Qualité de vie
Valeri et Notari montent au créneau

Raphaël Brun
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Dans une lettre ouverte envoyée début août au gouvernement, le président du Conseil national, Stéphane Valeri, et Fabrice Notari, président de la commission environnement et qualité de vie, ont multiplié les propositions, afin de tenter d’améliorer la qualité de vie en principauté. Retour sur un projet urbain global, que la majorité Priorité Monaco (Primo!) espère rapidement voir adopté.

105 partages, 51 commentaires, 193 réactions dont 175 « j’aime » et 15 « j’adore ». Alors que Monaco Hebdo bouclait ce numéro, le 25 septembre 2018, les réactions continuaient d’affluer sur la page facebook du Conseil national. À l’origine de cette agitation, la publication, le 2 août, de la lettre envoyée au ministre d’Etat, Serge Telle, concernant la problématique de la baisse de la qualité de vie à Monaco. Un thème qui rythme la vie politique en principauté depuis plusieurs années déjà, et qui, très logiquement, a été l’un des thèmes forts de la campagne pour l’élection nationale de février 2018. Derrière ce courrier, deux hommes : Stéphane Valeri, président du Conseil national et Fabrice Notari, président de la commission environnement et qualité de vie. C’était l’une des promesses de campagne de la liste de Stéphane Valeri, Priorité Monaco (Primo!) et elle semble ne pas avoir été oubliée, puisque les rencontres autour de ce thème se suivent. Deux réunions plénières, le 15 mai et le 14 juin, et une commission environnement et qualité de vie, le 18 juillet, ont animé ces dernières semaines. Une quatrième commission plénière d’étude a eu lieu hier, 24 septembre, à la demande de Stéphane Valeri, consacrée cette fois au projet de restructuration du centre commercial de Fontvieille (lire Monaco Hebdo n° 1075). Un projet qui n’est pas exempt de la dimension « qualité de vie ».

« Evolutions »

Le cœur de l’été 2018 a donc été le moment choisi par la nouvelle majorité Primo! pour dégainer une série de propositions concrètes. « Ce courrier liste les premières mesures concrètes qui peuvent, pour la plupart, être mises en place dans les plus brefs délais, dans les domaines de la circulation et des chantiers », explique la majorité sur la page facebook du Conseil national. Pas langue de bois, ce courrier évoque l’« exaspération » de la population, confrontée à la « dégradation » des conditions de circulation et à « l’augmentation des nuisances diverses, qui affectent la tranquillité de notre territoire ». Il est aussi question de relayer une inquiétude « réelle » et « partagée par de nombreux professionnels de la place » de voir « un certain nombre » de résidents quitter Monaco. Ou de voir des résidents potentiels opter pour une autre destination. La principauté serait donc devenue moins séduisante et cela commencerait à se savoir un peu partout dans le monde. En interne, les résidents ne sont pas heureux de la vie locale qui rythme leur quotidien et en externe, Monaco verrait donc son attractivité amoindrie, estiment ces élus. Voilà pourquoi, Primo! attend des « mesures concrètes et tangibles pour la population, qui puissent aboutir à des évolutions effectives dans les meilleurs délais ». Mais plutôt que de se contenter d’attendre, la nouvelle majorité du Conseil national a décidé d’être pro-active et de rendre publique une série de mesures qu’elle juge « réalistes, non exhaustives, et concrètes qui pourraient être mises en œuvre au plus tôt, afin que de réelles améliorations puissent être constatées rapidement ».

« Dégradation »

