Place du Casino piétonnisée Stéphane Valeri dit stop

Raphaël Brun
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En partie réservée aux piétons depuis le mois d’août, la place du Casino cristallise la colère d’un bon nombre de salariés, mais aussi de touristes et de résidents, qui estiment que ce test est un fiasco. Le président du Conseil national, Stéphane Valeri, réclame même l’arrêt de cette expérimentation dans les meilleurs délais.

Depuis le 9 août, la place du casino teste un nouveau plan de circulation. « L’opération, qui se déroule sous l’égide de la Société des Bains de Mer (SBM), de la direction de la sûreté publique et de la Direction de l’Aménagement Urbain (DAU), se poursuivra tout l’automne. Ses résultats seront analysés en fin d’année », indique un communiqué du gouvernement, publié le 8 août 2018. Un nouveau plan qui prévoit notamment la « piétonisation » de la place du casino. Objectif de cette expérimentation : « Rendre la zone Café de Paris-Casino piétonnière pour un espace totalement accessible et sécurisé. Et maintenir et fluidifier le flux de circulation des véhicules », explique le gouvernement. Mais très vite, les plaintes ont afflué.

Incompréhension

À commencer par les voituriers, désormais obligés de faire demi-tour devant l’hôtel de Paris, tout comme les clients. En effet, les voitures ne peuvent plus circuler devant le casino de Monte-Carlo et le Café de Paris. Pour les véhicules venant de l’avenue d’Ostende et de l’avenue de Monte-Carlo, ils sont obligés de passer devant l’hôtel de Paris (voir le schéma de circulation par ailleurs). Autre problème : la circulation reste compliquée et l’accès par l’avenue de Monte-Carlo est chaotique, à cause de ce demi-tour imposé devant l’hôtel de Paris. De plus, les manœuvres que doivent effectuer les voituriers peuvent aussi se révéler difficiles à accomplir, à cause des nombreux piétons présents dans cette zone. Si certains saluent ce changement de circulation, le sentiment général reste majoritairement négatif. Parmi les reproches qui reviennent le plus souvent, l’incompréhension face aux véhicules qui passent devant l’hôtel de Paris et la terrasse du Louis XV-Alain Ducasse. Mais aussi l’impossibilité de pouvoir admirer les voitures de luxe devant le Café de Paris en buvant un verre.

« Flux »

Fin août, le président du Conseil national, Stéphane Valeri, s’est rendu sur place pour mieux comprendre. Dans un communiqué, il n’hésite pas à qualifier cette expérimentation d’« échec », dans la mesure où elle a, selon lui, généré « plus d’inconvénients qu’elle n’a apporté d’avantages. » Les discussions qu’a pu avoir Stéphane Valeri avec les salariés et les « personnes directement concernées sur place » ont débouché sur une réaction qu’il juge « quasi-unanime » : ce nouveau plan de circulation « a dégradé la situation de tous ». Rappelant que ce test « n’était demandé par personne », le président du Conseil national estime que l’un des objectifs poursuivis par le gouvernement, à savoir fluidifier la circulation, n’est absolument pas atteint : « Les nombreux clients de la SBM ou de la salle Garnier, stoppent le flux en laissant leur véhicule aux voituriers. De plus, ces derniers sont obligés d’effectuer des manœuvres longues et périlleuses au milieu des piétons. Si je n’ai rien, bien sûr, contre la création de nouvelles zones piétonnes, ce n’est donc certainement pas le lieu pour le faire. »

« Problématique »

Quant à la sécurité, qui est un autre argument avancé par le gouvernement pour justifier cette opération, là encore, le pari n’est pas gagné, juge Stéphane Valeri : « Il s’agissait de séparer le flux des piétons de celui des voitures, en modifiant un système pourtant en place depuis des décennies et qui a fait ses preuves. Si la sécurité doit être l’affaire de tous, force est de constater que les piétons se sont rabattus devant l’hôtel de Paris et que la problématique soulevée est simplement déplacée de quelques mètres devant l’établissement. » Pour le président du Conseil national, les clients de la SBM sont aussi mécontents, car ils seraient « parfois » contraints d’attendre « jusqu’à 25 minutes » les voituriers contraints d’aller chercher les véhicules au parking des Boulingrins. En cause : un stationnement devant l’hôtel de Paris « quasi-intégralement » supprimé. Mais ce n’est pas tout. Ce test génère une série de questions : « Que diront les convives quand les terrasses de l’hôtel de Paris rénové à grands frais, seront ouvertes sur un flot ininterrompu de véhicules ? Jusqu’où cela nous mènera-t-il lors des soirées de l’opéra ou des futurs galas de la salle Empire rouverte ? Comment ne pas penser aussi aux salariés directement concernés, qui voient leurs conditions de travail fortement se dégrader au contact d’une clientèle insatisfaite ? », se demande Stéphane Valeri.

Logique

Et puis, il y a aussi l’image de la principauté. « Cette mesure dénature la vocation traditionnelle de ce lieu emblématique de la Principauté qu’est la place du Casino, estime Stéphane Valeri. Or, il est important d’entretenir le mythe de Monte-Carlo, le spectacle de ces voitures exceptionnelles stationnées devant l’hôtel, qui ravit les innombrables visiteurs de notre pays. » C’est donc un constat sans appel que dresse Stéphane Valeri. S’adressant au gouvernement, il lance un appe l : « Je demande l’arrêt de cette expérience dans les meilleurs délais. » Reste désormais à savoir comment réagira le gouvernement face à cette grogne. Pour aller au bout de sa logique et disposer d’une période d’expérimentation suffisante, il pourrait décider de se tenir à ce qu’il a avancé début août, avec une poursuite de ce test pendant tout l’automne. Et un décryptage des conclusions en fin d’année. À suivre.

 

journalistRaphaël Brun