« Oui, je compte briguer
un nouveau mandat »

Raphaël Brun
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Maire de Monaco depuis 2003, Georges Marsan explique à Monaco Hebdo pourquoi il sera à nouveau candidat à sa propre succession pour les élections communales du 17 mars 2019. Interview.

Alors qu’en France les maires continuent de se désengager de la vie politique, pourquoi vous présenter à nouveau ?

On ne peut pas comparer la France et Monaco, parce que les fonctionnements sont différents. Il ne faut pas oublier que le rôle d’une mairie est complexe et très engageant pour un maire et pour les élus, notamment car il y a une dimension budgétaire et des questions de responsabilité. C’est donc un mandat très impliquant. La mairie, c’est la proximité avec les habitants. C’est un modèle et une institution qu’il nous faut défendre.

En quoi le rôle de la mairie est particulier à Monaco ?

A Monaco, la place de la mairie est particulière. Notre interlocuteur principal est le gouvernement. Il faut beaucoup discuter, souvent négocier, et parfois marquer notre désaccord lorsqu’il y a une différence d’approche. Chaque action doit être proposée, expliquée, puis défendue. Avec mon équipe, nous avons initié de nombreux projets. Pour les mener à bien, nous avons besoin d’aller au-delà du mandat qui nous a été confié en 2015. Pour toutes ces raisons, et parce que nous avons fait du bon travail qu’il nous faut continuer, oui, je compte briguer un nouveau mandat.

Selon quelle logique allez-vous construire votre liste ?

En 2015, un tiers du conseil communal a été renouvelé, il y a seulement 4 ans. Le nombre de femmes a augmenté assez sensiblement à ce moment-là. Pour 2019, leur nombre sera encore plus important. Ce qu’il faut, c’est pouvoir compter sur une équipe motivée et impliquée. Le profil de mes futurs colistiers doit correspondre à un équilibre qui permet de mettre en phase les prérogatives communales avec les compétences de chaque candidat. C’est déjà le cas aujourd’hui et je suis très fier du travail accompli par mon équipe.

Quelle sera la ligne politique défendue par votre liste ?

Ce qu’il faut, c’est toujours défendre l’institution communale, avec le soutien des Monégasques. Je veux en profiter pour rappeler que notre rôle est avant tout d’accompagner la population dans sa vie quotidienne, à travers une démarche de proximité dans de nombreux domaines, pour le mieux-être des nationaux et des résidents.

Quel sera votre calendrier pour cette campagne électorale, jusqu’au 17 mars 2019 ?

Une campagne communale, c’est beaucoup de pédagogie, pour rappeler sans cesse quelles sont les prérogatives de la mairie à Monaco. Nous devrons également mettre en perspective tout l’aspect « bilan », en expliquant les enjeux de demain. Il y a toute une dimension prospective, avec un projet précis pour le mandat qui vient. Nous sommes officiellement en période de pré-campagne selon les termes de la loi électorale, depuis fin octobre 2018. Nous dévoilerons, début 2019, les grandes lignes du projet sur lequel nous sommes en train de travailler.

Quel budget allez-vous mobiliser pour cette campagne électorale ?

Un arrêté ministériel a fixé le plafond des dépenses de campagne à 200 000 euros, avec un remboursement maximal de 75 000 euros pour une liste complète. Cela semble cohérent. Les électeurs méritent et attendent une campagne de qualité. Et, quel que soit le contexte, nous travaillerons dans ce sens.

À ce jour, votre liste est seule en course : pour préserver le débat démocratique, souhaitez-vous affronter une deuxième liste ?

Le débat démocratique ne se limite pas à une campagne de quelques semaines. Croyez-moi, ce débat démocratique, il a lieu au sein du conseil communal depuis que j’ai la chance d’y siéger ! Si, à ce jour (1), à ma connaissance, il n’y a pas de liste concurrente, c’est peut-être parce que nous faisons du bon travail et que notre équipe est suffisamment représentative et efficace. Nous avons un bon bilan, nous avons une bonne équipe, et nous sommes sereins, tout en restant très humbles. Je sais combien il est difficile de monter une liste sérieuse et je respecterai n’importe quel candidat qui s’inscrira dans cette démarche.

Quels sont les grandes réalisations de ce mandat ?

A mes yeux, les grandes réalisations ne sont pas toujours les plus spectaculaires. Tout le monde a bien évidemment vu le transfert du centre botanique du Jardin Exotique dans les nouvelles serres, désormais ouvertes à tous, l’ouverture de la nouvelle salle Hercule Fitness Club sur le port Hercule, ou encore la réfection complète du hall de la mairie. Mais, comme je vous disais, les grandes réalisations se traduisent parfois en petites mesures de proximité qui viennent aider les personnes dans leur quotidien.

Vous pensez à quoi, par exemple ?

Je pense notamment au maintien à domicile qui a été renforcé de plusieurs services, ou aux crèches dont les capacités d’accueil ont été augmentées. Je n’oublie pas toutes les mesures en faveur de la culture et des associations. Plus personnellement, il y a une nouvelle initiative qui est pour moi une grande satisfaction : c’est la cérémonie d’accueil des nouveaux Monégasques en mairie. Plus récemment, je me réjouis du lancement des soirées thématiques au marché de la Condamine, en partenariat avec l’association des commerçants.