Chronologiquement, ce courrier commence à évoquer des propositions destinées à tenter d’améliorer la circulation. En effet, le matin et le soir, aux heures de bureaux, les rues de la principauté sont très régulièrement engorgées, voire carrément bloquées. Ce qui occasionne souvent des bouchons énormes, avec des conséquences très lourdes. Le matin, aux heures de bureau, des entreprises monégasques voient ainsi leurs salariés arriver en retard et dans un état de stress élevé. Le soir, à partir de 17 heures, c’est aussi l’asphyxie. Conjugué aux pannes techniques des TER de la SNCF, aux grèves et à la multitude d’événements organisés par la principauté tout au long de l’année, comme le Monaco Yacht Show fin septembre par exemple, ou le Grand Prix, on aboutit à une situation que beaucoup estiment intenable (lire notre article publié dans Monaco Hebdo n° 1069). « Nous rencontrons tous les jours des personnes qui se plaignent du bruit, de la circulation, des incivilités, des chantiers ou encore plus largement de la pollution. Le domaine de la commission de l’environnement et de la qualité de vie est donc très sensible et très vaste », nous avait alors raconté Fabrice Notari dans l’interview qu’il nous avait accordée. Et pas question de laisser penser qu’il s’agit seulement d’un vague sentiment. Pour le président de la commission environnement et qualité de vie, il s’agit d’une réalité très concrète : « Aujourd’hui, quand on pense qualité de vie, on ressent tous une sorte de dégradation globale. Et ce constat est partagé par tous les résidents, quelles que soient leur origine, leur activité et leur nationalité. »

« Points noirs »

En tête de liste des mesures proposées par le Conseil national, on trouve, encore et toujours, la création d’une brigade de la circulation. Un sujet sur lequel insiste la nouvelle majorité depuis plusieurs mois, déjà. Le 13 juin 2018, lors d’une intervention au Monaco Press Club, Stéphane Valeri estimait n’avoir été que « partiellement entendu » par le conseiller-ministre pour l’intérieur, Patrice Cellario, qui semblait alors peu emballé par ce projet. Sa position peut-elle changer ? C’est ce que veut croire Primo!, qui rappelle que cette brigade de la circulation sera « postée aux heures de pointes sur tous les points noirs » et qu’elle pourra aussi « intervenir aux abords des manifestations, assurer des contrôles des véhicules et motocyclettes bruyants, ainsi que des chantiers, notamment s’agissant de l’occupation de la voie publique, des véhicules de taxis et de grande remise étrangers, ainsi que des nuisances sonores des établissements de nuit. Et sanctionner le non-respect des réglementations. » Le 17 septembre, lors de la conférence de presse de rentrée de la majorité du Conseil national, l’élue Primo! Marine Grisoul s’est félicitée du déploiement, aux heures de pointes, de policiers munis de chasubles jaune marquée « régulation circulation ». Mais il est temps d’aller plus loin encore : « C’est l’une des satisfactions de cette rentrée sur le principe, même si beaucoup reste à faire, a indiqué Marine Grisoul, notamment sur le principe, plus structuré, d’une véritable brigade de la circulation. » Cette élue Primo! a donc réclamé le recrutement d’une quinzaine de policiers pour créer cette brigade. Ceci afin de ne pas « nuire » aux autres missions, notamment de sécurité, remplies par la sûreté publique. « Le gouvernement trouvera toujours une majorité disposée à voter les budgets nécessaires au maintien d’une sécurité de très haut niveau par le recrutement d’effectifs supplémentaires », a promis Grisoul. Pour la majorité, une partie de la solution pour éviter les bouchons passerait donc par le déploiement de cette brigade. « Rien de mieux qu’une intervention humaine avec des professionnels intelligents pour venir fluidifier le trafic sur les points névralgiques de blocages habituels de la circulation, a ajouté Marine Grisoul. Les premiers essais sont concluants, alors le département de l’intérieur doit désormais structurer de façon efficace et pérenne ce nouveau principe qui contribue au désengorgement des rues de la Principauté. »

