« Mon cœur est à Monaco »

Sophie Noachovitch
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Le nouvel entraîneur de l’AS Monaco, Thierry Henry, a pris officiellement ses fonctions. Et il a annoncé la couleur : « Quand on travaille, on travaille »

« Tout a commencé ici. L’opportunité de pouvoir venir ici, de recommencer ici, c’est extraordinaire. » C’est devant une assemblée de près de 70 journalistes venus de toute l’Europe que le nouvel entraineur de l’AS Monaco s’est exprimé, mercredi 17 octobre 2018, lors d’une conférence de presse organisée au Yacht Club de Monaco. Son retour en principauté est évidemment synonyme de nombreux souvenirs pour Thierry Henry. Le joueur qui a fait ses débuts à l’AS Monaco de 1994 à 1999, garde manifestement en tête des moments agréables de cette période. D’ailleurs, lorsqu’il regarde derrière lui, il sourit : « On perd les cheveux. Il n’y a plus de vitesse ! Je regarde le chemin parcouru, et si un jour on m’avait dit que je reviendrais comme entraîneur… Je ne pensais qu’à jouer. Alors, de là à entraîner ! » S’il affirme que ce n’est pas l’impatience qui l’anime pour exercer ses nouvelles fonctions, il a néanmoins exprimé son « envie de commencer ».

De la Belgique à Monaco

Pour Vadim Vasilyev, vice-président de l’AS Monaco, Thierry Henry est d’ores et déjà « inscrit sur l’une des plus belles pages de l’histoire du club », et accorde son « entière confiance » au nouvel entraîneur. « C’est un technicien qui nous a impressionnés par sa vision du jeu, sa connaissance du football, de l’équipe, de nos joueurs. Il a des idées très claires. C’est un très grand joueur. Et il n’y a aucun doute qu’il sera un très bon entraîneur », a-t-il continué. Thierry Henry devient ainsi le 4ème champion du monde 1998 à prendre en charge un club de Ligue 1 (L1), après Didier Deschamps, Laurent Blanc et Patrick Vieira. Le nouveau coach a d’ailleurs eu une pensée pour ses anciens coéquipiers, Didier Deschamps et Zinedine Zidane. « Aujourd’hui, on ne parle plus foot, mais entraînement ensemble ! », s’est amusé Henry. Ils échangent leurs expériences et Thierry Henry aspire « à gagner comme eux ». Alors qu’il était pressenti à Bordeaux pour la L1, également à Aston Villa pour la D2 anglaise, il prend en tout cas un poste pour lequel il a très peu d’expérience. Il a quitté la sélection belge, où il a exercé comme entraîneur adjoint aux côtés de Roberto Martinez pendant deux ans. Durant la conférence de presse, il a d’ailleurs remercié « la fédération belge » de l’avoir libéré, « pour avoir l’opportunité de m’épanouir avec un staff extraordinaire ». « Chacun connaît mon attachement pour Arsenal [club où il a officié comme joueur de 1999 à 2007 – N.D.L.R.], mais c’est ici que j’ai commencé, marqué mon premier but, montré ce que je savais faire avec Arsène Wenger comme entraîneur. Monaco est un club qui a une place dans mon cœur, dont je regarde les résultats. Je suis un petit du centre de formation. Je suis de retour où tout a commencé. »

Redonner confiance

Et la mission qu’on lui a confiée n’est pas simple, parce qu’il prend la tête d’une équipe en souffrance, désormais 19ème de L1, après sa défaite contre le RC Strasbourg le 20 octobre, à la Meinau. Un premier match perdu 2-1 pour Henry, qui démontre que ses joueurs traversent une grave crise de confiance. « Il faut penser aux joueurs partis en sélection. Le moral n’est pas au plus haut. Il faut retrouver une certaine joie et sécuriser les joueurs. » Thierry Henry n’a pas souhaité s’exprimer sur la manière dont il envisage de diriger sa nouvelle équipe. Il a néanmoins expliqué avoir conscience qu’il va entraîner un groupe de jeunes hommes. « Aujourd’hui, les choses ont changé. Les jeunes joueurs ne vont plus vers leurs aînés, comme c’était mon cas en mon temps. C’est à nous d’aller vers eux. Toute la difficulté réside dans le fait de savoir à quels moments rigoler, être dur ou laisser faire, a-t-il développé. C’est toujours mieux d’avoir une équipe en début de saison. Mais aujourd’hui, l’équipe a besoin de sécurité et d’équilibre. Je suis pour le dialogue. J’aime rigoler. Mais quand on travaille, on travaille. Il y aura énormément d’intensité. » L’entraîneur de l’AS Monaco a assuré qu’il avait « fait le deuil de sa carrière de joueur » et promis aux journalistes présents qu’« on pourra parler de quelques matchs à l’occasion. Mais j’ai mis tout ça derrière moi ».

