Route du Rhum
Boris Herrmann 5ème, pari réussi

Pascallel Piacka
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Arrivé le 17 novembre, Boris Herrmann a terminé 5ème, dans la catégorie Imoca. Le skipper allemand qui court sur le bateau monégasque Malizia II, a donc atteint son objectif. Sur la route qui mène au Vendée Globe 2020, cette 11ème édition de la Route du Rhum aura été riche en rebondissements.

Saint-Malo, le 4 novembre 2018. Parmi les 123 bateaux engagés, 20 monocoques de 60 pieds (soit 18,288 mètres), dont le Malizia  II – Yacht Club de Monaco. Et 3 542 milles nautiques (soit 6 559,784 kilomètres) à parcourir entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre. Cette 11ème édition a marqué les 40 ans de la Route du Rhum et la course aura été pleine de surprises. Dès le 6 novembre, Armel Le Cléac’h a abandonné : le maxi Banque Populaire IX a chaviré au large des Açores. Le podium ne se disputait alors plus qu’entre François Gabart et Francis Joyon. Le 12 novembre, à 2 heures du matin, à 12 milles nautiques (22,224 kilomètres), Francis Joyon virait au large des côtes guadeloupéennes. Et, il naviguait vers une victoire inespérée sur son rival. Le trimaran Idec Sport a coupé la ligne d’arrivée à 4h21, 7 minutes et 8 secondes avant le bateau Macif de François Gabart. Longtemps deuxième de la course, Francis Joyon a remonté près de 56 milles nautiques (103,712 kilomètres) dans la dernière journée. À 62 ans, le skipper de La Trinité-sur-Mer remporte sa première Route du Rhum. Et il s’empare au passage du record de l’épreuve : 7 jours, 14 heures, 21 minutes, et 47 secondes.

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Rochers

Alex Thomson sur Hugo Boss faisait figure de favori dans la catégorie Imoca. Le Britannique, second du dernier Vendée Globe, a joué de malchance. Solide leader pendant toute la course, il a vu la victoire lui échapper dans les derniers instants. Pour sa 1ère participation à la Route du Rhum, son monocoque Hugo Boss a percuté une falaise. Au nord de Grande Terre, en Guadeloupe, à 75 milles nautiques (138,9 kilomètres) de la ligne d’arrivée, tout a basculé, dans la nuit du 15 novembre. Ce soir-là, la direction de course a contacté Alex Thomson pour prendre des nouvelles du skipper, et de son bateau. « J’étais à deux heures et demie d’empanner [virer de bord en passant par vent arrière — N.D.L.R.]. Donc, le bateau devait virer de bord vent arrière », a expliqué le Britannique. « Et, ainsi j’allais être près de la côte. Alors, je me suis dit que j’avais le temps d’aller dormir un peu », a ajouté le skipper. Mais, lancé à pleine vitesse, son monocoque a percuté les falaises aux alentours de 21h45 (heure locale). Détourné de sa route par le vent, son bateau s’est rapproché de la côte. Et, pour l’extraire des rochers, le skipper a dû affaler, c’est-à-dire descendre les voiles et démarrer son moteur. « J’ai pensé à Armel Le Cléac’h, qui a chaviré en début de course. Donc, je suis content d’être encore là », a expliqué Alex Thomson. Au moment de l’accident, il ne restait que 60 milles nautiques (111,12 kilomètres) à courir pour ce skipper, jusqu’à la ligne d’arrivée.

