E-santé : vers un cloud souverain

Pascallel Piacka
-

Le 6  novembre, le gouvernement a détaillé un plan d’actions sur trois ans pour sa politique d’e-santé. Une « révolution » envisagée dès 2019. Focus.

Dès le printemps 2018, la principauté a engagé une réflexion globale sur l’avenir de son système de santé. Objectif : créer un cloud souverain, une sorte de coffre-fort numérique d’État. Il contiendrait l’intégralité des données liées à la santé des patients. Un pas vers la transition numérique, qui s’opérera selon un plan d’actions en quatre phases. En 2019, lancement d’un portail santé, en 2020, ouverture d’un cloud souverain, en 2021, lancement de la blockchain, du télé-monitoring et du télé-suivi, et enfin, en 2022, utilisation de l’intelligence artificielle. « Le gouvernement s’investit dans l’e-santé dans le cadre de la transition numérique. Il a adopté un plan d’actions confortant la Principauté dans son offre de soins. Il allie confort des patients, et excellence du pôle santé », a précisé Didier Gamerdinger, conseiller-ministre pour les affaires sociales et de la santé. L’objectif est donc de positionner la principauté à la pointe de la révolution sanitaire. « Il est essentiel que de nouveaux moyens soient mis au service des professionnels de santé. Le patient doit être au cœur de la réflexion, tout en sécurisant l’ensemble des données », a ajouté Didier Gamerdinger.

Métadonnées

L’e-santé est souvent présentée comme la « révolution » future du système sanitaire. « L’e-santé, c’est la santé de demain. Tout doit être transparent. C’est une révolution, mais elle existe déjà dans de nombreux pays. Nous souhaitons engager une action rapide, car l’attente des Monégasques est forte. Nous sommes en retard, et il est impératif de réaliser un big bang numérique », a insisté le conseiller-ministre. L’e-santé regroupe un ensemble d’activités liées à la santé, et à l’informatisation. Cela intègre la télé-consultation, la santé en mobilité, la numérisation des soins, la santé connectée — via les appareils de tracking — , et l’analyse des métadonnées. Seul problème. A ce jour, aucun lien n’existe entre les établissements de soins à Monaco, et encore moins entre eux, les professionnels de santé et les patients. « En matière d’e-santé, nous devons agir vite et fort. L’idée est de répondre aux attentes des différents acteurs du secteur. Les patients, les médecins, les pharmaciens, les infirmières et les caisses sociales », a souligné Didier Gamerdinger.

Portail santé

« Les grandes lignes de la politique monégasque — de santé numérique — ont été adoptées, validées par le gouvernement, et le prince Albert II », a indiqué le conseiller-ministre. L’e-santé appelle en effet une évolution profonde liée à l’apport des nouvelles technologies. « Nous devons réaliser une plateforme monégasque de prise de rendez-vous, en ligne. Elle devra être bilingue — française et anglaise », a explicité Frédéric Genta, délégué interministériel chargé de la transition numérique de la Principauté de Monaco. « Nous avons une très bonne connaissance du système médical. Il y a environ 30 médecins généralistes à Monaco. Il faut fluidifier le parcours patients et médecins », a ajouté le délégué interministériel. Pour la mise en œuvre, une feuille de route globale de la stratégie d’e-santé a été construite. Les premières actions à mener à court terme, dès 2019, seront l’ouverture d’un portail santé. « Les usagers et professionnels auront accès à des informations santé(s). Elle offrira un annuaire des professionnels de santé, ainsi qu’une plateforme de prise de rendez-vous. Ceci dans le but, d’offrir aux professionnels des outils de travail fiables, et innovants. D’où, la création d’un parcours patient sans aucune friction », a précisé Frédéric Genta. A moyen terme, une messagerie sécurisée, et une dématérialisation des feuilles de soins devront être effectives.

