Violences faites aux femmes
Que fait Monaco ?

Pascallel Piacka
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Le 28  novembre, au lycée technique et hôtelier de Monaco, s’est déroulée la conférence « violence contre les femmes : comprendre pour éradiquer ». Décryptage. 

Le 25 novembre a eu lieu la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. En signe de solidarité, les bâtiments de la principauté étaient illuminés en orange, la couleur officielle de la campagne ONU Femmes. « Cette journée a permis de sensibiliser la population par le biais d’une campagne d’affichage. Le gouvernement a placé la lutte contre les violences faites aux femmes au centre de ses priorités » a souligné Didier Gamerdinger, conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé. « Nous travaillons avec les associations monégasques et nous prévoyons le versement futur de subventions », a ajouté le conseiller. A l’instar du mouvement #MeToo la parole des femmes victimes de viols est maintenant davantage entendue, considérée et soutenue. Mais il reste encore beaucoup de travail à faire.

#Metoo

En octobre 2017, Harvey Weinstein, influent producteur américain a été accusé par près d’une centaine de femmes d’agression ou de harcèlement sexuel. À la suite de cette affaire, l’actrice Alyssa Milano a lancé un appel sur les réseaux sociaux, avec le hashtag #MeToo [#MoiAussi — N.D.L.R.]. L’objectif était que les femmes victimes de harcèlement témoignent de leurs épreuves. « Le mouvement #MeToo est important. Car les femmes font maintenant les premiers pas. Elles prennent la parole et sont enfin entendues », a estimé Karine Lambert, vice-présidente du Réseau Universitaire et Scientifique Euro-Méditerranéen sur les femmes et le genre (RUSEMEG). « La mobilisation féminine a débuté bien avant les mouvements féministes des années 1970. Le mouvement #MeToo a libéré la parole et les effets se font sentir maintenant. » Aux États-Unis, le mouvement a pris rapidement de l’ampleur. Des personnalités comme Lady Gaga ou Monica Lewinsky ont posté leurs témoignages sur les réseaux sociaux, accompagnés du #MeToo. Au Québec, les témoignages ont afflué, également, avec le mot-clic #MoiAussi. En France, c’était #Balancetonporc, et en Italie, #quellavoltache. Le phénomène a été mondial. Puis, le mouvement s’est propagé, notamment en Egypte, en Arabie Saoudite, en Tunisie, et au Royaume-Uni. « Et puis le passage de #Metoo à #NousToutes montre que toutes les femmes peuvent être touchées. Cette violence touche l’ensemble des femmes, malgré des origines socio-ethniques différentes », a expliqué la vice-présidente du RUSEMEG. Aux quatre coins de la planète, des mots-clics ont fleuri pour dénoncer les agressions sexuelles faites aux femmes. « Précisons que les hommes doivent être les premiers alliés des femmes, pour combattre ces violences. Dans #NousToutes, il y a aussi des hommes. Il ne faut pas être manichéennes. Tous les hommes ne sont pas des agresseurs », a ajouté Karine Lambert.

Assassinat

En janvier, deux Français, le cinéaste Michel Hazanavicius auteur des films The Artist (2011) ou Le Redoutable (2017) et l’écrivain Raphaël Glucksmann ont lancé le hashtag #WeToo. Ils ont invité les hommes à rejoindre le mouvement contre les violences faites aux femmes. « Nous aussi, nous voulons l’égalité », ont-ils réagi. La journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes est célébrée le 25 novembre. Elle est soutenue par l’Organisation des Nations Unies (ONU). La date du 25 novembre est récente. Cette célébration, d’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), a pour source un événement particulier : l’assassinat, le 25 novembre 1960, des trois sœurs Mirabal, des militantes politiques, en République dominicaine. « Je suis universitaire et historienne. Et, par expérience, je sais que l’histoire n’est pas synonyme de progrès et d’égalité. Il y a des régressions régulières », a indiqué Karine Lambert. En 1993, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté la déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Définissant ainsi le terme de violence à l’égard des femmes. « C’est un combat permanent. Car il y a des pouvoirs conservateurs partout dans le monde. Il y a toujours cette idée qu’il faille restreindre le droit des femmes. Je pense, notamment, aux Etats-Unis et au Brésil. La vigilance doit rester le mot d’ordre », a expliqué Karine Lambert. Le 17 décembre 1999, l’Assemblée générale de l’ONU a proclamé le 25 novembre journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Le Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM) fait observer régulièrement cette journée. « Il était indispensable que la principauté s’associe à cette démarche. Les mentalités évoluent dans le bon sens », a souligné Didier Gamerdinger.