Grogne

Alors que les débats pour le budget rectificatif 2018 se dérouleront les 8, 10 et 12 octobre, ce sujet reviendra sans doute devant le conseiller-ministre pour l’intérieur, Patrice Cellario. Peu séduit par cette idée, il reste désormais à savoir si Patrice Cellario finira par aligner ses positions sur celles du Conseil national. Au-delà de cette première mesure forte, il est aussi question de mettre en place quelques aménagements urbains. Notamment de déplacer les espaces protégés lorsque le flux des piétons bloque la circulation, comme c’est le cas « au début de la rue Grimaldi » estiment ces élus. Il est aussi proposé de déplacer certains arrêts de bus, notamment ceux qui gênent ou empêchent la circulation des voitures lors de la montée ou de la descente des passagers. Pour rendre la compagnie des autobus de Monaco (CAM) plus séduisante encore, il est aussi question de « mesures incitatives », avec, par exemple, un renforcement de la fréquence des bus. « Pour aller plus loin et parce que cette brigade de la circulation ne pourra pas non plus à elle seule résoudre tous les problèmes de circulation, nous avons obtenu durant ces CPE budgétaires, le déplacement prochain de 9 arrêts de bus mal placés, permettant, là encore, de fluidifier la circulation », a révélé le 17 septembre 2018, en conférence de presse, le président de la commission environnement et qualité de vie, Fabrice Notari. Toujours au rayon des déplacements, Notari dans la suite de la prise de position publique du président du Conseil national Stéphane Valeri fin août, a une nouvelle fois demandé la fin de l’expérimentation sur la place du Casino. En effet, depuis le mois d’août 2018, une partie de cette place mythique est devenue piétonne, provoquant la grogne d’une bonne partie de la population et de Primo! : « Cette expérimentation n’a que trop duré. Personne n’est satisfait, sauf peut-être quelques “jusqu’au boutistes” de la piétonisation qui méconnaissent le modèle économique et commercial que représente cette place du casino depuis des dizaines d’années et pour les professionnels qui y évoluent. »

Désengorger

Concernant les différents grands événements qui se déroulent chaque année en principauté et qui ont un impact sur les déplacements, là encore, plusieurs pistes sont avancées. Comme, par exemple, le maintien de la circulation sur la route de la piscine « lorsque cela est possible ». Dans le cadre du Monaco Yacht Show, qui se déroulera cette année du 26 au 29 septembre, Stéphane Valeri et Fabrice Notari évoquent « l’utilisation de stands sur plusieurs niveaux ou la mise en place de pontons dans le port, de manière à ce qu’ils puissent bénéficier d’un espace correspondant ». Une solution qui pourrait être appliquée dès l’année prochaine au Monaco Yacht Show et aussi à d’autres manifestations. Pour le salon Top Marques, qui a été lancé depuis 2003 et dont la prochaine édition aura lieu du 4 au 7 avril 2019, c’est un changement de dates qui est avancé, couplée à une « interdiction de tous les essais en ville ». Objectif : faire en sorte que Top Marques ne se déroule plus en même temps que les Masters de Monte-Carlo, et éviter ainsi l’engorgement des voies de circulation et les bouchons à répétition. Enfin, à propos du Grand Prix historique, qui se déroule un an sur deux, en alternance avec le Grand Prix électrique, il est proposé de décaler l’heure de fermeture du circuit, le vendredi. Ce qui doit permettre aux élèves de pouvoir se rendre à l’école plus facilement que lors de l’édition 2018, où de nombreux retards ou empêchements ont été constatés. Autre possibilité : rendre ce jour férié, avancent ces élus Primo!. Toujours pour désengorger les routes, une autre idée est relancée : des liaisons maritimes quotidiennes entre Monaco, Nice et Menton, pour transporter les salariés qui viennent chaque jour travailler à Monaco : « Celles-ci pourraient être assurées aux périodes propices de l’année par des navires à propulsion écologique », glissent Stéphane Valeri et Fabrice Notari, dans ce courrier envoyé au ministre d’Etat, Serge Telle. Avant d’ajouter une dernière préconisation concernant la circulation : la « création d’une trémie à Cap d’Ail au niveau du feu tricolore, afin de ne pas interrompre le flux des véhicules se dirigeant vers Monaco. »

« Sarcophages »

