Mike Horn
« J’ai besoin d’affronter la mort »

Pascallel Piacka
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Le 5 décembre, Mike Horn a fait une halte en principauté. Son expédition Pole2Pole est interrompue, pour des raisons climatiques. Portrait de l’aventurier aux 13 tours du monde.

Le Sud-africain, 52 ans, est une figure emblématique des expéditions extrêmes et de l’engagement en faveur de la planète. Aventurier depuis 30 ans, il est souvent vu comme l’archétype du nouvel héros. « J’ai besoin d’affronter la mort. On ne peut pas seulement vivre dans un espace confortable, où tout est sous contrôle », a expliqué Mike Horn à Monaco Hebdo. « Flirter avec la vie, c’est aussi l’occasion de repousser mes limites. Mes aventures me donnent le sentiment d’être vivant. » Revenu du pôle sud en solitaire, cet explorateur a été contraint de faire escale. Et de réparer son voilier Pangaea. « J’essaye de contrôler l’inconnu. Mais, il faut savoir prendre les bonnes décisions », ajoute le Sud-africain. Néanmoins, son objectif demeure de rallier l’Arctique et de marcher jusqu’au pôle nord. « J’ai bénéficié d’un alignement d’étoiles et j’ai pris le risque. C’était une erreur. Les saisons étaient trop courtes pour traverser entièrement l’Antarctique », reconnaît Mike Horn. « J’ai eu énormément de chance. Et j’ai entamé une course pour la vie ! A -70 °C, j’ai parcouru 560 kilomètres… »

Forces spéciales

Né en juillet 1966 à Johannesbourg, Mike Horn a la double-nationalité sud-africaine et suisse. De 1984 à 1986, il est lieutenant dans les forces spéciales sud-africaines. De retour à la vie civile, il obtient un diplôme de science du mouvement humain, à l’université de Stellenbosch. « On a toujours des options dans la vie ; des plans a, b voire c. Mais moi, j’enlève toujours toutes les options. C’est marche ou crève », lance Horn. En 1990, il décide de tout plaquer et de changer de vie. Il partage alors toutes ses affaires entre ses amis et sa famille, pour ne garder qu’un sac à dos et des vêtements. « Si tu as peur de perdre dans la vie, cela signifie que tu ne gagneras jamais, estime Mike Horn. L’envie n’est qu’un bouton qu’il suffit de tourner. A ce moment-là, il n’y a plus d’autres alternatives ». À cette époque, encore sous embargo, seuls trois pays accueillaient les Sud-africains sans visa : Israël, l’Angleterre et la Suisse. Un lundi, il se rend à l’aéroport et demande un billet pour l’un de ces trois pays. Le premier vol est un Johannesbourg-Zurich. Ce sera donc la Suisse.

 

Première

Son premier contact avec l’aventure a lieu en 1991. Il explore les Andes péruviennes en raft et en parapente. Dès lors, le virus est en lui. En 1994, il devient membre de l’équipe Sector No Limits, un groupe sponsorisé d’une vingtaine d’athlètes prêts à repousser les limites du possible. « J’ai fait trente ans d’exploration, au pôle nord, au pôle sud, aux sommets des plus hautes montagnes, le long de l’Amazone et à travers toutes les jungles », raconte Mike Horn. En 1995, il crée son centre de sports nautiques en extérieur, en Suisse, No Limits Outdoor Activity Center. Et il devient un expert pour la formation des guides de haute montagne. Cette année-là, il devient recordman du monde de descente de la plus haute chute d’eau, qui fait tout de même 22 mètres de haut. Horn réalise cet exploit avec un hydrospeed, sur la rivière Pacuare, au Costa Rica. En avril 1997, il entreprend sa première grande expédition. Le Sud-africain part des côtes péruviennes en direction du mont Mismi. Après 600 kilomètres de marche, il rejoint le sommet à 5 800 mètres d’altitude. La source du fleuve Amazone s’offre à lui. « Je trouve du plaisir lorsque je suis au fin fond de l’Amazonie. Je suis souvent en situation difficile. Mais, j’aime ça ! C’est juste ma vie », ajoute ce Sud Africain. Il parcourt 6 700 kilomètres de descente, à travers des canyons, des tourbillons d’eau, des courants et des animaux sauvages. Puis, 171 jours plus tard, il nage dans l’eau salée de l’embouchure du fleuve à Macapa, au Brésil. Mike Horn inscrit son nom dans l’Histoire. Car, à ce jour, il est le seul à avoir achevé ce périple.

