars Have No Organs, on peut entendre l’artiste australien Stelarc, connu pour ses performances d’art corporel. Enregistré dans le sud de la France, R.U.R. affiche un son futuriste, robotique, qui évoque le son des Allemands de Kraftwerk, notamment sur le titre Cockring Robot.

R.U.R., Djedjotronic (Boyznoize Records), 9,99 euros (MP3), 22,70 euros (vinyle).

journalistRaphaël Brun