Concernant les chantiers, il est demandé, entre autres, que « les opérations, en particulier privées, voient leur nombre annuel diminuer et fassent ainsi l’objet d’une planification et de décalages dans le temps, sans préjudice des opérations publiques qui restent prioritaires, comme la construction d’immeubles domaniaux. Par ailleurs, pour protéger la tranquillité des résidents, il est demandé que les dérogations soient strictement limitées, encadrées et interdites la nuit et le weekend. » Mais ces élus Primo! insistent également pour qu’une charte « contraignante » soit mise en place. Objectif : encadrer du mieux possible les chantiers de construction et des concessionnaires, avec une série d’obligations. Notamment « l’obligation de sarcophages acoustiques limitant bruit et poussières, d’engins de chantiers moins bruyants, l’autorisation de l’usage de portiques, la mise en place de capteurs numériques » sans que cette liste soit exhaustive. Primo! demande aussi à ce que des contrôleurs de travaux soient recrutés, afin que les contrôles et les sanctions puissent être menés de façon réellement efficaces. Pour lutter contre le bruit, c’est la pause de doubles-vitrages dans les appartements des résidents mitoyens qui est mise en avant. Primo! a d’ailleurs sollicité le gouvernement à propos de la situation des riverains du stade Louis II, où les travaux ont commencé depuis plusieurs mois. La majorité a demandé à ce que soit envisagée la pose de doubles vitrages et de climatisations, pour éviter les désagréments vécus cet été. Autour des chantiers, il est aussi demandé à ce que les voies piétonnes soient accessibles à tous, y compris aux personnes handicapées et aux poussettes. Très clairement, c’est donc un durcissement de la politique de prévention et de répression que réclame la majorité du Conseil national. Enfin, il y a aussi la question de l’information. Pour que les nuisances soient mieux comprises, et donc mieux acceptées, Stéphane Valeri et Fabrice Notari estiment que les résidents doivent être informés « très en amont » et « de manière régulière ». D’une façon plus globale, ce courrier insiste sur un point crucial pour ce groupe politique : « L’intérêt général et la qualité de la vie à Monaco doivent prédominer sur les intérêts particuliers et corporatistes, liés par exemple à des manifestations, et que chacun doit s’adapter aux règles édictées au bénéfice de tous.  »

 

Logements domaniaux et nuisances : « Aucune contradiction » pour Primo!

Faut-il limiter la construction de logements domaniaux, afin de lutter contre la dégradation de la qualité de vie à Monaco ? Le 28 août, toujours sur la page facebook du Conseil national, la majorité Priorité Monaco (Primo!) est revenue sur cette interrogation. La réponse apportée est très claire. En effet, pour Primo!, la mise en place d’un plan national d’urgence pour le logement est une « priorité absolue ». Sachant que les « indispensables chantiers domaniaux à mettre en œuvre correspondent au démarrage d’une seule opération chaque année (une centaine d’appartements supplémentaires) », indique Primo!. Du coup, la majorité du Conseil national estime que le programme domanial, destiné à loger les Monégasques, ne peut pas être envisagé comme un facteur d’aggravation de la crise actuelle. Pour ces élus, cette situation est notamment à chercher du côté de « l’absence de planification, de la multiplication de programmes privés (parfois dans les mêmes quartiers), du non contrôle des dérogations de nuit et de weekend, de la privatisation inconsidérée de l’espace public, du non-respect des normes de bruit et de qualité des chantiers ». Au sein du plan global d’action soumis le 2 août 2018 par courrier au ministre d’Etat Serge Telle, la planification des chantiers occupe une place centrale. Pour les chantiers d’intérêt public, comme les logements domaniaux ou les équipements collectifs, Primo! juge qu’ils sont « prioritaires » et ne doivent pas faire l’objet de « délai supplémentaire à leur mise en œuvre, compte tenu de leur urgence ». Quant aux chantiers privés, ils doivent être soumis à un phasage, avec une règle simple : pas de démarrage de travaux si une autre opération est déjà en cours « dans le même périmètre ». Ces mesures doivent conduire à « moins de chantiers à l’avenir » et à des chantiers « plus vertueux », espère Primo!, qui ne voit donc pas « aucune contradiction entre vouloir bien loger tous les Monégasques, dont la situation le justifie, et la volonté de limiter le nombre de chantiers que subit la principauté ». R.B.

 

« D’une manière générale, rien n’est impossible »

Le conseiller-ministre pour l’équipement, l’environnement et l’urbanisme, Marie-Pierre Gramaglia, répond aux propositions du président du Conseil national, Stéphane Valeri, et de sa majorité, Priorité Monaco (Primo !), pour améliorer la qualité de vie en principauté.

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Comprenez-vous l’exaspération de la population confrontée aux problèmes de circulation et à la hausse des nuisances diverses ?

Bien entendu. Nous subissons tous des désagréments, et nous en sommes tous agacés, gênés, perturbés dans notre quotidien. Les membres du gouvernement, les fonctionnaires et les agents de l’Etat vivent en grande majorité en principauté et utilisent ses infrastructures au quotidien. Ces sujets font partie intégrante des réflexions et travaux du gouvernement. L’équation consiste à obtenir un équilibre parfait entre nécessités de développement et maintien du confort. Pour y parvenir, il faut continuellement adapter les mesures, intégrer les nouvelles normes, revoir les conditions…

Pourquoi ?