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Latitude zéro

De juin 1999 à octobre 2000, il lance son projet Latitude Zéro, qui est un tour du monde par l’Équateur, avec 40 000 kilomètres qu’il va parcourir sans moyen de transport motorisé. Il quitte Libreville, au Gabon. Et il traverse l’Atlantique sur un trimaran de 28 pieds (8,5344 mètres). Il parcourt le Brésil et l’Équateur à vélo, en pirogue et à pied. « Ma maison, c’est la Terre. En cinq ans, je suis resté seulement 32 jours à mon domicile », indique le Sud-africain. Après cela, il navigue sur l’océan Pacifique pour atteindre l’Indonésie, via les îles Galapagos. Et, il traverse Bornéo et Sumatra à pied, avant de traverser l’océan Indien. Pour terminer l’expédition, il parcourt le continent africain à pied, à travers le Congo, et le Gabon. En 2001, Mike Horn reçoit le Laureus Award du meilleur sportif alternatif de l’année. « Il faut être discipliné dans la vie », insiste l’explorateur. En 2002, il se lance dans le tour du monde par le cercle polaire, l’expédition Arktos. Lors d’une expédition préliminaire, il est contraint à l’abandon pour cause de gelures aux mains. « Aujourd’hui, j’ai changé mon horloge biologique : je fais des journées de 30 heures, raconte Horn. Je m’explique : 5 heures de marche, puis 5 heures de sommeil. Et, ensuite je remarche 20 heures. Donc, à ce rythme, je gagne 6 heures par journée. Et sur une période de 4 jours, j’ai finalement récupéré une journée. C’est le secret d’une expédition réussie. » Le 21 octobre 2004, il réussit en solitaire sa principale expédition. Il réalise le tour du monde en suivant le cercle polaire à pied, en vélo, en kayak, en voilier, en ski et en ski tracté par cerf-volant, Cette expédition de 808 jours a donné lieu à un film, Arktos : Le voyage intérieur de Mike Horn (2005), réalisé et produit par Raphaël Blanc. Le Sud-africain décroche, à cette occasion, le record de la traversée du Groenland, en 15 jours.

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Pangaea

En 2008, Mike Horn se lance dans une nouvelle expédition baptisée Pangaea, du nom de son bateau à voile. Le voilier a été construit dans une favela de São Paulo, au Brésil. L’expédition est un tour du monde via les cinq continents, sans aucun moyen de transport motorisé. En 2015, l’explorateur fait ses premiers pas à la télévision. Il devient l’animateur de l’émission The Island, sur M6. Une émission dans laquelle il apprend aux participants à survivre en milieu hostile. « Aujourd’hui, je me pose la question : la télévision est-elle une bonne chose ? Je ne sais pas… Je préfère mes expéditions. Mais, je dois bien gagner ma vie », a expliqué l’aventurier. Le 8 mai 2016, au départ du Yacht Club de Monaco, il entame une nouvelle expédition baptisée Pole2Pole. Une fois arrivé à bon port, le Sud-africain se lance dans l’exploration du plus ancien désert du monde, le Namib. Il se dirige ensuite vers le Botswana pour traverser l’Okavango et prendre la direction de l’Afrique du Sud. Son pays natal a été le cadre du premier projet de Pole2Pole : le Shark Project. « Je voulais combattre les stéréotypes négatifs associés aux requins. Mon intention était de sensibiliser la population sur la préservation des océans », explique Mike Horn.

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Retour à la télévision

De juin 2016 à 2018, dans l’émission À l’état sauvage, toujours sur M6, le Sud-africain accompagne une personnalité en pleine nature. Il lui apprend à survivre en l’absence de toute vie humaine. En parallèle, en 2017, l’aventurier devient le premier homme à traverser intégralement l’Antarctique sans moteur et en solitaire, ce qui représente 5 100 kilomètres en 57 jours. Depuis septembre 2018, les téléspectateurs peuvent le suivre, dans Cap Horn sur M6. Sa nouvelle émission, où une célébrité le rejoint sur son expédition Pole2Pole. « Cap Horn est une émission permettant de découvrir la personnalité des invités », estime Mike Horn. L’invité du premier épisode a été l’acteur et comédien, Arnaud Ducret. « Arnaud avait de l’énergie, et une grande gentillesse. Il est resté simple, et humble, malgré l’adversité », ajoute le Sud-africain. « Le prochain invité sera Bernard de La Villardière. Quand tu regardes ses émissions, tu sens qu’il sera prêt physiquement. Je vais le pousser dans ses dernières limites… » Quand on revient au niveau local et que l’on évoque la principauté, Mike Horn réfléchit. Puis il répond : « Mes expéditions commencent toujours, ici, à Monaco. Et, je les termine en principauté. Il y a un soutien du cœur des Monégasques. Et, je suis très touché ! » Fin janvier 2019, l’explorateur prendra la destination de l’Alaska, pour trois mois. En avril, le Sud-Africain ira au Pakistan pour parfaire sa préparation psychologique. Fin août, il espère entamer sa traversée vers le pôle nord. Elle devrait durer jusqu’à fin octobre 2019. « Et, si tout se passe bien, je serais de retour en novembre, à Monaco. Fin 2019, le Pole2Pole sera terminé, et dans la poche ! », a conclu, amusé, Mike Horn.

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