Julien Moreau
Profession, éco-aventurier

Anne-Sophie Fontanet
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Originaire de Saint-Malo, Julien Moreau s’est lancé le défi fou de rallier Marseille à Monaco à la nage pour parler d’écologie. Parti de la cité phocéenne le 1er août, il a atteint le port Hercule 35 jours plus tard, après 290 km de brasses coulées. Epique !

Cinglé de l’écologie ou citoyen du bon sens ? « La folie, ce serait de rester immobile », tranche le Breton Julien Moreau, 29 ans. Depuis le mois de mai 2018, il enchaîne les performances sportives, en format triathlon : vélo, nage et course à pied. Parti de Paris au printemps, il a pédalé 4 500 km dans plusieurs villes de France de l’Alsace au Nord, de la Normandie à la Bretagne, du sud-ouest à Marseille. Avant de rallier par la mer Méditerranée la cité phocéenne à la principauté. Deux univers opposés qui ont permis à ce diplômé d’une école de commerce d’examiner les côtes sous un nouveau jour. Mardi 4 septembre, à 18h, il a terminé ce périple dans les eaux huileuses du port Hercule de Monaco, escorté par un petit zodiac. Une arrivée qui s’est faite sans l’ombre de la moindre fatigue. Tout sourire, Julien Moreau a expliqué sa démarche.

Planche écolo

Car au-delà de l’aspect sportif, c’est un message en faveur de l’environnement que ce sportif veut faire passer. En 35 jours, il a nagé environ 10 km par jour, soit 145 heures à patauger dans l’eau. Avec comme seul élément de survie, une petite planche de type surf en bois de fibre de lin. Conçu comme un sac à dos, cet élément écologique pèse 25 kg. Il y entrepose ses vêtements, sa nourriture, ainsi que le matériel de sécurité. Et bien entendu son téléphone portable, qui permet à tous les internautes de suivre son aventure. Julien Moreau longe les côtes françaises, où il a évolué de 100 mètres, à 3 kilomètres de distance du bord. « Ce qui était le plus dangereux, c’était les yachts et les jets ski qui ne me voyaient pas dans l’eau. J’avais la crainte de me faire renverser », admet-il. Pour autant, ce sportif reste confiant. La présence de multiples animaux marins ne l’a finalement pas perturbé dans son parcours. « Au début, j’étais complètement flippé qu’une bête attaque. Ce qui était fatigant, c’était de rester calme. » Inconscience ou naïveté, Julien Moreau ne s’embarrasse pas d’un trop plein d’émotions. « L’aventure, c’est mon rêve. L’écologie, ma conviction. » Il se dit aujourd’hui éco-aventurier, un métier qu’il couple avec ceux de conférencier et de lobbyiste. Car ce triathlon, s’il est mené à son terme, devra lui faire rencontrer près de 5 000 enfants à travers l’Hexagone pour les sensibiliser à une éco-école. C’est-à-dire une école responsable, sans pollution et qui implique les élèves à la protection de la planète. Pas étonnant qu’à Monaco, la main tendue soit venue de l’établissement de Kate Powers et Didier Rubiolo, le Stars’n’Bars. Ses gérants oeuvrent depuis de nombreuses années dans cette direction, et, eux-aussi, grâce au soutien des plus jeunes. Mauvaise nouvelle pour Julien Moreau : aucun établissement scolaire ne l’a reçu en principauté. En premier lieu, parce que le 4 septembre, la rentrée n’avait pas encore eu lieu. Un détail qui aura peut-être échappé à cet “addict” du sport. Comme celui de prévenir les ports de Monaco de sa présence… Le plus important semble ailleurs.

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« Dans la baie de Cannes, j’ai vu un filet fantôme illégal. Nous l’avons repêché avec des agents de la ville »

Julien Moreau. Eco-aventurier

 

Posidonie et plancton

Pendant qu’il nage, Julien Moreau observe l’accumulation des déchets dans la Méditerranée. « Dans la baie de Cannes, j’ai vu un filet fantôme illégal. Nous l’avons repêché avec des agents de la ville. » Et étonnamment, ce qui l’émerveille le plus, c’est le plancton. Il en a même fait des vidéos, où on peut observer un filament lumineux dans l’eau claire méditerranéenne. Un espoir selon cet aventurier, quand on sait que la majorité de l’oxygène de la planète provient de cet ensemble d’organismes végétal et animal. « Ça, les gens ne le voient pas. » Originaire des Côtes d’Armor, en Bretagne, Julien Moreau est ébahi devant un banc de posidonie en forme de cœur, à seulement quelques encablures de Monaco. Les 18 000 personnes qui suivent sa page Facebook ont en été les témoins. « J’ai choisi le triathlon pour ouvrir la porte des écoles. L’objectif, c’est la rencontre avec les jeunes. Je leur parle aventure et développement personnel. Je m’interdis d’abandonner », explique-t-il. Mais comment l’idée saugrenue de parcourir toute la France en vélo, à la nage et à pied lui est-elle venue ? Un déclic, explique-t-il. Celui d’un CDI décroché dans une agence événementielle qui, au lieu de le réjouir, l’a profondément angoissé. « J’ai vu toute ma vie défiler… Et comme j’ai toujours eu une sensibilité écologique, je voulais être acteur, pour faire changer les choses. » Pour intéresser les sponsors, lui qui a dû renoncer à un salaire, à un appartement et à une stabilité, a opté pour la grande aventure : 4 500 km à vélo, 290 km à la nage et 1 200 km à pied. Faut-il vraiment en faire autant pour intéresser le public ? « C’est grave ce qu’il se passe. Je ne suis pas déçu, c’est pire que ça ! Il faudrait une grosse claque et un traumatisme pour qu’on comprenne », s’emporte-t-il. Alors, en plus de la dimension sportive, Julien Moreau prend son bâton de pèlerin pour aller toquer à la porte des députés français. Mais les premières avancées sont timides. Un amendement voté par les parlementaires français, le 28 mai 2018, interdit désormais les bouteilles plastiques dans les cantines scolaires, quand l’eau est potable. Encourageant aux yeux de ce sportif, mais plutôt faible par rapport aux efforts surhumains engagés. Lui, fourmille d’idées : que le tri sélectif soit obligatoire dans les écoles, par exemple. « Je ne comprends pas que ce ne soit pas la norme. Mais cela prend du temps. Et c’est au bon vouloir des directeurs et des professeurs d’école. Une fois que j’aurai validé le bon sens dans les écoles, je pourrais arrêter. » Il faudra d’abord finir le triathlon. Un millier de kilomètres vers Paris en courant. Pour Julien Moreau, cela semble une formalité. « Le plus dur est fait. » Ce n’est pourtant qu’à la fin du mois d’octobre que le public verra si le Breton a réussi son défi.

 

Pour suivre Julien Moreau : www.julienmoreau.org ou sur Facebook, Julien Moreau éco aventurier.

journalistAnne-Sophie Fontanet