En revanche, quels sont les dossiers qui n’ont pas abouti lors de ce mandat ?

Il y a eu, par exemple, le report de la future médiathèque, qui sera un lieu de vie privilégié pour les familles en regroupant les différentes entités culturelles : ludothèque, bibliothèque, sonothèque, vidéothèque et fonds patrimonial. Aujourd’hui, le chantier de l’îlot Pasteur qui doit l’héberger est à l’arrêt. Je le déplore, et j’espère que le retard ne va pas s’accumuler encore et encore…

Quoi d’autre ?

Je pense aussi à notre projet de « calcetto & paddle » au stade des Moneghetti, qui n’a pas vu le jour en raison des nouvelles orientations prises par le gouvernement pour une restructuration plus vaste de ce complexe sportif. Enfin, je citerai l’immeuble du foyer Sainte Dévote où nous n’avons pas pu terminer le transfert de certains services, tel que cela était prévu initialement. Je veux cependant apporter un bémol en précisant que ce retard est sans doute un mal pour un bien.

Pourquoi ?

Parce que tout le bâtiment sera finalement entièrement restructuré. C’est plus long, mais ce sera mieux pour tous les collaborateurs qui bénéficieront de bureaux mieux adaptés. Alors qu’aujourd’hui, on manque de place au point de ne plus pouvoir embaucher du personnel.

Du coup, quel est le nouveau calendrier de livraison pour le projet de nouvelle médiathèque ?

Le gouvernement a pris du retard sur de nombreux chantiers et l’îlot Pasteur n’y a pas échappé. La nouvelle date de livraison de la Médiathèque serait fin 2022… Jusque-là, nous ne pourrons pas y transférer nos services culturels et je le regrette profondément. Ce sont des programmes liés entre eux, comme le transfert de l’espace Léo Ferré, qui dépend encore de la livraison de l’ilôt Pasteur et qui, par conséquent, entraînera un nouveau retard du démarrage des travaux du futur centre commercial de Fontvieille tant que notre salle polyvalente n’aura pas déménagé.

Que fait la mairie pour la question du maintien à domicile ?

Nous faisons beaucoup, et depuis très longtemps ! Au cours du dernier mandat nous avons mis en place des prestations supplémentaires, avec notamment « SOS Multicourses » qui permet aux bénéficiaires de confier leurs petites courses, comme le pressing ou la cordonnerie par exemple, à nos aides au foyer. C’est un service très apprécié, comme l’est aussi « SOS administratif » que nous avons créé pour aider nos aînés dans leurs démarches administratives. On a aussi étendu en fin de journée et en soirée les interventions de nos auxiliaires de vie pour accompagner les seniors aux spectacles.

De quelle manière est impliquée la mairie pour le projet de smart city, décidé par le gouvernement ?

En tant que maire, il est évident qu’il faut pouvoir se projeter dans la ville du futur. La mairie de Monaco est en pointe sur ces questions, et nous travaillons efficacement avec les responsables de ces questions, en particulier avec le délégué interministériel chargé de la transition numérique pour le gouvernement, Frédéric Genta. C’est l’enjeu majeur du 21ème siècle pour la gouvernance des villes et les stratégies urbaines.

Que fait la mairie pour la transition numérique ?

La mairie a déjà initié la transition numérique depuis plusieurs mois. D’ici quelques jours, des demandes d’actes d’état civil pourront se faire en ligne. Et nous initions le premier programme de smart city, avec le lancement du paiement du stationnement de surface à l’aide d’une application sur smartphone. La mairie est également partie prenante dans la création d’une identité numérique monégasque, qui permettra d’accéder à une plateforme d’e-services administratifs.

Quel premier bilan pouvez-vous faire de la salle de sport ouverte par la mairie, l’Hercule Fitness Club ?

Nous sommes satisfaits des premiers retours. C’était un projet ambitieux, où nous avons investi plus d’un million d’euros pour offrir une salle de très haut niveau, accessible au plus grand nombre.

Mais, lors de l’ouverture de cette salle, les tarifs ont été jugés trop élevés !

Le sport pour tous est l’un de nos objectifs. Avec un tarif annuel de 990 euros, et de 790 euros pour les conjoints, il n’y a aucun club qui offre de telles prestations, dont un accès gratuit en semaine à la piscine du stade nautique Rainier III. En février 2019 ouvrira la pergola derrière le plongeoir pour plus de cours, dans un cadre unique. Les horaires ont été étudiés pour offrir une grande souplesse, et les membres apprécient. Le rapport qualité prix est exceptionnel à Monaco.

Et ça marche ?

Nous comptons déjà 300 abonnés. Nous avons conçu un projet amortissable en 4 ans et s’agissant d’un service commercial, il faut évidemment veiller à un minimum de rentabilité.

Comment ont évolué les besoins en ce qui concerne les crèches ?