Comité

En octobre 2006, une étude a été présentée sur toutes les formes de violence faites aux femmes. Elle comprenait des recommandations concrètes à l’intention des États. Concernant, notamment, des recours efficaces, des mesures de prévention et de réadaptation. « Comprendre pour éradiquer. C’est-à-dire, que nous devons mettre en place des discours de prévention. Les violences ne sont pas uniquement culturelles, mais aussi sociales », a argumenté la vice-présidente du RUSEMEG. Juridiquement, la principauté a connu une avancée au travers de la loi sur les violences particulières de 2011 (1). Cette loi introduit dans le droit monégasque des mesures de protection, essentielles à la lutte contre les violences faites aux femmes. « Cette loi est une véritable avancée pour les victimes de violences, à Monaco », a estimé Didier Gamerdinger. Les mesures de protection passent par l’éloignement physique de l’agresseur et par l’interdiction d’entrer en communication avec la victime. Il y a aussi l’injonction de soins, et la possibilité pour les associations de mener des actions en justice. « Le comité pour la promotion et la protection des droits des femmes aura notamment pour mission la défense des droits des femmes. Et la lutte contre les violences faites aux femmes », a expliqué Céline Cottalorda, déléguée du comité pour la promotion et la protection des droits des femmes. « Nous travaillerons avec le Conseil national, la mairie, le haut-commissariat à la protection des droits, des libertés et à la médiation, et les associations mobilisées. Une fois par an, une réunion sera organisée, afin de dresser le bilan des actions. Nous aurons aussi recours à des experts extérieurs. »

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« Dans les cas de viols, 90 % des agresseurs sont connus par leurs victimes. Seulement 10 % d’elles portent plainte, et 1 % des viols font l’objet de condamnations »

Karine Lambert. Vice-présidente du Réseau Universitaire et Scientifique Euro-Méditerranéen sur les femmes et le genre

 

Eradiquer

« Il y a une sensibilisation collective autour des violences faites aux femmes », a indiqué Karine Lambert. L’article 27 de la 4ème Convention de Genève de 1949 stipule que « les femmes seront spécialement protégées contre toute atteinte à leur honneur, et notamment contre le viol, la contrainte à la prostitution, et tout attentat à leur pudeur. » Néanmoins, il existe toujours de fausses représentations sur la réalité de ces violences. « 180 pays ont signé cette convention. Les violences ne sont pas, en premier lieu, culturelles, mais socio-politiques », a expliqué Karine Lambert. « Dans les cas de viols, 90 % des agresseurs sont connus par leurs victimes. Seulement 10 % d’elles portent plainte, et 1 % des viols font l’objet de condamnations. » Et, d’après les statistiques, chaque heure, six femmes dans le monde meurent des suites de violences. En 2017, en France, 130 femmes sont décédées sous les coups de leurs conjoints. Face à ce constat alarmant, en principauté, les autorités se mobilisent. Et différents acteurs prennent en charge les femmes victimes de violences.

« Libre »

« Les associations monégasques sont là pour écouter, soutenir et agir. Le comité sera en relation, permanent, avec tous les acteurs associatifs. Notre mission sera, aussi, de suivre les recommandations de ces bénévoles, et professionnels », a souligné Céline Cottalorda. Depuis le début de l’année, l’Association d’Aide aux Victimes d’Infractions Pénales (AVIP) a, pour sa part, pris en charge 28 cas de violences conjugales, et familiales. Un numéro vert, anonyme et gratuit, d’écoute, le 116 919, existe depuis novembre 2016. La direction de l’action et de l’aide sociale assure également une permanence les jours ouvrables, de 9h30 à 17h. « Et, le centre hospitalier princesse Grace (CHPG) dispose d’un personnel formé, pour prendre en charge les femmes victimes de violences. Il y a une formation spécifique mise en place », a expliqué Didier Gamerdinger. « On apporte des savoir-faire complémentaires dans le domaine médico-légal. L’objectif est de mieux accueillir les victimes. Et, avoir les documents médicaux — nécessaires —, afin de faire valoir leurs droits ultérieurement. » En cas d’urgence, les victimes peuvent contacter la direction de la sûreté publique. Une unité spécialisée est dédiée aux violences familiales. « Se vouloir libre, c’est aussi vouloir les autres libres », a conclu Karine Lambert.

1) Il s’agit de la loi n° 1382 du 20 juillet 2011.

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