« Monaco Telecom ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre »

Anne-Sophie Fontanet
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En ouverture des débats lors de la deuxième séance d’étude du budget rectificatif 2018, les élus de la majorité s’en sont pris aux offres de l’opérateur Monaco Telecom et ont appelé l’Etat à plus de fermeté.

Une offre commerciale peu diversifiée et trop chère, une politique défensive, des réajustements a minima, une préservation de ses marges. Franck Julien, président de la commission pour le développement du numérique, n’a pas mâché ses mots contre l’opérateur de téléphonie monégasque. « Monaco Telecom ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre », insiste cet élu Priorité Monaco (Primo !), face au gouvernement. Surtout sachant que, le 4 octobre 2018, Orange France a revu son offre commerciale, avec une nette tendance à la baisse, de 55 à 48 euros, en moyenne. « A Monaco, on est à 60 euros, soit 12 euros de plus ! Le gouvernement ne joue pas suffisamment son rôle, il se désengage. C’est la politique du laisser-faire… et elle ne fonctionne pas. Continuons de travailler pour trouver des solutions à moyen et long terme. » Le président de commission appelle à « un changement radical » ainsi qu’à plus de créativité. Son collègue, Thomas Brezzo, élu Primo!, n’en demande pas moins : « La 5G c’est bien. Un réseau domestique qui marche bien, c’est mieux. »

Améliorations

Pour ce sujet « essentiel », le ministre d’Etat tempère immédiatement les esprits. « Nous avons besoin d’un service excellent, à des conditions satisfaisantes. L’idée que le gouvernement ne tient pas sa place dans la définition stratégique est une idée fausse. Il y a des améliorations possibles. A nous de les faire ensemble », a justifié Serge Telle. Le secrétaire général du gouvernement, également administrateur d’Etat de Monaco Telecom, va dans le même sens : « Ce qui a été promis sera tenu », a assuré Robert Colle. Il égrène les avancées obtenues suite aux demande du nouveau Conseil national : la facture papier gratuite pour les seniors, l’arrivée d’une nouvelle offre triple play en début d’année prochaine, le passage de 18 à 83 chaînes télévisées pour ceux qui n’ont pas la box, la gratuité pour les personnes en difficulté comme celles maintenues à domicile ou recevant une prestation autonomie ou adulte handicapé. « Enfin, je vous confirme que le gouvernement et le concessionnaire travaillent concrètement sur le déploiement général de la fibre optique en principauté. Un partage de ce plan avec les élus se fera prochainement, dans le cadre de la commission des concessions », a souligné Serge Telle. Celui-ci a ajouté que le gouvernement se félicitait de l’acquisition de MTN Chypre réalisée à l’international. Un rachat « qui permet d’envisager de nouvelles sources de croissance pour l’entreprise ». « En tant qu’administrateur d’Etat, on a dépassé le stade de l’invective. Les chiffres du monopole ne rapportent pas beaucoup. C’est la politique internationale de développement qui permet à Monaco Telecom de lui rapporter des bénéfices », a ajouté Colle.

Monopole

Le président du Conseil national, Stéphane Valeri, même s’il reconnaît des « discussions constructives » avec l’opérateur, est resté ferme. Il a estimé que la partie négligée par Monaco Telecom, ce sont les usagers. Tout en menaçant subtilement, si aucunes « mesures drastiques, importantes, visibles et perceptibles pour les usagers » ne devaient intervenir. « Le monopole n’est pas éternel. Pour être eventuellement renouvelé, nous attendons des avancées significatives. » Son collègue de la majorité, Franck Julien, a réitèré ses propos liminaires : « L’Etat ne doit pas se désengager de ce rôle de régulateur en matière de mobile. » La réponse du ministre d’Etat, Serge Telle, se trouvait dans son discours d’ouverture des débats, lundi 8 octobre : « Dès le début de l’année prochaine, nous pourrons mesurer les effets des dispositions qui ont été décidées et en tirer les conséquences nécessaires, notamment au niveau du renouvellement de la concession. » Les prochains mois nous diront si du côté du gouvernement et de Monaco Telecom le message a été reçu 5 sur 5.

 

Les 83 chaînes gratuites pour tous repoussées à 2019

Le service universel annoncé il y a quelques mois par le gouvernement et Monaco Telecom va prendre un peu de retard. « Au moins un trimestre de plus », a signalé Robert Colle le 10 octobre 2018. Dans cette affaire, ce n’est pas la technologie qui est en cause, mais la communication, jugée insatisfaisante, auprès de tous les foyers. « Il faut s’assurer que le suivi va toucher toutes les personnes concernées. » Un plan de communication avait été lancé en juillet 2018 : 2 000 courriers « d’accompagnement » ont été envoyés. « Est-ce que c’est suffisant ? Non », a tranché le secrétaire général du gouvernement. D’où la décision de repousser le lancement du signal universel. « Il est difficile de dire combien de personnes sont concernées, car nous n’avons pas le nombre de téléviseurs total en principauté. Monaco Telecom l’estime à 2 000. Nous ne devons pas nous précipiter avant d’éteindre le dispositif existant », a conclu Robert Colle. A.-S.F.

 

journalistAnne-Sophie Fontanet