Parce que Monaco, ville-Etat, doit s’adapter et relever les défis de notre temps : il faut continuellement moderniser les infrastructures, pour faire face à l’augmentation du volume de circulation ; il faut entretenir les réseaux électriques et de distribution d’eau, pour assurer leur pérennité et répondre aux besoins des nouvelles constructions ; il faut entretenir la voirie ; et il faut répondre aux besoins de logements ; permettre les investissements et la création d’emplois. Et tout cela, principalement en reconstruisant la ville sur elle-même : entre 2010 et 2016, 55 000 m² ont été détruits et 300 000 m² ont fait l’objet d’autorisations de construire.

Ne craignez-vous pas que cela finisse par nuire à l’attractivité de la Principauté ?

L’objectif principal du gouvernement est de maintenir et de renforcer ce qui a toujours permis à Monaco d’être un lieu d’excellence, à savoir la santé, avec des équipes et des équipements de pointe et un nouvel hôpital en cours de construction, alors même que les services hospitaliers continuent d’être assurés. Mais aussi la sécurité, qui a toujours été et continue d’être un gage d’attractivité de la principauté. Il faut aussi citer l’éducation, avec des enseignements extrêmement qualitatifs et des établissements scolaires neufs qui verront le jour d’ici peu. Et enfin, l’entretien et le fleurissement des espaces publics.

Quoi d’autre ?

Des efforts conséquents sont mis en œuvre pour accompagner le développement de la principauté, qui fait son attractivité, notamment économique, et sont chiffrables. La population résidente, qui atteint aujourd’hui 38 300 habitants, a augmenté de 10 % en 10 ans. Il faut également considérer le doublement quotidien de cette population par les travailleurs transfrontaliers, qui sont en constante hausse. Monaco crée chaque année des emplois : +4 %, déjà, au premier trimestre 2018, par rapport à la même période en 2017. Tout cela représente un volume croissant de circulations de véhicules.

Le Conseil national réclame des « mesures concrètes » pour la population : que lui répondez-vous ?

Les élus sont nos partenaires : la qualité de vie est l’affaire de tous et toutes les idées ou propositions sont prises en compte et examinées. Mais nous savons tous que les miracles n’existent pas : en tout cas pas dans cette réalité complexe que nous venons d’évoquer.

Selon quelle logique travaillez-vous sur cette problématique ?

L’idée directrice est de repenser nos actions quotidiennes à l’aune de cette recherche d’un meilleur équilibre entre qualité de vie, attractivité et dynamique de construction. Cela touche donc à de nombreux aspects.

Comme quoi, par exemple ?

Le premier peut paraître simple : chaque opération, chaque manifestation, chaque ouverture de voirie doit être questionnée : à quel besoin cela répond il ? D’autres dispositifs sont ils envisageables pour y répondre ? À quelle échéance cela doit-il être réalisée ? Une remise en perspective de nos actions ne peut être que positive et on s’apercevra qu’une marge de progression est possible, simplement en remettant le sujet de la qualité de vie au cœur des réflexions.

Que faire face à la grogne qui s’amplifie face à la baisse de la qualité de vie en principauté ?

Ce sentiment d’exaspération peut être jugulé par un renforcement des contrôles. J’ai déjà initié des premières concertations sur ce sujet avec un certain nombre de professionnels. Et je dois dire que dans l’immense majorité des cas, tout le monde est motivé pour améliorer la situation et proposer des pistes en termes d’organisation, de moyens techniques, etc. Je pense donc que la plupart des acteurs joueront le jeu. Il y a également des réflexions pour moderniser la réglementation. Quand des règles du jeu deviennent obsolètes, des habitudes se prennent et il faut revoir les “process” pour que tout le monde soit traité de la même manière. Il n’y a pas de raison de laisser s’installer un sentiment d’impunité, ni de laisser aller.

Que faire face aux problèmes de circulation posés par les travaux de voirie ?

