Les grands chantiers
au cœur des débats

Anne-Sophie Fontanet
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Comment se portent les chantiers d’envergure que mène l’Etat monégasque ? La question a été posée par les élus, et les réponses du gouvernement ne les ont pas forcément rassurés. La majorité d’entre eux a d’ailleurs voté contre le chapitre « grands travaux » du budget rectificatif 2018. Chantier par chantier, Monaco Hebdo fait le point.

CHPG : fin des travaux en 2033 ou 2034

« Le CHPG a pris du retard. » L’annonce de Marie-Pierre Gramaglia n’a pas surpris les conseillers nationaux. Cependant, les élus ne s’attendaient pas aux nouvelles énoncées par le conseiller-ministre pour l’urbanisme, l’équipement et l’environnement, qui repoussent à 2033 ou 2034 la livraison totale du nouveau centre hospitalier Princesse Grace (CHPG). Concrètement, la phase 0 qui consiste en la construction du parking et d’un ouvrage d’art, a pris 35 mois de retard. Le gouvernement a même pris la décision de retirer à l’entreprise choisie pour cette phase la réalisation du parking, désormais intégrée à la phase 1. Celle de la construction des ailes A et B, qui intégreront 60 % de l’offre en lits hospitaliers. « La livraison prévisionnelle de la phase 1 est prévue pour fin 2025 », a détaillé le conseiller-ministre. Une nouvelle qui a ulcéré le président du Conseil national, Stéphane Valeri : « C’est vraiment beaucoup de retard ! Il s’agit d’un sujet majeur pour le budget et la qualité de la santé des résidents de ce pays ». Avec Christophe Robino, président de la commission des intérêts sociaux et des affaires diverses du conseil national (CISAD), Stéphane Valeri a donc décidé de réactiver le groupe de travail CHPG. Une décision saluée par les élus pour « l’un des chantiers les plus coûteux de ces 50 dernières années », d’après Jacques Rit, conseiller national Horizon Monaco (HM).

L’îlot Pasteur au plus tôt en 2022

À la mi-2016, le gouvernement princier dévoilait ses ambitions pour ce nouveau projet, construit sur les terrains de l’ancienne voie ferrée, qui doit accueillir le nouveau collège, une nouvelle médiathèque, ainsi qu’un immeuble de bureaux. Coût global prévisionnel de cette opération : 320 millions d’euros. Situé à l’ouest de la principauté, ce chantier laisse voir, depuis plusieurs jours, un espace aplani, mais vide. D’une surface d’environ 47 000 m2, c’est un ouvrage moderne et fonctionnel qui fera son apparition. Mais quand ? Interrogé par le conseiller national Primo!, Christophe Robino, inquiet d’un possible « important retard » pris par les travaux, Marie-Pierre Gramaglia, conseiller-ministre à l’urbanisme et l’équipement, a avancé la date de 2022. Soit un an après les premières estimations diffusées à la presse en 2016. Ce qui coince ? « Nous avions estimé le terrassement à 70 millions d’euros. Mais le montant le plus bas qui nous est donné aujourd’hui est de 100 millions d’euros. Nous avons donc stoppé l’appel d’offre pour le reprendre et permettre quelque chose de plus cohérent. Il sera relancé avant la fin de 2018. Et nous réfléchissons à des mesures pour accélérer certaines phases de construction, notamment le terrassement et des travaux en “up and down”, qui peuvent nous faire gagner du temps », a expliqué Marie-Pierre Gramaglia.

L’usine de traitement des déchets en 2026

C’est dans le futur îlot Charles III, sur les derniers terrains délaissés de la SNCF, à l’ouest de Cap d’Ail, que sera située la nouvelle usine de traitement des déchets. Le président de la commission environnement et qualité de vie, Fabrice Notari, a appellé le gouvernement à opter « pour une usine modèle ». Cet élu Primo ! a cité San Francisco comme exemple d’une ville-modèle pour Monaco. Aujourd’hui, cette ville américaine a pour objectif le « zéro déchet » d’ici 2020. « Monaco pourrait s’en inspirer. » Marie-Pierre Gramaglia a indiqué qu’elle souhaite « augmenter le tri et baisser le nombre de déchets à revaloriser ». Jean-Louis Grinda, élu Union Monégasque (UM), qui suit ce dossier depuis de nombreuses années, lui a demandé où en était le projet. « L’appel d’offre sera lancé début 2020. La technologie n’est pas arrêtée. Nous devons affiner la nouvelle implantation dans l’îlot Charles III, lui a répondu le conseiller-ministre. Cette usine de valorisation se situera à l’entrée de ville. Il faut un urbanisme soigné. » Concernant l’actuelle usine d’incinération, Marie-Pierre Gramaglia a fait savoir que des études de la société monégasque de l’électricité et du gaz (SMEG) ont montré qu’il faudrait 30 millions d’euros pour l’entretenir et ainsi permettre de l’utiliser jusqu’en 2025. « Notre planning, c’est 2026 pour l’usine de traitement des déchets. » « C’est une idée que je porte depuis plusieurs années. Je suis plus préoccupé par la technologie, que par l’emplacement. C’est un sujet qui devait être bouclé en deux ans en 2013 et qui se retrouve repoussé de 12 ans. C’est pour le mieux dans ce dossier », a plaidé Jean-Louis Grinda. Même source de préoccupation pour Stéphane Valeri : « Le gouvernement doit tout faire pour obtenir une technologie des plus modernes et éviter l’incinération, si cela est possible. »