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Epilogue

Le vendredi, à 8h10’58’’, au large de Pointe-à-Pitre, le skipper a franchi la ligne d’arrivée. Il sera le quatrième marin à finir cette 11ème édition, en 11 jours 23 heures 10 minutes et 58 secondes. Néanmoins, il a écopé d’une pénalité de 24 heures, à l’unanimité du jury de l’épreuve. « J’ai terminé deuxième du dernier Vendée Globe. Là, je voulais vraiment gagner la Route du Rhum. Mon monocoque, Hugo Boss, est le vainqueur moral. C’est la vie ! Comme vous dites en France… », a ironisé Alex Thomson, finalement troisième. De ce fait, le temps de course du Gallois a été ramené à 12 jours, 23 heures, 10 minutes et 58 secondes. Et, la victoire lui a échappé. Paul Meilhat (SMA), vainqueur (12 jours, 11 heures, 23 minutes et 18 secondes) et Yann Eliès UCAR Saint-Michel, 2ème (12 jours, 13 heures, 38 minutes et 30 secondes), ses poursuivants les plus proches, lui ont finalement ravi les deux premières places. « Cette victoire ne dépendait pas que de moi. J’ai bien vu qu’Alex avait un problème et, du coup, ça m’a refroidi », a souligné Paul Meilhat. « Il a fallu que je monte d’un cran en termes d’engagement. D’habitude, je suis peut-être à 90 %. Là, j’étais à 97 % on va dire. Je suis allé loin dans la fatigue », a poursuivi le skipper. A 36 ans, Paul Meilhat a remporté sa première grande course en solitaire. « J’ai vécu en sursis pendant 12 jours, comme si quelqu’un derrière me rattrapait par le tee-shirt », a expliqué le skipper de SMA. Formé au dériveur olympique, Paul Meilhat s’est vu auréolé d’une couronne inespérée. Mais sa victoire a été acquise mille par mille, pendant 12 jours de course intense.

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Pari réussi

Quant au skipper allemand Boris Herrmann, qui court sur le bateau monégasque Malizia II, il a terminé cinquième en 13 jours, 3 heures, 47 minutes et 30 secondes. Le skipper a réussi son pari, finir en tête de course. Il a été devancé pour la quatrième place par Vincent Riou (PRB), arrivé le 17 novembre à 14h21 (13 jours, 0 heure, 21 minutes et 8 secondes). « Je suis très heureux d’être arrivé en Guadeloupe », a expliqué Boris Hermann sur les pontons, à son arrivée. « J’ai une pensée pour tous ceux qui ont abandonné. Ça me fait plaisir de finir cinquième. C’était la position que je visais. » Au total, le skipper allemand a parcouru 4 437 milles nautiques (8 217,324 kilomètres), à la moyenne de 14,05 nœuds (26,0206 kilomètres par heure). « J’ai perdu beaucoup dans les premiers jours, et il fallait que je trouve une route différente. Au bord de l’anticyclone, j’ai eu des conditions magnifiques, avec de superbes vitesses », a expliqué Herrmann. L’Allemand, cinquième dans la catégorie Imoca 60, est le second skipper étranger, derrière Alex Thomson, troisième. Son écart avec le vainqueur Paul Meilhat est de 16 heures, 24 minutes et 12 secondes. « Je suis déçu pour Alex. Mais, il est sur le podium. Et nous avons avec Paul Meilhat, un très beau vainqueur », a souligné le skipper. Pour son premier grand rendez-vous en solitaire, son classement final revêtait de l’importance. En effet, la Route du Rhum est la deuxième étape des Imoca Globe Series pour la période 2018-21. Avec un coefficient 4, la transatlantique est une étape majeure des sept épreuves sélectives, pour le 9ème Vendée Globe 2020-21. « Je suis également très heureux de faire partie de cette belle flotte des Imoca et de naviguer aux côtés de skippers de légende et ils le sont tous ! C’est une très belle classe, comme une famille. J’ai hâte d’échanger avec les autres », a ajouté Boris Herrmann. Le skipper allemand comptait marquer des points. Il est actuellement 13ème, avec 6 points, au classement Imoca Globe Series. Dans les prochains jours, il va donc remonter au classement grâce à sa cinquième place sur la Route du Rhum. La transat Jacques Vabre, dont le départ est prévu le 27 octobre 2019, sera l’une des prochaines grandes étapes des Imoca Globe Series. Elle sera dotée d’un coefficient 3. Objectif final pour le skipper de Malizia II — Yacht Club de Monaco : faire partie des élus qui s’élanceront, le 8 novembre 2020, des Sables-d’Olonne.

 

journalistPascallel Piacka