Dans mon domaine, concrètement, nous travaillons sur un séquençage des travaux d’entretien des réseaux. Ce sont des travaux indispensables, parce que nous ne voulons risquer aucun incident majeur, comme une panne de secteur, un quartier privé d’eau par exemple. Mais ces chantiers occupent le plus souvent la voirie. Donc ils agacent la population, qui n’en connait pas toujours la raison. Il faut reconnaître que c’est une équation difficile à résoudre.

Pour fluidifier la circulation, vous avez d’autres pistes ?

Concernant la circulation, nous avons déjà réalisé beaucoup d’ouvrages qui font maintenant partie du décor, et contribuent à absorber un flux sans cesse grandissant : le tunnel Albert II (en juillet 2016), la liaison Marquet (mars 2013) et la dorsale (août 2011). Nous cherchons à optimiser les schémas de circulation, notamment sur la place du Casino, à Fontvieille et au Larvotto. Bien entendu, chaque phase de test nécessite une période d’adaptation. Mais ce sont des étapes incontournables, et nous savons revenir en arrière lorsque ce n’est pas concluant. C’est le rôle du gouvernement de réfléchir à l’intérêt général et de regarder chaque sujet dans toutes ses dimensions, pour apprécier si une mesure mérite d’être poursuivie.

Le matin et le soir, Monaco est souvent paralysé par d’énormes bouchons ?

Pour les accès routiers à la principauté nous travaillons en étroite collaboration avec les autorités françaises pour fluidifier la circulation depuis l’autoroute. Nous mettons aussi en place des dispositifs d’information pour les usagers et de nouveaux équipements pour stopper le flux de véhicules en amont : parking frontière du Jardin Exotique et parking frontière à Testimonio II, qui est en cours de réalisation.

Beaucoup de résidents se plaignent aussi du bruit en principauté ?

Pour le bruit et les nuisances de chantier en général, nous finalisons actuellement les dispositions d’un arrêté ministériel qui devrait pouvoir être publié d’ici octobre 2018, pour imposer les matériaux, les dispositifs, modifier les horaires, lister les outils, les engins autorisés, etc.

Concernant les mesures pour améliorer la circulation, détaillées dans le courrier envoyé par Stéphane Valeri au ministre d’Etat, lesquelles vous semblent applicables et quand ?

Le courrier adressé par le Conseil national fait suite à deux commissions plénières d’études, des réunions gouvernement-Conseil national, tenues les 15 mai et 14 juin 2018. Ses différents points reprennent des réflexions qui sont, pour la plupart, déjà engagées, et qui seront évoquées à la rentrée avec l’assemblée.

Vous allez finalement créer la brigade de la circulation réclamée par Primo ! ?

Je vous l’ai dit. Le contrôle est nécessaire et je crois que le gouvernement est sensible à cet aspect. Nous évoquerons les moyens possibles lors des débats budgétaires. Nos réflexions visent essentiellement à combiner plusieurs actions pour aider à fluidifier la circulation. De nouveaux schémas de circulations sont régulièrement testés pour améliorer le trafic routier, notamment sur le boulevard des Moulins, sur la place du Casino, et dans le tunnel Albert II. Des agents de la sûreté publique viennent en renfort aux heures de pointe, en certains points de la principauté. Une régulation active est exercée par le Centre Intégré de Gestion de la Mobilité (CIGM), en collaboration étroite avec plusieurs services de l’Etat.

Vous allez laisser la route de la piscine ouverte pendant le Monaco Yacht Show, du 26 au 29  septembre 2018 ?

La route de la piscine est un axe sensible dont dépend la saturation du quartier. Nous n’envisageons jamais une coupure de cette route sans avoir étudié toutes les solutions possibles. Les besoins d’espaces et de circulation interne à l’événement sont trop importants pour ne pas fermer la route de la piscine à la circulation publique. Cela serait impossible à gérer, notamment en termes de sécurité. Néanmoins, des réunions de coordination ont lieu avec les organisateurs et tous les services de l’Etat concernés, pour veiller à une occupation des voies publiques qui respecte l’activité quotidienne de ce quartier si important pour notre schéma de circulation. Un dispositif d’intervention sera également mis en place avant, pendant et après la manifestation, pour s’en assurer.

Comment renforcer la cadence des bus, alors que les chauffeurs de la compagnie des autobus de Monaco (CAM) ont observé une grève historique de du 23 juillet au 12 août 2018 ?

