Qualité de l’air : un indice
pour savoir et sensibiliser

Sophie Noachovitch
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Depuis le mercredi 17 octobre, l’indice de la qualité de l’air à Monaco est consultable sur le site du gouvernement (1). L’objectif est d’informer et surtout, de sensibiliser la population à la nécessité d’un changement de comportement, pour limiter les émissions de gaz à effet de serre.

« A partir d’aujourd’hui, l’indice de la qualité de l’air est diffusé. Il indique la qualité de l’air au jour J et la prévision pour le lendemain. » Valérie Davenet, directrice de l’environnement, a annoncé, mercredi 17 octobre 2018, en conférence de presse, la mise en place de ce nouvel outil sur le site internet du gouvernement. Et à la consultation de cet indice, il apparaît que la qualité de l’air à Monaco n’est pas parfaite. Au moment où nous rédigeons ces lignes, le 19 octobre 2018, l’indice était jaune, à 51 µg/m3 sur 100, sachant qu’elle est très bonne à 0 µg/m3 et atteint un seuil d’alerte à 100. « Nous voyons que l’air n’est malheureusement pas d’une pureté absolue et qu’il est constitué de divers polluants, dont il est important de surveiller les niveaux de concentration, qui peuvent varier d’une journée à l’autre, a souligné Marie-Pierre Gramaglia, conseillère-ministre de l’équipement, de l’environnement et de l’urbanisme. C’est la raison pour laquelle des seuils d’information et des seuils d’alerte sont définis pour chaque type de polluant, afin de pouvoir informer la population. » Cet indice mesure trois particules potentiellement présentes dans l’air : le dioxyde d’azote (NO2), les particules fines (PM10) et l’ozone (O3). Ces polluants sont de bons indicateurs de la pollution atmosphérique, à laquelle la population est exposée en zone urbaine. « Accolé à cet indice, des préconisations seront proposées à la population, précise Valérie Davenet. En particulier pour les personnes vulnérables. Il y aura aussi des préconisations comportementales, comme moins utiliser sa voiture, par exemple. »

« Rues canyons »

La sensibilisation de la population sur l’origine de la pollution atmosphérique est bien le premier objectif de la mise en place de cet indice. « En principauté, zone côtière urbaine compacte, la pollution, comme dans les Alpes-Maritimes, provient majoritairement des déplacements et du chauffage au fioul, a indiqué Marie-Pierre Gramaglia. Cette pollution peut-être accentuée par des caractéristiques structurelles, comme les rues canyons, qui concentrent les polluants, ou des phénomènes météorologiques, comme l’absence de vent et les périodes de forte chaleur. » Le gouvernement princier aspire ainsi à agir sur les sources de pollution. « La principauté a déjà mis en œuvre plusieurs mesures, a rappelé Virginie Davenet. Depuis 2003, il est interdit d’équiper les nouvelles constructions de chauffage au fioul. Et à partir de 2022, l’interdiction du chauffage au fioul sera étendue à l’ensemble des bâtiments de la principauté. » Le gouvernement souhaite ainsi inciter à l’utilisation d’énergies propres. « Les deux réseaux thalasso-thermiques à la Condamine et au Larvotto vont permettre le transfert vers cette énergie propre, tout comme le développement du solaire », a insisté la conseillère-ministre. La mobilité est également au cœur des prérogatives du gouvernement, qui veut « réduire le nombre de véhicules à moteur à combustion, générateurs de polluants et de particules fines », et ainsi encourager la population à avoir recours aux déplacements en transports en commun ou en véhicules propres. L’Etat prévoit aussi de développer le réseau de liaisons mécaniques, notamment les ascenseurs, sur le territoire, « afin de faciliter les déplacements doux ». Dans le même état d’esprit, le télétravail sera favorisé pour limiter les déplacements.

Interdiction du fioul lourd

Le fioul lourd des navires est également dans le collimateur du gouvernement princier. « Le fioul lourd est particulièrement nocif. Or, la quasi-totalité des navires de croisière fonctionnent au fioul lourd en raison de son faible coût, c’est-à-dire 200$ de moins à la tonne que le fioul léger, a indiqué Armelle Roudaut-Lafon, directrice des affaires maritimes. Sa nocivité est pourtant prouvée : elle aggrave les risques de maladies pulmonaires et cardiovasculaires en émettant 3,5 % de dioxyde de souffre. Soit 3 500 fois de plus que la limite autorisée pour les véhicules terrestres. » En outre, précise Armelle Roudaut-Lafon, les navires continuent de faire tourner leurs moteurs à quai, pour pouvoir produire de l’électricité. « L’Etat cherche des solutions pour diminuer la pollution. Si l’accord de Paris ne vise pas directement la pollution maritime, il a néanmoins conduit les organisations internationales maritimes, lors d’un colloque à Londres en octobre 2016, à imposer une limite de la teneur en soufre dans le fioul. Elle ne devra pas dépasser 0,5 % à compter du 1er janvier 2020. Mais Monaco va aller plus loin. » En effet, depuis le 20 juillet 2018, par ordonnance souveraine, la principauté a décidé d’interdire complètement le fioul lourd pour tous les navires à quai et au mouillage. « Ils devront utiliser un carburant raffiné utilisant au maximum 0,1 % de souffre ou installer un “scrubber”, c’est-à-dire un système de lavage des fumées », ajoute la directrice des affaires maritimes. Des contrôles à quai et au mouillage seront ainsi réalisés. Et si les navires ne respectent pas cette règle, ils seront passibles de six mois à un an de prison, et d’une amende de 18 000 à 90 000 euros. Le gouvernement souhaite aussi développer les branchements électriques à quai compatibles avec les navires. A ce jour, seulement 10 % des navires le peuvent. La Société d’exploitation des ports de Monaco (SPEM) et la Société monégasque de l’électricité et du gaz (SMEG) ont ainsi lancé des travaux, avec pour horizon 2021, afin de permettre des branchements à l’électricité à quai.

 

(1) https://www.gouv.mc/Action-Gouvernementale/L-Environnement/Monaco-cite-durable/Donnees-meteorologiques-qualite-de-l-air-et-mesures-du-bruit/Indice-Qualite-de-l-Air.

 

Comment est calculé l’indice de la qualité de l’air ?

Pour parvenir à cet indice de la qualité de l’air, la principauté dispose depuis 1991 de 5 stations fixes de mesures disséminées sur les 2 km2 du territoire. Elles sont comparées avec les données relevées sur les Alpes-Maritimes par AtmoSud pour la région Provence-Alpes Côte d’Azur. Ces stations surveillent cinq polluants : le monoxyde de carbone (CO), les oxydes d’ozone (NOx), le dioxyde de soufre (SO2), l’ozone et les particules fines. Depuis 2015, un partenariat avec AtmoSud permet d’assurer la maintenance et l’optimisation du réseau de surveillance de la qualité de l’air, de mettre au point des programmes d’amélioration des connaissances, notamment sur les secteurs routier et maritime et la modélisation prévisionnelle de la qualité de l’air. Le programme « qualité de vie – plateforme de modélisation et cartographie haute résolution de la qualité de l’air à Monaco » a permis de déployer 52 capteurs sur l’ensemble du territoire et d’effectuer des relevés en février et en juillet 2018. Ce programme a pour but d’améliorer la connaissance de la répartition des polluants sur le territoire. Il vise aussi à la création d’une cartographie 3D « air et bruit », dont les résultats sont attendus fin 2018, début 2019. S.N.

journalistSophie Noachovitch