« Coffre-fort numérique »

Dès le premier semestre 2020, des prescriptions numériques pourraient être réalisées. Le patient deviendrait ainsi un acteur central de sa santé. « Le patient doit être au cœur de notre réflexion. Nous devons développer une politique des données de santé. On aura des moyens sur la prévention en mettant en place des outils adaptés. Chaque catégorie de personnes aura une assistance personnalisée », a expliqué Didier Gamerdinger. Ainsi, le deuxième semestre verrait le déploiement du cloud souverain. « Un coffre-fort numérique médical, relatif à chaque patient de la principauté, devrait être mis en place », a indiqué le conseiller-ministre. Mais la circulation future de données liées à la santé des patients posera des problèmes techniques, de sécurisation et de confidentialité. « Nous voulons garder à l’esprit qu’il faut conserver une médecine à taille humaine. Nous souhaitons l’adhésion de tous, et être en accord avec les professionnels de santé. Il est donc impératif de prendre en compte les aspects juridiques, et de sécurité des données sensibles », a insisté Didier Gamerdinger. Un problème juridique est donc à prévoir. Car actuellement, le droit monégasque ne permet la transmission, et l’échange d’informations de santé aux patients que dans des cas précis.

Problème juridique

Peut-être faudra-t-il faire évoluer l’article 12, de la loi n° 1454 du 30 octobre 2017, consacrée au consentement et à l’information en matière médicale. En principauté, toute personne peut — théoriquement — demander l’accès à l’ensemble de ses informations, liées à sa santé. Toutefois, à la demande du professionnel de santé, le président de la commission de contrôle des informations nominatives (CCIN) peut, après avis favorable de celle-ci, accorder des délais de réponse, voire se dispenser de l’obligation de répondre. « Nous devons tous discuter. Il va falloir modifier le droit et être en accord avec la CCIN, l’autorité monégasque de protection des données personnelles », a souligné le conseiller-ministre.

Problème technique

De plus, la coopération médicale, avec les voisins de la Principauté, sera aussi une priorité. « Les applications informatiques devront être interchangeables avec la France. Des discussions sont en cours avec nos homologues français, de la direction générale, de l’agence régionale de santé (ARS PACA) », a ajouté Didier Gamerdinger. Effectivement, l’existence de la convention franco-monégasque de sécurité sociale, obligera à l’interopérabilité des systèmes. C’est-à-dire faciliter, fluidifier et sécuriser les procédures de compatibilités des équipements informatiques réciproques entre Monaco et la France et, sans doute, l’Italie. D’où, la question centrale pour la principauté : à l’heure où les piratages de très haut niveau se multiplient, comment parvenir à sécuriser l’hébergement internet des données, le cloud souverain et les serveurs dédiés ? Surtout quand on sait que les données de santé sont particulièrement visées par les hackers.

DMP

Selon le calendrier d’actions, les horizons 2021 et 2022, seront marqués par le blockchain et l’intelligence artificielle. « Ces deux voies d’explorations ont pour objectif, la mise en application, sécurisée, du futur dossier médical partagé (DMP) », a expliqué Frédéric Genta. Le DMP sera le carnet de santé numérique monégasque du futur. Il permettra à chaque patient de disposer de son dossier médical informatisé. Il reprendra l’ensemble des données médicales du patient : informations de santé, traitements, résultats d’examens. Le titulaire pourra partager avec les professionnels son DMP. « Nous souhaitons que le patient ait un numéro et un identifiant unique. Nous pouvons également envisager la création d’un QR code et une dématérialisation totale », a conclu Didier Gamerdinger. « L’intelligence artificielle est un domaine de recherche, en pleine expansion, et promis à un grand avenir. Il permettra notamment d’améliorer la qualité des soins », a commenté Frédéric Genta. L’intelligence artificielle sera en effet au cœur de la médecine du futur à Monaco. Un certain nombre d’applications sont à prévoir : opérations assistées, suivi des patients à distance, et traitements personnalisés.

journalistPascallel Piacka