La principauté
aura-t-elle sa télécabine ?

Anne-Sophie Fontanet
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C’était un des projets envisagés par le gouvernement pour décongestionner le pays aux heures d’affluence. Si la volonté « reste forte », le projet n’en est qu’au stade de l’étude.

La télécabine made in Monaco ne sera-t-elle qu’un doux rêve ? L’idée venait directement du ministre d’Etat, Serge Telle, qui espérait une mise en service extrêmement rapide, entre le Jardin exotique, Fontvieille et le Rocher. Mercredi 10 octobre 2018, il n’a pas tenu à prendre la parole sur le sujet. C’est son conseiller-ministre de gouvernement à l’équipement, l’urbanisme et l’environnement, Marie-Pierre Gramaglia, qui a répondu à l’élu Priorité Monaco (Primo!), Pierre Van Klaveren : « Nous avons toujours la forte volonté de le voir aboutir. Mais rien n’est acté définitivement. » En cours de négociation avec la mairie de Monaco, c’est actuellement une étude de flux qui occupe les débats. Pierre Van Klaveren conteste les chiffres de capacités dévoilés par l’Etat. « La télécabine aura une capacité de 2 000 personnes par heure et par direction », a soutenu Marie-Pierre Gramaglia. « Nos calculs sont plutôt aux alentours de 800 à 1 000 », a estimé pour sa part le conseiller national de la majorité.

Deux minutes

Le conseiller-ministre persévère. Elle parle de 8 à 10 personnes par œuf, pour 32 télécabines. « Les études ont été longues et précises pour arriver à ce résultat. C’est facile de les remettre en cause en cinq minutes. » Marie-Pierre Gramaglia rappelle aussi que cette infrastructure serait une suite logique à la construction de 1 820 places de parking au Jardin exotique. « Cela sera un des moyens, avec un système de bus révisé, de permettre aux pendulaires de passer en deux minutes du parking à Fontvieille, mais aussi aux touristes de rallier le Rocher. » Si l’idée semble logique, tant la circulation reste difficile à cette entrée de Monaco, malgré le tunnel descendant Albert II, la majorité Primo ! du Conseil national ne s’est pas montré très enthousiasmée par ce projet. A commencer par son président, Stéphane Valeri, qui accumule les conditions pour valider la mise en œuvre d’un tel équipement.

Concertation

« Pour le moment, je ne suis pas favorable, car nous n’avons pas assez d’éléments pour nous prononcés. Cela va vraiment impacter l’esthétique du pays. Nous ne devons prendre aucune décision sans concertation », a indiqué le président du Conseil national. Pierre Van Klaveren appelle le gouvernement à associer le Conseil national au projet. On comprend très vite que cette télécabine n’est pas la priorité de la majorité au vu des besoins en logements. « Que ce projet ne soit pas un obstacle à la création de logements, a prévenu le président de l’hémicycle. Si on fait la télécabine, il faudra qu’elle allège vraiment la circulation. Elle devra donc avoir une forte capacité à l’heure. Sinon, ce n’est pas souhaitable. » A la fin de la discussion, Stéphane Valeri a conditionné l’inscription de crédits financiers si plusieurs facteurs ne sont pas réunis : des discussions entre le Conseil national et le gouvernement sur les orientations stratégiques du futur centre commercial de Fontvieille et la présence de logements au dessus du complexe. « Pour nous, ce sont des lignes rouges. » Puis, s’adressant directement au ministre d’Etat, Serge Telle, assis à sa droite : « Ne nous mettez pas devant le fait accompli d’un projet que vous auriez décidé tout seul. Car c’est toute votre loi de budget que vous n’auriez pas. »

 

journalistAnne-Sophie Fontanet