La perpétuité
pour Wojciech Janowski

Anne-Sophie Fontanet
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Le commanditaire, le tireur et le guetteur ont été reconnus coupables mercredi 17 octobre 2018 du double assassinat d’Hélène Pastor et de Mohamed Darwich. Ils ont été condamnés à perpétuité. L’ex-coach sportif a écopé de 30 ans de prison.

Il est rare dans un procès de voir l’avocat de la défense avouer à la place du prévenu. C’est pourtant ce qui est arrivé devant la cour d’assises des Bouches-du-Rhône, à Aix-en-Provence, mardi 16 octobre 2018. Les cinq semaines de procès n’auront pas suffi à Wojciech Janowski, accusé d’avoir commandité le meurtre de sa belle-mère, Hélène Pastor, pour reconnaître son implication. C’est son avocat, Me Eric Dupond-Moretti, qui a parlé à sa place. Après avoir vainement tenter de convaincre de la nullité des propos tenus par son client en garde à vue — la projection de la vidéo pendant l’audience ayant réduit ses efforts à néant — celui qu’on surnomme “Acquitator” a changé de stratégie. « Wojciech Janowski est coupable d’avoir commandité l’assassinat d’Hélène Pastor. J’entends vous dire pourquoi ces mots que vous attendiez de lui sortent de ma bouche. Ces mots, il a tenté de les exprimer, il l’a voulu, mais il n’a pas été cru. Il s’est vu opposer tout au long de la procédure un mépris permanent, un mépris de classe. Un mobile qui n’est pas le sien. »

« Plus de mal à personne »

Me Eric Dupond-Moretti avait en tout cas raison de penser que sur le petit papier de chaque juré figurait le mot coupable. La cour d’assises a décidé de son sort, comme celui des neuf autres personnes jugées pour cette affaire, en à peine six heures. A l’ensemble des questions sur la culpabilité de Wojciech Janowski, 69 ans, il a été répondu oui. Le compagnon de Sylvia Pastor depuis 28 ans a été reconnu coupable de complicité de meurtre par guet-apens de la milliardaire monégasque, Hélène Pastor, et de son chauffeur égyptien, Mohamed Darwich, 56 ans. Des excuses bien tardives, quelques minutes avant le délibéré, n’auront pas changé la donne. Wojciech Janowski a été condamné à la perpétuité, avec une période de sûreté automatique de 18 ans. A l’énoncé du verdict, l’ex-consul honoraire de Pologne à Monaco est resté impassible. « Le jury n’a pas été dupe de la dernière manipulation de Janowski. Ses aveux de dernière minute, ultime tentative pour se soustraire à une partie de ses responsabilités, n’ont pas convaincu. Il ne fera dorénavant plus de mal à personne, si ce n’est à lui-même », a réagi Gildo Pallanca-Pastor, le fils d’Hélène, auprès de Monaco-Matin.

« Vertige »

Les mêmes sanctions se sont appliquées aux deux délinquants marseillais, d’origine comorienne, embauchés à la va-vite comme tueur et guetteur. Samine Said Ahmed, 28 ans, recruté à 1h du matin le jour du crime, a été reconnu coupable d’avoir tiré au fusil de chasse sur les deux victimes enfermées dans une Lancia Voyager. Le tout pour un butin final espéré de 25 000 euros. Pour ses actes, il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Son compère, Al Haïr Hamadi, qui a donné le top départ du double assassinat, s’est aussi vu infliger la peine maximale. Les efforts de leurs avocats respectifs, Me Denis Fayolle pour l’un et Me Michel Pezet pour l’autre, pour minimiser leurs rôles, pourtant très circonstanciés par les images de vidéosurveillance qui établissaient leur parcours minute par minute, n’auront pas suffi à faire pencher la balance. « On peut espérer qu’en appel, une autre cour d’assises prendra le temps de réfléchir et de juger. La rapidité de ce délibéré, vu le nombre d’années de prison, donne le vertige », s’est exprimé Me Denis Fayolle à la sortie de l’audience.

Emprise

De la même façon, le tribunal a choisi de suivre les réquisitions de l’avocat général, Pierre Cortès, en condamnant Pascal Dauriac, ex-coach sportif de 49 ans, à 30 ans de prison. Il s’agissait du seul des 10 prévenus ayant reconnu l’intégralité de sa responsabilité, depuis sa garde à vue en 2014. Son conseil, Me Jean-Robert Nguyen Phung, avait pourtant tenté de dresser le portrait d’un homme sous l’emprise de Janowski pour réduire le quantum et espérer une « peine individualisée ». Pendant sa plaidoirie, lundi 15 octobre 2018, cet avocat montpelliérain a questionné le jury. Est-ce que Pascal Dauriac aurait été « tout en haut de la pyramide » ? Aurait-il « tout organisé » ? Lui, qui vivait chichement, aurait « racketté son employeur » et « donné l’ordre d’exécuter » ? « Vous avez le droit de le croire, certains le croient ici. Pour moi, ce débat est terminé depuis longtemps », a-t-il argumenté.

Deux acquittements

Après ces très lourdes condamnations, le tribunal devait se pencher sur le cas des six autres prévenus. Ils ont été légèrement plus cléments, en condamnant les accusés ayant joué les intermédiaires à des peines allant jusqu’à quinze ans de réclusion criminelle, et en prononçant deux acquittements. Abdelkader Belkhatir, beau-frère de Pascal Dauriac, parti à la recherche d’un tueur, a été condamné à 15 ans de prison. « Il a toujours dit qu’il ignorait ce qui se tramait », a expliqué son avocat, Me Olivier Lantelme, se réjouissant d’une peine moins lourde que les réquisitions du parquet, qui réclamait 18 ans de prison. Salim Youssouf, l’ex-gendarme auxiliaire, qui a renoncé en dernière minute à être le tireur, mais qui a fourni les munitions, a été condamné à 12 ans de prison.

Appel

Katarzyna Janowska, nièce de Janowski a été condamnée à six mois de prison avec sursis, pour avoir introduit dans la prison des Baumettes de Marseille une puce de téléphone pour son oncle. Mais elle a été relaxée pour les accusations de subornation de témoin. Francis Pointu, un délinquant multirécidiviste, a été condamné à deux ans de prison pour faux témoignage. Enfin Anthony Collomb et Omar Lahore ont été acquittés, la cour n’ayant pu prouver la connaissance des funestes projets qu’Al Hair Hamadi, leur connaissance commune, avait. « La condamnation de Janowski pour l’assassinat de sa belle-mère, on s’y attendait, a expliqué face aux caméras, Me Eric Dupond-Moretti. Sa condamnation pour le chauffeur est une condamnation au bénéfice du doute puisqu’il n’y a rien contre lui, aucun élément matériel. Il suffit d’accuser pour avoir raison. Naturellement, on interjette appel. » Les avocats de Samine Said Ahmed, Al Hair Hamadi et Pascal Dauriac ont déjà aussi annoncé leur intention de faire appel de ce verdict. Les familles des victimes devront donc faire face à un nouveau procès.

 

journalistAnne-Sophie Fontanet