Pas de sacrifices

C’est donc vers l’avenir qu’il se tourne. Mais un avenir pas trop lointain. Vadim Vasilyev a assuré qu’aucun objectif n’avait été fixé à Thierry Henry. « Ce ne serait pas réaliste », a-t-il commenté. Lorsqu’on demande au nouvel entraîneur si ses nouvelles fonctions impliquent des sacrifices, il assure que non : « Je ne peux pas appeler ça un sacrifice. C’est une façon de vivre pour moi. Je joue au football depuis tout petit. Selon moi, la patience est la clé. » Si le départ de Leonardo Jardim a été « une décision difficile » d’après Vasilyev, Thierry Henry a, quant à lui, remercié pour « le travail de Jardim, un entraîneur qui restera à jamais dans l’histoire de Monaco. Le staff et moi-même lui souhaitons bonne chance ». Le champion du monde 1998, meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France, avec 51 buts en 123 sélections, répète qu’il n’est pas soumis au stress dans ses nouvelles fonctions, mais qu’il est bien conscient qu’« il y a un travail énorme ». Et avec une seule victoire en 10 matches de championnat, le temps presse.

 

Niakaté : « Henry est un meneur d’hommes »

Le Club Omnisports (CO) Les Ulis, c’est là où tout a commencé pour Thierry Henry. « Comme pour Patrice Evra et Anthony Martial, qui sont également passés par l’AS Monaco », rappelle Mahamadou Niakaté (40 ans). Fidèle au club de l’Essonne depuis sa première licence à l’âge de 5 ans, l’actuel coach de l’équipe senior (National 3) a tapé dans ses premiers ballons aux côtés de Thierry Henry. « On avait 9-10 ans, mais Thierry était déjà très fort. C’était le meilleur d’entre nous, et de loin. On savait tous qu’il deviendrait footballeur professionnel », reconnaît le technicien essonnien. Henry, qu’on surnomme déjà « Titi », avait une technique de balle au pied bien au-dessus de la moyenne. Son père, Antoine, l’a bien compris et a voulu mettre toutes les chances de son côté. Direction le club voisin de l’US Palaiseau à l’âge de 12 ans, avant d’intégrer le sport études de l’INF Clairefontaine, un an plus tard. « Il n’avait pas de temps à perdre. Il savait où il voulait aller », confie Mahamadou Niakaté, qui ne s’étonne pas de le voir signer au centre de formation de l’AS Monaco en 1993, après deux passages éclair à Viry-Chatillon et à Versailles. Il a alors 16 ans et va bientôt se faire remarquer chez les pros. Vingt-cinq ans plus tard, le voilà de retour en principauté, mais, cette fois, pour entraîner l’équipe senior. « C’est un cadeau empoissonné, estime Mahamadou Niakaté. Monaco est avant-dernier de Ligue 1 (L1). Il n’a pas choisi la facilité. Il a beaucoup de courage. » Le coach ulissien, qui loue les qualités de meneur d’hommes de Thierry Henry, est d’ailleurs étonné de le voir revenir en France, où ses relations avec les médias sont tendues depuis la Coupe du monde 2010 : « Je le voyais plus reprendre un club en Angleterre, comme Everton, voire Arsenal, où il s’est occupé un moment des moins de 18 ans. D’autant qu’il connaît bien ce pays pour y avoir joué 8 saisons. Mais il y reviendra un jour. Monaco ne fait que lancer sa carrière d’entraîneur. »   Aymeric Fourel

journalistSophie Noachovitch