Certaines lignes peuvent voir leur cadence augmentée, mais il faut aussi regarder la fréquentation générée. C’est un exercice annuel que nous faisons avec la CAM. Quant à la grève, elle est terminée depuis le 13 août dernier. Une commision paritaire entre le syndicat et la direction est en cours pour trouver une solution permettant de sortir de ce conflit. Pendant toute la durée du mouvement, plus de 100 collaborateurs non-grévistes ont assuré un fonctionnement de toutes les lignes desservies par la CAM, avec ainsi plus de 85 % du trafic assuré.

Allez-vous relancer le dossier des liaisons maritimes quotidiennes entre Monaco, Nice et Menton ?

Les conclusions qui avaient été données en leur temps restent valables aujourd’hui : les aléas de la houle entre Monaco et Nice sur une année entière rendent ce projet trop peu fiable et pratiquement irréalisable. En tous cas, le peu de probabilités pour que les liaisons fonctionnent régulièrement et efficacement, ne permettent pas d’envisager qu’il apporte une solution significative. De plus, les modèles économiques des projets présentés jusqu’alors au gouvernement entraîneraient une dépense de l’Etat sous forme de contribution par passager hors de proportion avec les sommes engagées par ailleurs dans les autres modes de déplacement comme les TER et les bus interurbains. Mais nous restons ouverts à toute proposition, car je crois en la nécessaire diversité des solutions pour résoudre nos problèmes d’accessibilité.

Allez-vous décaler la fermeture du circuit le vendredi du Grand Prix historique pour permettre notamment aux élèves de rejoindre leurs écoles plus facilement ?

Il est vrai que la fermeture le vendredi matin du circuit a occasionné des nuisances très importantes alors que l’activité de la Principauté n’était pas ralentie. Cette question est donc à l’étude avec l’automobile club de Monaco (ACM), qui sait également combien il est important, et difficile, de gérer les horaires d’ouverture et de fermeture du circuit pour s’assurer que les dispositifs de sécurité nécessaires sont en place en temps et en heure.

Quels sont les événements organisés en Principauté qui engendrent les plus grandes difficultés pour les Monégasques et les résidents ?

Tous les événements qui demandent à la ville ou une partie de la ville de se transformer pour rendre l’impossible possible : le Grand Prix de Monaco et son circuit dans la ville, unique au monde et tellement prisé de tous ; le Monaco Yacht Show, premier marché mondial de superyachts et mégayachts, qui transforme le port Hercule en une marina d’exception, accueillant les meilleurs professionnels de la planète yachting ; les Masters de Monte-Carlo, qui accueillent au Monte-Carlo Country Club le top 20 des tennismen mondiaux, sont des exemples. Mais une demi-finale de l’UEFA Champions League ou un match de Ligue 1 (L1) disputés au stade Louis II, un soir de semaine en pleine année scolaire, peuvent aussi engendrer des restrictions de circulation ou des changements de voies d’accès, même pour les piétons.

Du coup, faut-il réduire le nombre d’événements organisés toute l’année à Monaco ?

Comme en tout, il faut trouver le point d’équilibre. Monaco est une terre d’événements : la destination Monaco est très prisée pour le prestige qu’elle confère aux manifestations professionnelles organisées sur son sol. C’est un pan important de nos ressources et du dynamisme de notre secteur touristique. En termes de communication, ces événements de renommée mondiale contribuent à positionner Monaco sur la carte du monde : le tirage au sort de l’UEFA Champions League en août, le rendez-vous des assureurs en septembre, le Monaco Yacht Show en octobre, le Sportel en novembre, le festival du cirque en janvier, le salon Anti-aging en avril, les Grands Prix en mai, le festival de la télévision de Monte-Carlo en juin… Tous ces événements attirent ou invitent en principauté les acteurs majeurs de leur secteur et génèrent des retombées financières et médiatiques conséquentes.

Oui, mais on semble avoir atteint un trop plein, désormais ?

Néanmoins, il ne faut pas que le nombre d’événements et les mouvements qu’ils engendrent, notamment la circulation et la fréquentation de la Principauté, deviennent impossibles à contrôler. C’est avant tout un enjeu de sécurité. Mais outre ces événements incontournables, il reste de nombreuses manifestations pour lesquelles une réflexion doit être menée pour apprécier leurs retombées et estimer le coût/bénéfice apporté. En particulier lorsque leur organisation impacte la vie de tous les résidents.

