« Henry doit endosser
le rôle de pompier de service »

Pascallel Piacka
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Malgré sa première victoire à Caen, le 24 novembre, Thierry Henry, entraîneur néophyte, reste prudent. L’AS Monaco, 19ème de Ligue 1, est toujours relégable. L’analyse de David Berger, journaliste et commentateur pour Canal+.

Votre sentiment suite au départ de l’entraîneur Leonardo Jardim ?

J’ai été très triste d’apprendre son départ. Je considère qu’il a fait un travail extraordinaire. Il est arrivé au club de manière anonyme. Et, il a marqué l’histoire de l’ASM. Il a été un bâtisseur. Mais il était arrivé à la fin d’un cycle. Il était aussi temps pour lui de se lancer dans un nouveau challenge sportif.

L’arrivée de Thierry Henry à l’ASM, ça représente quoi ?

Son arrivée a été ressentie comme un événement considérable. Dans l’histoire du football français, il a été un immense joueur. Et, sa venue sur le Rocher n’est pas une surprise. J’attendais avec impatience, son retour en France. Patrick Vieira à Nice et Thierry Henry à Monaco, c’est super ! Avoir ces deux entraîneurs, sur les bancs de la Ligue 1 (L1), c’est formidable. Henry a failli aller à Bordeaux. Mais, à l’ASM, il est dans un cadre plus familier.

Que pensez-vous de la situation du club monégasque ?

C’est un énorme gâchis ! Pourquoi, Monaco doit lutter pour le maintien ? Ce déclin est surprenant. L’été dernier, j’ai été surpris par le recrutement. Il y avait beaucoup de jeunes joueurs. Là, je me suis dit qu’il manquerait des leaders. Des grands joueurs sont partis, il est donc difficile de bâtir une équipe compétitive. Le recrutement estival n’a pas été très cohérent. Maintenant, je suis surpris par le niveau actuel, malgré la qualité de l’effectif.

Comment jugez-vous le bilan depuis l’arrivée d’Henry ?

Objectivement, le bilan est négatif après la 14ème journée, avec seulement deux victoires depuis le début de saison. Henry n’a connu qu’un seul succès depuis son arrivée, et Monaco occupe une 19ème place de relégable. A sa décharge, Henry a une philosophie de jeu intéressante. Mais il ne peut pas imposer son projet de jeu. Dans le contexte actuel, c’est trop difficile. Il doit endosser, malgré lui, le rôle de pompier de service. Malheureusement, il n’était pas prêt pour jouer ce rôle. Quand on est dans la zone rouge, il faut penser à limiter la casse.

Et le jeu proposé par Henry ?

Henry doit mettre de côté toute sa philosophie de jeu. Son équipe est dans l’obligation d’être rigoureuse et de jouer défensivement à chaque match. L’objectif est de ne pas perdre, à défaut de gagner. Il faut engranger des points et oublier le football offensif. Thierry Henry est obligé d’entraîner contre-nature. Il fait son équipe avec les moyens du bord. Jusqu’à la trêve, il doit limiter les dégâts. Personne ne peut le blâmer.

Comment sortir de la zone rouge ?

Le problème vient des recrues. Ils sont tous talentueux, notamment Aleksandr Golovin. Ils sont venus pour jouer la ligue des champions. Et, subitement, ils se retrouvent à lutter pour le maintien. Il faut les comprendre, c’est difficile à admettre. Je ne remets pas en doute leurs qualités. Je fais un parallèle avec Lille. La saison dernière, les Lillois ont connu les mêmes problèmes. Ils ont joué le maintien. Et, cette année, ils sont en haut du classement de la L1.

Que faire pendant le mercato d’hiver ?

L’urgence est de retrouver un groupe avec moins de blessés. Ensuite, il faut que les dirigeants fassent un effort sur le recrutement : un joueur cadre, pratiquement, à chaque ligne. Et, surtout, pas des jeunes ! Il faudrait prendre trois joueurs expérimentés. Des joueurs qui auront un mental et une âme de leader. Je n’ai pas de doute sur la capacité des Monégasques à dénicher de tels joueurs. Il n’est pas nécessaire de recruter des stars, mais des vieux briscards, et des aboyeurs.

Comment vous voyez la deuxième partie de la saison ?

Si l’ASM fait un recrutement intelligent, je serai confiant pour la suite. Mais, le problème est plutôt comptable. Si à la trêve, Monaco termine avec 15 points, l’équipe devra aller chercher 20 à 30 points par la suite. C’est un parcours très difficile à prévoir.

Mais Henry a assuré que ses dirigeants ne lui avaient pas fixé d’objectifs ?

Le seul objectif, c’est le maintien. C’est clair… Monaco doit parvenir à se sauver ! C’est déjà une année perdue pour l’ASM. Après, il faudra penser à reconstruire. Mais Henry est arrivé au club avec de hautes ambitions sur cinq ans. Là, tout est remis en question. Je pense qu’il n’a pas de pression. Sa direction va le laisser travailler, malgré les résultats actuels.

Henry a été surpris par la gravité de la situation ?

On lui a présenté un beau projet. Mais, il doit être surpris face aux réalités. Il ne s’attendait pas à vivre une situation si grave. On peut aussi parler de sa communication. Il est encore un peu joueur dans l’âme, pas totalement entraîneur. Cela est arrivé à tous les grands joueurs. Il est très exigeant. Mais, il se doit se mettre au niveau de son effectif. Henry me fait penser à Jean-Pierre Papin, lorsqu’il avait repris l’équipe de Lens.

Thierry Henry dit vouloir tout assumer ?

Henry a dit : « J’assume tout ! ». C’est bien sûr une manière de protéger ses joueurs. Il va ouvrir le parapluie. Et, ne pas les mettre en première ligne. Il veut être un rempart face aux critiques. Comme José Mourinho, l’entraîneur de Manchester United, qui attire tous les regards, et les coups.

La rencontre Monaco – Montpellier, le 1er décembre, sera décisive ?

Si l’ASM gagne, ce sera un nouveau départ. Monaco, c’est comme un attaquant qui ne marque pas. C’est-à-dire qu’une série de victoires peut arriver à tout moment après un premier succès. Montpellier est une belle équipe. Et, une victoire des Monégasques servirait de match référence.

Comment vous voyez l’avenir ?

Henry n’est pas sur un siège éjectable. La situation est grave, mais rien n’est impossible ! Avec un tel effectif, il est inconcevable de voir les Monégasques descendre en Ligue 2 (L2).

1) Match à suivre en direct sur beIN SPORTS 1 et beIN SPORTS MAX, à partir de 20h.

journalistPascallel Piacka