Primo! : Pierre Brezzo
futur président ?

Raphaël Brun
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Le 27  septembre, à l’occasion de l’assemblée générale de Priorité Monaco (Primo!), Pierre Brezzo a présenté sa candidature à la présidence de ce mouvement politique. L’occasion aussi d’un dernier round politique avant le vote du budget rectificatif 2018.

C’est toujours un indicateur intéressant, même si c’est, bien sûr, loin d’être le seul. Le taux de remplissage d’une salle à l’occasion d’une réunion politique ouverte au public est de toute façon scruté de près, que ce soit par la formation politique organisatrice ou par ses adversaires. Or, c’est un fait : 7 mois après leur victoire sans partage à l’élection nationale de février 2018 avec 21 sièges remportés sur 24, Priorité Monaco (Primo!) fait toujours le plein. Le 27  septembre 2018, ils étaient environ 500 à s’être déplacé au Monte-Carlo Bay pour assister à l’assemblée générale de ce mouvement politique. Un an après avoir été lancé par Stéphane Valeri, l’effet Primo! fonctionne toujours à plein.

« Relais »

Cette assemblée générale devait notamment permettre de désigner un comité directeur élargi à une soixantaine de membres. Ce qui inclue les 21 élus du Conseil national, mais aussi d’anciens référents de Primo! et quelques nouvelles têtes, aussi. Egalement au menu de cette soirée : rapport financier, rapport moral et stratégie de soutien au groupe largement majoritaire à l’assemblée. Après une ouverture d’assemblée générale assurée par l’élue Marine Grisoul, c’est le président de la commission des finances du Conseil national, Balthazar Seydoux, qui a pris la parole. L’occasion pour lui de rappeler que, lors du vote du budget rectification 2018 les 8, 10 et 12  octobre 2018, les élus Primo! ne lâcheront rien face au gouvernement : « Nous nous apprêtons à voter, ou pas, le premier budget de cette nouvelle mandature. Le gouvernement commence seulement à prendre en compte les mesures contenues dans notre programme, validées par vous et attendues par l’ensemble de la population. Nous nous y sommes engagés, nous les défendrons tout au long de la mandature. » Candidat malheureux à l’élection de février 2018, Roland Mouflard a répété son désir de « continuer à être un relai entre la haute assemblée et les Monégasques ».

Critiques

Lorsque le président du Conseil national, Stéphane Valeri, est monté sur scène, ce fut d’abord pour remercier ses collaborateurs, tout en répondant aux critiques : « Notre groupe majoritaire peut compter sur trois assistantes d’élus ou attachées parlementaires […]. Mathilde Bellon Leclerc, qui par son expérience coordonne leur travail, avait déjà fait de la politique, mais dans une démarche concurrente [lors de la campagne pour l’élection nationale de février 2018, elle était candidate sur la liste d’Horizon Monaco (HM), avec Béatrice Fresko-Rolfo pour tête de liste — N.D.L.R.]. Et c’est bien la preuve que nous sommes un mouvement rassembleur, qui œuvre pour l’union des Monégasques et qui pour cela s’enrichit de toutes les compétences, sans sectarisme et sans esprit de clan. » Après avoir dit qu’il avait trouvé en arrivant un Conseil national « effacé » qui « ne faisait plus de politique et qui ne remplissait plus son rôle de partenaire institutionnel indépendant du gouvernement », Valeri a rappelé sa position et celle de Primo! : « Si le Conseil national ne doit plus être une chambre d’enregistrement, il n’est pas non plus pour nous une chambre d’opposition. Nous voulons pratiquer le « pas vers l’autre », pour reprendre l’expression de notre prince souverain. Mais, pour cela, il faut être deux. Et notamment lors de l’examen des lois de budget. » Or, au vu de la situation actuelle, le vote de la majorité ne semble pas acquis. C’est en tout cas ce qu’a laissé entendre Valeri : « Dans le contexte actuel, ce n’est donc pas, vous l’aurez compris, un vote acquis d’avance. Une loi de budget n’est pas une formalité. Le but n’est pas de voter contre, mais d’obtenir en échange d’un vote favorable, la prise en compte des principales mesures attendues par les Monégasques. » Stéphane Valeri a ensuite rappelé ses priorités et celles de sa majorité, à commencer par le logement des Monégasques, et réclamant « le lancement de la construction de 140 nouveaux logements domaniaux sur le Grand Ida et 200 minimum de plus sur l’opération dite Testimonio III, sans compter plusieurs opérations intermédiaires nouvelles, de dizaines et de dizaines de logements ». Le président du Conseil national a également évoqué la problématique de la qualité de vie en principauté (lire notre dossier publié dans Monaco Hebdo n° 1076).

