« La volonté de changement du prince Albert est inébranlable »

Pascallel Piacka
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Albert II, le destin d’un règne(1), c’est le titre du nouveau livre de Frédéric Laurent (2). Ce journaliste né en principauté explique à Monaco Hebdo comment il a travaillé sur cet ouvrage. 

Votre parcours professionnel ?

Je suis journaliste, écrivain et réalisateur. J’ai commencé ma carrière il y a déjà 50 ans. J’ai exercé le métier de critique de cinéma à mes débuts. Par la suite, je me suis dirigé vers le journalisme. J’ai été l’un des membres fondateurs du quotidien Libération(3), en 1973. J’ai ensuite collaboré au Matin de Paris (4). En 1981-1982, j’ai conseillé François de Grossouvre, à la présidence de la République Française.

Et ensuite ?

J’ai été grand reporter à TF1. Et, j’ai réalisé des documentaires [lauréat du prix Italia pour les Filières de l’immigration clandestine, réalisateur de Monaco et la guerre — N.D.L.R.]. Puis, j’ai repris la plume pour écrire de nouveau. Je peux citer L’Orchestre Noir (Stock, 1978) (5). Ensuite, j’ai écrit Le Prince sur son Rocher (Fayard, 2003). A l’époque, c’était une biographie non autorisée par le prince Rainier  III.

Comment vous avez travaillé pour écrire Le Prince sur son Rocher ?

J’ai effectué un gros travail de recherche. Et, j’ai passé six mois au Quai d’Orsay, à Paris, où j’ai épluché quarante boîtes d’archives. Ce qui représentait environ 40 000 documents. C’est un travail colossal. J’ai lu l’ensemble des dossiers. Je ne voulais pas louper une pépite. J’ai retrouvé 90 % des anciennes archives du consulat général de Monaco. Et j’ai également travaillé sur les archives des ministères de l’intérieur, de la justice et de l’économie.

Et pour Le Rocher des Grimaldi ?

Je me suis efforcé d’écrire un ouvrage qui aborde des thèmes difficiles et sensibles. Je me suis évertué à relater 700 ans de règne de la famille Grimaldi. Il faut rappeler que les frontières actuelles de la principauté ne datent que de 150 ans. Suite au référendum de 1860 (6) qui a rattaché le comté de Nice à la France. Depuis des siècles, l’histoire monégasque est marquée par ses relations avec la France. Le traité du 2 février 1861 (8), entre la principauté et la France a permis d’éteindre les querelles et de régler diverses questions d’intérêt commun. Notamment les routes, les chemins de fer, les douanes, etc.

Il y a aussi eu le film Monaco et la guerre ?

J’ai rassemblé un nombre importants de témoignages. Leurs portées étaient très symboliques. C’est une évocation très documentée des conditions de vie à Monaco pendant la seconde guerre mondiale. J’ai consacré quatre années de travail à sa création. En mars 2018, ce film a été projeté au théâtre Princesse Grace (TPG), en présence du prince Albert II. C’était un moment d’une grande émotion. Ce film a ensuite été diffusé à la télévision le 1er mai sur Monaco Info.

Pourquoi avoir consacré un documentaire à Armand Gatti (1924-2017) ?

J’ai fait ce documentaire, diffusé pendant l’été 2018, sur l’écrivain et dramaturge Armand Gatti, qui est né à Monaco le 26 janvier 1924. J’ai réalisé un très long entretien avec lui. Le récit de sa vie est bouleversant. Il nous relate son enfance à Beausoleil, dans le quartier du Tonkin. C’est là qu’il a vécu avec Augusto Reiner Gatti, son père et Laetitia Luzano, sa mère. Puis, toute la famille s’est installée dans le quartier Saint-Joseph. Il a été résistant à partir de 1942 et il a été arrêté en 1943. Mais il est parvenu à s’échapper d’un camp de travail en Allemagne. Il s’est engagé en 1944 dans l’armée de l’air, le Special Air Service (SAS) et il a participé à la Libération de la France, comme parachutiste. Son œuvre a été profondément influencée par ses rencontres à travers le monde.

La souveraineté monégasque reste un vrai enjeu ?

L’enjeu de la souveraineté, je l’ai traité dans mon ouvrage Le Prince sur son Rocher. La présence française était ressentie comme une forme de protectorat déguisé. C’était la conséquence du traité de Paris, du 17 juillet 1918. Les relations diplomatiques franco-monégasques étaient cadenassées. Les conventions signées imposaient une haute administration exclusivement française. Le traité de 1945, puis l’accord de 1963, ont défini ces relations. Le traité signé le 24 octobre 2002, et ratifié en 2005, a rendu sa souveraineté à la principauté. Le lien entre Monaco et le prince Albert II est unique et fort. Il est le ciment du pays. Et le destin de la principauté est lié à la personne du prince.

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L’origine de votre dernier livre, Albert II, le destin d’un règne ?

Le livre est sorti cette année, soit 13 ans après l’avènement du Prince, le 12 juillet 2005, et son 60ème anniversaire. Les éditions Gilletta souhaitaient faire un ouvrage, bilingue français et anglais, et très illustré, sur le prince Albert II. La sortie d’Albert II, le destin d’un règne a même été reportée pour coïncider avec la fête nationale, le 19 novembre 2018.

Quelle logique vous avez suivie pour écrire ce livre ?

Le parti pris a été de traiter d’événements marquants de la vie du prince. C’est-à-dire son discours d’avènement du 12 juillet 2005. Il y a aussi son mariage avec la princesse Charlène, les 1er et 2 juillet 2011. Sans oublier, bien sûr, la naissance de leurs enfants, le prince Jacques et la princesse Gabriella, le 10 décembre 2014. L’image bienveillante de son trisaïeul Albert 1er a aussi façonné le caractère du prince Albert II.

Albert II, c’est aussi la lutte permanente en faveur de l’écologie ?

Le prince Albert II entreprend un combat exemplaire, mené de longue date. Prince héréditaire, il était déjà engagé en faveur de l’écologie. C’est une conviction profonde, ancrée en lui. Ce n’est pas une posture. Son discours d’avènement était annonciateur des grandes orientations de son futur règne. Des engagements ont été pris. Et force est de constater qu’ils ont été respectés.

Il y a aussi l’image de Monaco vu comme un paradis fiscal ?

Albert II a rompu avec l’image de paradis fiscal, souvent accolée à la Principauté. Un accord a été signé avec l’Union européenne (UE). Depuis son accession au trône, il se consacre pleinement à son rôle de chef d’Etat. Il souhaite étendre le rayonnement de Monaco au-delà de ses frontières. J’ai souhaité mettre en évidence ses missions accomplies. En 2006, il a créé la fondation prince Albert II. C’est en droite ligne de sa volonté de lutter pour l’environnement et le développement durable. La voix du prince Albert II est écoutée et respectée dans le monde. Son discours porte et sa volonté de changement est inébranlable.

Aujourd’hui, le discours politique est aussi centré sur la transition numérique ?

Je pense invariablement au « capitalisme cognitif », car c’est une nouvelle forme de capitalisme. C’est-à-dire que la production de connaissances joue un rôle principal. J’appelle cela le « jus de crâne » (sic), car la capacité créatrice se situe dans la tête. C’est une économie du savoir, de la connaissance et de l’immatériel. J’ai essayé de retranscrire cette volonté progressiste dans mon livre.

 

journalistPascallel Piacka