Chantiers : de nouvelles procédures internes pour plus d’efficacité

La direction des travaux publics, dirigée par Jean-Luc NGuyen, sous la tutelle du département de Marie-Pierre Gramaglia, est en train de remettre à plat les procédures internes de déroulement des chantiers publics. « Une faiblesse a été repérée », a concédé le conseiller-ministre à l’urbanisme et à l’équipement. Elle a donc annoncé vouloir revoir les procédures d’appel d’offres et de choix des entreprises. Des incidences sur les « prestataires qui n’auraient pas donné satisfaction » sont aussi au menu des changements. « On va choisir le mieux-disant au lieu du moins disant », a promis Gramaglia. La direction des travaux publics veut revoir les conditions de suivi d’un chantier et repositionner le rôle du maître d’ouvrage, car « ce n’est pas un sachant. On va plus responsabiliser le maître d’œuvre en modifiant son contrat. Aucune opération n’est simple ici. » La direction des travaux publics souhaite améliorer la qualité des réalisations. « C’est sur sa feuille de route », a souligné Gramaglia. Ces premières modifications ont déjà été mises en œuvre sur deux chantiers. D’abord pour l’extension en mer, mais aussi à la villa Carmelha, une petite opération de logements domaniaux. « Nous allons généraliser cette façon de procéder », a assuré Marie-Pierre Gramaglia, faisant ainsi écho aux demandes de Primo!. Pour la majorité, l’amélioration des procédures d’appel d’offres des chantiers publics et de leur suivi est une urgence absolue, pour supprimer les surcoûts, les malfaçons et les  retards systématiques qui impactent certains monégasques, jusque dans leurs logements. A.-S.F.

Le Conseil national veut davantage de contrôleurs du bruit

Trois contrôleurs du bruit doivent actuellement vérifier tous les chantiers de la principauté. Les élus du Conseil national, tous bords confondus, en demandent d’autres, pour améliorer la qualité de vie. Explications. Par Anne-Sophie Fontanet

C’est Michèle Dittlot, conseiller national Priorité Monaco (Primo!) et vice-présidente de la commission culture et patrimoine, qui a lancé ce débat dans l’hémicycle, mercredi 10 octobre 2018. « Il n’y a pas suffisamment de contrôleurs du bruit. Trois postes sont pourvus sur quatre. Et ils ont plusieurs missions qui ne permettent pas de tout réaliser. Pourquoi pas une ligne de budget pour la création de ce poste ? Le Conseil national serait disposé à vous accorder les crédits nécessaires », a développé cette élue. Dans la salle, tous les conseillers nationaux sont d’accord. « Ils ont du mal à tout contrôler à cause de l’amplitude horaire. Quatre contrôleurs, ce n’est pas suffisant », reconnaît Marie-Pierre Gramaglia, conseiller-ministre pour l’urbanisme, l’équipement et l’environnement. C’est de son département dont dépendent ces quatre fonctionnaires. Plus précisément, de la direction de la prospective, de l’urbanisme et de la mobilité (DPUM).

100 000 euros

A la tête du gouvernement, le ministre d’Etat, Serge Telle, se montre plutôt frileux sur ce sujet. Conscient de la problématique, il semble vouloir prendre un temps de réflexion avant l’embauche de nouveaux fonctionnaires pour contrôler le bruit que font les chantiers sur la voie publique. « Nous devons gérer l’immédiat et le très long terme. Le recrutement d’un fonctionnaire, c’est 60 à 70 ans. Ce n’est pas juste une personne prise pour un an. » Jean-Louis Grinda, conseiller national Union Monégasque (UM), propose de faire appel à une entreprise du secteur privé pour remédier au problème. « C’est une piste. On peut y penser. Nous travaillons sur cet arbitrage », a indiqué Serge Telle. Le président du Conseil national, Stéphane Valeri, a déjà tranché : « Je suis plus pour l’embauche de fonctionnaires. Pourquoi l’Etat n’assumerait pas cette mission d’une façon pérenne, plutôt que de faire faire du bénéfice à une entreprise commerciale ? Il s’agit de deux ou trois postes pour un coût de 100 000 euros par an sur 1,3 milliard d’euros de budget. Nous avons largement les moyens, pour assurer la tranquillité de nos résidents. Pour nous, ce n’est pas négociable. »

Santé publique

« Ces postes sont un investissement contre la fuite des résidents de cœur de Monaco affectés par une qualité de vie qui se dégrade », a ajouté Michèle Dittlot. « Je me souviens avoir croisé des gens au bord de la dépression. Depuis des années, ils supportent le bruit et c’est très impactant sur la vie au quotidien. En termes de santé publique aussi, ça se justifie », observe Franck Julien, élu Primo!. « Ce ne sont pas deux personnes, mais 10 ou 15 qu’il faudrait ! », a surenchéri Jean-Louis Grinda. « Il faut sans arrêt naviguer à vue sur les mers troublées autour de nous, a souhaité rappeler Jean Castellini, conseiller-ministre pour l’économie et les finances. Cette prospérité est fragile. Mais nous avons tout chez nous pour la nourrir et la protéger. » Dans l’hémicycle, tout le monde a néanmoins semblé sur la même longueur d’onde. « Il n’y a pas de divergence sur ce qu’il faudra faire de bien pour les Monégasques », a conclut Serge Telle.

journalistAnne-Sophie Fontanet