SBM

« La population du pays a le droit à la tranquillité », a lancé Stéphane Valeri, tout en rappelant qu’il attendait une baisse du nombre de chantiers privés, notamment dans les quartiers où des travaux ont déjà été lancés. Valeri attend aussi un arrêté ministériel « promis par le gouvernement », qui interdira « toute dérogation de chantier les week-ends, les nuits et imposera des dispositifs de limitation du bruit, tels que des sarcophages acoustiques, des engins de travaux mieux insonorisés, ou encore des protections des logements au voisinage des chantiers ». Concernant la Société des Bains de Mer (SBM), et alors que cette entreprise dont l’Etat monégasque possède 59,47 % des parts vient d’accumuler plus de 167 millions de pertes sur les six derniers exercices (lire notre article publié dans Monaco Hebdo n° 1076), le président du Conseil national reste ferme : « Nous avons déjà obtenu une nouvelle école de jeux pour une douzaine de jeunes compatriotes. Cette école vient de démarrer. » Fustigeant « l’attentisme du gouvernement » vis-à-vis d’une entreprise dans laquelle l’Etat est majoritaire, Stéphane Valeri a expliqué sa méthode : discuter directement avec les dirigeants de la SBM. Ces discussions vont se poursuivre, a assuré, le président du Conseil national, notamment sur la question du respect de la priorité nationale et pour la relance du secteur des jeux, un secteur qui représentait 45 % du chiffre d’affaires consolidé de cette entreprise d’Etat en 2015-2016, contre seulement 41 % pour l’exercice 2017-2018.

« Garanties »

Le désormais président d’honneur de Primo!, Stéphane Valeri a aussi évoqué les « graves problèmes » rencontrés par « trop de chantiers publics » : « Jardins d’Appoline, Hélios, nouvel hôpital, parking de la Darse nord ou encore le chantier actuellement à l’arrêt de l’îlot Pasteur, qui doit accueillir notamment le futur collège Charles III… » Jugeant que le gouvernement doit se « remettre en cause », le leader de la majorité a une nouvelle fois demandé « l’application de la règle du mieux-disant, qui seule permet de payer le juste prix pour des prestations de qualité, un renforcement des procédures de suivi et de contrôle des entreprises, un encadrement strict de la sous-traitance et l’élimination de toute entreprise défaillante ou qui ne présentent pas toutes les garanties en termes de structure, d’effectifs, de financement et de compétences ». Estimant que la situation actuelle est une véritable « gabegie financière », Valeri a appelé à une réaction rapide et ferme de la part du gouvernement, pour que « plus jamais ne se reproduisent les désastres que certains de nos compatriotes subissent jusque dans leur logement ». Quant aux négociations entre Monaco et l’Union européenne (UE) pour un éventuel accord d’association, après avoir créé une commission sur ce sujet au Conseil national, Primo! promet, là encore, de rester ferme. Surtout que rien ne presse, a estimé Stéphane Valeri : « Sans traité avec l’UE, notre modèle économique et social est une réussite enviée de tous. Nous n’avons donc ni urgence à négocier, ni pression à subir. Nous n’avons aucune concession à faire en matière de priorité nationale ou sur l’accès réservés aux seuls Monégasques pour accéder aux professions réglementées. Nous devons pouvoir continuer à contrôler l’installation des résidents étrangers et l’installation des entreprises sur notre territoire. Sans ces garanties, sans respect de ces lignes rouges dans le temps, le Conseil national ne saurait ratifier un éventuel accord. »

« Communication »

Le président du Conseil national a aussi évoqué les critiques émises par quelques adversaires politiques, notamment sur les réseaux sociaux, comme Twitter ou facebook, à l’encontre de l’action de la nouvelle majorité : « Quelques opposants nous reprochent — c’est bien la preuve qu’ils n’ont pas grand chose à dire — bien au chaud derrière leur ordinateur ou leur smartphone, de trop communiquer. Et bien oui, si nous avons beaucoup à dire, c’est que nous travaillons beaucoup, et pour nous la communication, ce sont les explications que nous devons aux Monégasques, c’est la transparence qu’ils méritent, et c’est le suivi quasi quotidien de notre action dans tous les domaines pour respecter les engagements que nous avons pris devant eux. » Quant aux accusations qui font de Primo! une « secte » pilotée par un « gourou », Valeri les a balayées d’un revers de la main : « Je veux rassurer, encore et toujours les mêmes qui nous critiquent sans jamais rien proposer : nous ne sommes pas une secte, je ne suis pas un gourou, et les élus de Primo! ne sont pas des moutons. Nous avons tous les mardis en réunion du groupe majoritaire, des débats parfois animés, notamment avec nos jeunes élus qui amènent beaucoup de fraîcheur et tout le dynamisme de leur jeunesse. Et c’est souhaitable, et c’est constructif, car nous sommes un groupe vivant. Mais une fois une décision prise ensemble, nous sommes unis et solidaires. »

