Harcèlement : Monaco dit « non »

Pascallel Piacka
-

Le 8 novembre, tous les établissements monégasques ont participé à la journée « non au harcèlement ». Un seul mot d’ordre : la lutte contre les cyber-violences.

Le « non au harcèlement » sonne la mobilisation générale du gouvernement monégasque. Objectif : lutter contre le harcèlement scolaire via un plan d’actions fondé sur trois axes. D’abord, prévenir et détecter les phénomènes, ensuite, former les adultes encadrant les élèves. Et, enfin, traiter les situations de harcèlement. Ce phénomène en milieu scolaire est moins visible que les violences physiques. Pourtant, il dégrade de manière insidieuse et durable le climat au sein des établissements. « Ses conséquences à court, moyen et long termes peuvent être graves — tant pour les victimes que pour les auteurs —. Il est donc temps d’agir, vite et fort, notamment sur les cyber-violences », explique Isabelle Bonnal, directrice de l’Education Nationale, de la Jeunesse et des Sports (DENJS).

« Action rapide »

Le harcèlement se définit comme une violence répétée qui peut être verbale, physique ou psychologique. Cette violence se retrouve donc aussi au sein de l’école. Elle est le fait d’un ou de plusieurs élèves, à l’encontre d’une victime — qui ne peut se défendre . Le harcèlement est donc indissociable de la mise en place d’une situation de domination. « C’est pourquoi, le traitement de ce phénomène nécessite une action rapide. A Monaco, nous sommes quotidiennement sur le terrain pour prévenir et soutenir les victimes », souligne Isabelle Bonnal. Lorsqu’un enfant est insulté, menacé, battu, bousculé ou reçoit des messages injurieux à répétition, on parle donc de harcèlement. La première des trois caractéristiques du harcèlement en milieu scolaire, c’est la violence. Un rapport de force et de domination s’instaure entre un ou plusieurs élèves, voire plusieurs victimes. Il y a ensuite la notion de répétition, avec des agressions régulières pendant une longue période. Enfin, il y aussi l’isolement de la victime : elle est souvent seule, faible physiquement, et dans l’incapacité de se défendre. « Face à une telle situation, les parents et les élèves ne doivent pas être démunis. Nous faisons en sorte que les sanctions soient adaptées et éducatives », souligne Isabelle Bonnal.

Cyber-violences

Cette année, pour dire « non au harcèlement », l’accent a été mis sur les cyber-violences pour faire prendre conscience aux élèves et aux adultes des conséquences. Mais aussi apporter des outils pour les prévenir. « Les règlements intérieurs en vigueur à Monaco interdisent depuis plusieurs années l’utilisation des téléphones portables, par les élèves au sein des établissements », a insisté Isabelle Bonnal. La cyber-violence, ou cyber-harcèlement, est une variante récente du harcèlement. Elle se fonde sur l’usage d’internet et des nouvelles technologies : blogs, e-mails, réseaux sociaux, téléphones portables… Ce type de harcèlement est favorisé par l’anonymat et l’absence de contrôle d’identité. Elle se concrétise par des messages, dont le contenu est teinté de menaces, d’intimidations, d’insultes, de chantage, voire la diffusion d’images humiliantes. « Ces messages sont parfois accompagnés d’un rejet et d’un isolement de la victime à l’école », explique Isabelle Bonnal. « Avec l’association Action Innocence Monaco, nous avons mis en place des séances de prévention. Elles sont organisées chaque année, à raison d’une heure par classe du CE2 à la 3ème », ajoute Isabelle Bonnal. Ces séances doivent donc permettre d’identifier des élèves en souffrance. Le lien entre les psychologues de l’association et les psychologues scolaires est donc immédiat, afin d’apporter la réponse adaptée.

Médiateurs scolaires

« Depuis 2016, nous menons une expérimentation de médiateurs scolaires au collège Charles III, en collaboration avec la Direction de l’Action Sociales (DASO) », ajoute Isabelle Bonnal. L’objectif est donc un règlement pacifique des conflits. L’intervention des élèves médiateurs vise à tenter de dénouer les crises par le dialogue, entre les élèves en conflit. Afin de traiter les cas de harcèlement, un protocole a été élaboré et diffusé aux équipes de direction et de vie scolaire des établissements. « La procédure traite de toutes les situations de harcèlement. Chaque acteur est identifié. Et, il y a une procédure spécifique appliquée pour chacun d’eux : l’élève victime, les témoins, l’élève auteur, les parents d’élèves », détaille Isabelle Bonnal. Ainsi, le chef d’établissement, ou le conseiller d’éducation, accueille l’élève victime. Il est mis en confiance, et on lui rappelle le rôle protecteur de l’école. Dans un deuxième temps, l’auteur présumé des faits est entendu pour donner ses explications. En fonction de la nature, et de la gravité, le chef d’établissement informe l’élève des suites possibles. « Dans les règlements intérieurs scolaires, le harcèlement est mentionné explicitement comme une violence. Tout élève fautif s’expose donc à des sanctions, à la hauteur des faits constatés », insiste Isabelle Bonnal. Enfin, les parents de la victime et l’auteur sont systématiquement reçus. « Tout harcèlement avéré est sanctionné, généralement par une exclusion temporaire de l’établissement », ajoute la directrice de la DENJS.

Conséquences

En fonction de la nature, de la gravité, et si la situation l’exige, un signalement peut être effectué par la DENJS auprès du procureur général. Et les services de Cyrielle Colle, premier substitut, sont informés. « Les cas de harcèlement avérés depuis 3 ans sont les suivants : 5 en 2015-2016, 9 en 2016-2017 et 5 en 2017-2018 », a énuméré Isabelle Bonnal. Les conséquences du harcèlement sont graves et multiples. Désocialisation, anxiété, et dépression. Voire, le décrochage scolaire. « Nous mettons l’action sur la prévention, et un climat « de sérénité » au sein des établissements. Le sentiment de honte, et la perte d’estime de soi peuvent agir sur le développement psychologique des élèves. Il faut agir vite, et en concertation avec les familles », estime Isabelle Bonnal. Selon les conclusions d’un rapport de l’Unicef de mars 2011, le bien-être scolaire l’emporte : 52 % des élèves affirment se sentir tout à fait bien à l’école, 36,9 % plutôt bien. Même si un nombre non négligeable, à savoir 8,4 %, disent y être plutôt mal à l’aise. Et 2,7 % des élèves affirment se sentir « pas bien du tout » à l’école. « Le prince Albert II souhaite que notre jeunesse s’épanouisse dans de bonnes conditions. Favoriser le bien-être des jeunes et renforcer l’estime de soi sont nos priorités. A Monaco, l’Etat nous donne les moyens de mener une politique volontariste en faveur du bien-être scolaire », avance Isabelle Bonnal. La majorité des réseaux sociaux ne sont pas accessibles légalement avant l’âge de 13 ans. « Nous constatons que dès l’âge de huit ans, dès le CE2, les élèves ont des portables. Il faut vivre avec son temps. Mais, les enfants doivent savoir l’utiliser avec raison. C’est là, le rôle essentiel de l’éducation parentale », conclut Isabelle Bonnal. Un contrôle parental accru et un dialogue permanent avec les corps éducatifs et soignants, notamment psychologues et pédopsychiatres, sont des éléments clés dans la lutte contre les cyber-violences scolaires.

 

journalistPascallel Piacka