Comment mieux encadrer ces événements, afin qu’ils n’aient plus un effet paralysant sur la vie locale ?

L’exiguïté de notre territoire et son attractivité rendent l’équation très complexe. Néanmoins, les services de l’Etat ont comme priorité de limiter les nuisances, tout en permettant un déroulement optimum de ces évènements.

A l’inverse, quelles mesures vous paraissent impossibles à mettre en œuvre ?

Rien n’est impossible. D’une manière générale, bien sûr. Le ministre d’Etat a d’ailleurs immédiatement répondu au président du Conseil national : « Les départements concernés ne manqueront pas de continuer à examiner vos propositions qui reprennent d’ailleurs des réflexions déjà engagées. Elles seront naturellement évoquées lors des échanges que nous aurons dès la rentrée. »

Quelles mesures absentes de cette lettre du Conseil national souhaiteriez-vous lancer ?

Ce point sera certainement à l’ordre du jour des prochaines discussions que nous aurons avec le Conseil national, à la rentrée.

Concernant les mesures pour lutter contre les nuisances des chantiers détaillées dans le courrier envoyé au ministre d’Etat, lesquelles vous semblent applicables et quand ?

J’ai évoqué la publication à la rentrée, d’un arrêté ministériel sur le déroulement des chantiers. Ses dispositions sont le fruit d’échanges positifs entre le Conseil national et le gouvernement. Elles font suite à différentes réunions tenues entre le gouvernement, le syndicat des promoteurs, la chambre patronale du bâtiment, le groupement des entrepreneurs et l’ordre des architectes.

Comment faire pour que l’intérêt général et la qualité de vie prennent le dessus sur les intérêts particuliers ?

Monaco est en perpétuelle mutation depuis déjà des décennies. Il serait réducteur de penser que la situation actuelle découle d’un manque d’équilibre entre tous les intérêts. C’est l’intérêt général qui guide la mise en œuvre de chantiers structurants pour Monaco : ceux qui permettent à la Principauté d’encaisser des recettes de TVA ou des droits de mutation pour les chantiers privés, qui abondent immédiatement le budget de l’Etat et garantissent la pérennité de notre modèle social. De plus, les chantiers publics permettent aussi d’absorber les besoins de nos nationaux en matière de logements, et de tous en termes d’équipements publics comme les écoles, les espaces culturels ou sportifs, les centres de santé, de surfaces commerciales et industrielles, de parkings, notamment. Enfin, il y a les chantiers qui viabilisent les réseaux de distribution d’électricité, d’eau, de technologies de l’information et de la communication, comme la fibre, internet, etc.

Comment voyez-vous évoluer la qualité de vie en principauté sur les 10 années à venir ?

En imaginant la ville de demain, dans le respect d’un développement durable, il s’agit de répondre aux besoins en matière d’urbanisation, d’aménagements urbains, de services etc. Mais une chose est sûre : il ne faut pas seulement mesurer les causes et les conséquences, il faut également apprécier ce qui a été réalisé ces 10 dernières années.

Des exemples ?

En matière d’infrastructure routière, le tunnel Albert II a permis un accès quasi direct vers Fontvieille. De plus, nous avons créé des outils de régulation comme le CIGM, renforcé et modernisé l’information des usagers avec le site https://www.infochantiers.mc/trafic. Les projets de reconstruction de la ville sur la ville sur un territoire étroit et enclavé représentent un challenge quotidien.

Et d’ici 2028 ?

Dans la décennie à venir, notre belle cité va s’étoffer d’un nouveau quartier dans l’anse du Portier. Il verra la construction de nouveaux logements domaniaux, d’un nouvel hôpital, d’un nouveau collège. Les entrées de ville seront remodelées, avec des parkings relais. De nouveaux modes de déplacements propres se mettront en place. Alors, bien sûr, il y a toujours un revers à tout projet de construction, car leur réalisation prend du temps. Et ce temps, c’est du bruit, des difficultés de circulation, des palissades. Mais on peut aussi en mesurer les bénéfices une fois qu’ils sont terminés.

 

 

journalistRaphaël Brun