Arène politique

Souhaitant se consacrer à la présidence du Conseil national, Stéphane Valeri n’est donc plus président de Primo!. Il en est désormais président d’honneur. Pour lui succéder, il a appelé de ses vœux à la candidature de Pierre Brezzo. Président de l’union des commerçants et des artisans de Monaco (UCAM) pendant 25 ans, un syndicat professionnel qu’il a créé, Brezzo a soigneusement évité de se lancer en politique, pour se consacrer à d’autres activités. Observateur, mais pas acteur de la vie du Conseil national, il a, par exemple, participé aux travaux du Conseil économique et social (CES) de 2000 à 2011, mais aussi au comité directeur de la Chambre de développement économique (CDE), appelée aujourd’hui Monaco Economic Board (MEB). À partir de 2012, Pierre Brezzo a décidé d’abandonner cette vie associative pour entrer dans l’arène politique. « Pourtant, j’étais bien décidé à me consacrer uniquement à ma vie professionnelle et personnelle, ainsi qu’à mes engagements humanitaires », a raconté Brezzo, devant les militants. Référent pour Primo! lors de l’élection nationale de février 2018, l’ancien président de l’UCAM a motivé sa décision par une urgence : mettre « tous les moyens en œuvre pour que le Conseil national reprenne tout son poids institutionnel, et use de l’ensemble de ses prérogatives, prévues par notre Constitution ». Après avoir activement participé à la campagne électorale de 2018, Brezzo entend désormais devenir président de Primo!. Posant officiellement sa candidature, il a déjà fixé quelques objectifs : « Pour continuer le travail que nous avons commencé, nous réactiverons des PEP’S, nos fameux Pôles d’Ecoute et de Proposition, qui nous permettrons d’échanger sur les sujets majeurs. Notre mouvement, c’est non seulement un mouvement uni et soudé, mais c’est surtout une véritable force politique, active et durable, au service de nos élus. » Car c’est un mal endémique dans le paysage politique monégasque : il est souvent très difficile de parvenir à faire vivre activement un groupe politique en dehors des échéances électorales. C’est exactement à cette tâche que propose de s’atteler Pierre Brezzo, seul candidat déclaré au moment où Monaco Hebdo bouclait ce numéro, le 2 octobre 2018. « Ce comité directeur se réunira dans les prochains jours pour désigner un bureau exécutif en son sein, et pour décider de l’organisation de prochains PEP’s nouvelle formule », a précisé la vice-présidente du Conseil national, Brigitte Boccone-Pagès. A priori, et sauf surprise de dernière minute, le 22 octobre, le successeur de Stéphane Valeri à la tête de Primo! devrait donc s’appeler Pierre Brezzo.

 

Ils ont dit…

« Tu nous imprimes un rythme d’enfer, et je me demande parfois où tu trouves toute cette énergie. »

L’élue Primo! Karen Aliprendi, s’adressant à Stéphane Valeri.

« Chacun des 24 candidats a contribué à hauteur

de 5 000 euros, soit 120 000 euros, et les 200 000 euros restants ont fait l’objet d’une demande de prêt bancaire, qui sera remboursé lors du versement par l’Etat de 80 % des frais de campagne engagés. Ce montant devrait d’ailleurs nous être versé d’ici peu. »

L’élu Primo! Franck Julien, à propos du financement de la campagne pour l’élection nationale de février 2018.

« Si pour certains opposants sur les réseaux sociaux, qui ont largement perdu les élections, le temps de la campagne n’est apparemment pas terminé, Primo! est déjà dans l’action, aux côtés de ses élus, pour construire l’avenir de Monaco. »

Florence Descroix, membre du comité directeur de Primo!.

« Pour des raisons liées à la loi d’organisation de l’assemblée, notre groupe politique a fait l’objet d’une nouvelle déclaration d’association, composée de l’ensemble des élus de la majorité, ce qui nous a permis de pouvoir recruter trois collaboratrices (1) pour nous aider [comparable à des assistantes parlementaires — N.D.L.R.]. »

Brigitte Boccone-Pagès, vice-présidente du Conseil national.

(1) Mathilde Bellon-Leclerc est coordinatrice du groupe politique Primo!, appuyée par deux assistantes d’élus. Comme le prévoit le règlement intérieur et la loi d’organisation du Conseil national, ces emplois sont rémunérés par le groupe politique Primo! et par une enveloppe budgétaire. Chaque élu dispose du 1/24ème de cette enveloppe et peut l’utiliser pour salarier un ou plusieurs collaborateur(s). Le nombre de collaborateurs n’est pas limité.

journalistRaphaël Brun