On a pu maintenir pour les résidents de Monaco la disponibilité de places en crèche. En revanche, on ne peut pas donner de dérogation à des personnes extérieures. Il faut anticiper les besoins futurs. Aujourd’hui, on est à jour pour satisfaire la demande. On a eu une période très tendue avec la fermeture de la crèche des Eucalyptus… Idem avec la fermeture temporaire de la crèche de l’Hélios. Le jardin d’éveil au Larvotto a été balayé par le coup de mer et nous avons dû le fermer durant 10 jours.

Comment faire face ?

Nous attendons la livraison de la crèche de Testimonio qui a, là encore, du retard. Enfin nous avons demandé au ministre d’Etat, Serge Telle, une nouvelle structure pour accompagner l’augmentation des besoins. Nous devons anticiper et prévoir, nous gérons les crèches. Mais c’est le gouvernement qui nous fournit les locaux. Il n’y a pas de projet communal sans les crèches, car c’est une des premières préoccupations des jeunes parents. Ce sera un aspect important de notre projet pour le prochain mandat.

Le manque d’informations de la part du gouvernement autour du projet de télécabine qui devrait partir du Jardin Exotique, pour desservir Fontvieille, puis le Rocher, a provoqué votre colère en décembre 2017 : vous êtes toujours fâché (2) ?

Il s’agit d’un projet de mobilité durable. S’il part de chez nous, puisque nous sommes propriétaires du Jardin Exotique, alors il est normal d’être associé à certaines décisions. Notre rôle sera ensuite de convaincre les principaux acteurs sur l’utilité de cette télécabine, en lien avec le futur parking de dissuasion du Jardin Exotique. Par ailleurs, le conseil communal doit donner un avis sur l’esthétique de la ville. On doit être consultés, et le projet qui nous a été présenté était bien trop imposant. Si la télécabine peut s’envisager, c’est en tant que projet de mobilité et pas dans un but de rentabilité. Ce doit être un investissement de l’Etat, au service de la transition énergétique.

Quel est votre sentiment sur ce dossier, désormais ?

Nous avons reçu un courrier d’attente. Nous avons eu une réunion sur l’entrée de ville à l’issue de laquelle nous n’en savons pas davantage. On a parlé technique, mais on n’a pas assez parlé d’avancées sur le projet. Je suis assez inquiet sur ce sujet.

Comment jugez-vous la qualité de vos relations avec le gouvernement et le Conseil national ?

Elles sont bonnes. Comme souvent, on peut regretter que la communication et la transmission d’informations précises soient parfois difficiles avec le gouvernement, mais nous n’hésitons pas, le cas échéant, à lui en faire part. Avec le Conseil national, nous entretenons des relations de qualité, nous sommes complémentaires et nous faisons vivre la démocratie locale sur des questions différentes. Le périmètre de la mairie est bien défini et je sais que le Conseil national et la mairie peuvent compter l’un sur l’autre sur des sujets majeurs.

Quelles relations entretenez-vous avec les maires des communes françaises environnantes ?

J’entretiens de très bonnes relations avec tous les maires, mais à la différence de la France, à Monaco de nombreux sujets, dont les transports, la mobilité ou l’assainissement, ne relèvent pas des compétences communales. Les maires voisins sont donc souvent en rapport avec le gouvernement princier.

Aujourd’hui, quelle est la place réelle de la mairie à Monaco ?

Je dirais que la place de la mairie est d’abord celle que notre équipe lui a permis de maintenir en remplissant efficacement son rôle. Au moment où on parle de smart city, mais aussi de proximité avec les usagers des services, d’autonomie budgétaire ou encore de mobilité durable, la mairie est positionnée aujourd’hui de façon optimale et occupe tout son périmètre.

Comment a évolué le champ de compétence de la mairie ?

Nous avons évolué suite à la loi de 2006 qui nous a donné l’autonomie administrative et l’autonomie budgétaire. De manière générale, comme je l’ai déjà dit, nos prérogatives sont respectées, et nous remplissons notre rôle de façon efficace et complète.

A combien se monte le budget annuel de la mairie ?

Nous avons aujourd’hui un budget total de 66 millions d’euros. Nos ressources financières dépendent essentiellement de la dotation forfaitaire de l’Etat, pour 44 millions d’euros. Nos recettes propres proviennent de nos revenus directs issus des services, des crèches, du maintien à domicile, de l’affichage, des occupations de la voie publique (OVP), des marchés de la Condamine et de Monte-Carlo, ou encore du cimetière.

Quels grands projets souhaitez-vous lancer pour la mandature 2019-2023 ?

Nous sommes en train de construire notre programme. Il s’agit d’abord de bien analyser le bilan, que j’estime très positif puis de nous tourner vers le mandat suivant avec pragmatisme et optimisme, avec des projets en phase avec les attentes de la population et dans le respect de nos attributions. Je compte sur les Monégasques pour continuer à défendre l’institution communale avec nous.

 

1) Cette interview a été réalisée le 20 novembre 2018.
2) Lire l’interview de Georges Marsan publiée dans Monaco Hebdo n° 1041.

journalistRaphaël Brun