21 jours de grève
et toujours pas de solution

Sophie Noachovitch
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Du 23 juillet au 12 août, les conducteurs de la compagnie des autobus de Monaco ont tenu un mouvement de grève sans précédent dans l’histoire de la principauté. A l’origine de la grogne : une modification des plannings imposant des coupures — non payées — dans la journée de travail.

Sur près de 90 agents du personnels roulants de la compagnie des autobus de Monaco (CAM), 30 conducteurs ont cessé le travail du lundi 23 juillet au dimanche 12 août. La direction assure quant à elle que seuls 22 % des conducteurs étaient en grève. Un mouvement inédit dans l’histoire de la CAM, « une vieille dame » créée en 1939, précise Roland de Rechniewski, directeur de la compagnie, déclenché par la décision de la direction de la CAM, en juin, de supprimer la journée continue de travail pour mettre en place la journée à coupures. « Dans le cadre du service continu, les conducteurs disposaient d’une pause repas associée à une prime de repas décalé, précise Redah Bouhlel, délégué syndical et représentant syndical de la CAM. La direction a mis en place la journée avec coupures. Des coupures non payées, contrairement aux pauses repas. » Redah Bouhlel dénonce par ailleurs une manœuvre de la direction qui aurait consisté à demander à chaque salarié s’il était d’accord pour renoncer à cette prime de repas décalé. « La direction a demandé aux salariés à se prononcer individuellement. Selon nous, c’est illégal, lance le délégué du personnel. Un salarié, à titre individuel, ne peut pas renoncer à un élément de la convention collective. Il n’a d’ailleurs pas de raison de renoncer à un droit. »

Weekend et cadence

Autre point de désaccord, la journée de six jours. Les chauffeurs de bus monégasques ne disposent en effet que d’un jour de repos par semaine. Ils réclament donc la mise en place d’un weekend complet par mois. Le dernier point de revendication concerne les cadences, jugées beaucoup trop resserrées, mettant sous tension les conducteurs et in fine, dégradant la qualité du service et la sécurité des usagers selon le syndicat. Au cours de la grève, Roland Rechniewski indique qu’un service acceptable a pu être maintenu en cette période estivale. Deux journées de manifestation ont été organisées par les conducteurs en grève, les 2 et 9 août. Lors de la seconde manifestation, Marie Paule, du syndicat des autobus de Monaco a pris la parole, martelant que « les usagers sont au cœur de notre mobilisation ». Elle a également dénoncé la direction de la CAM qui « nous méprise, nous ment, nous diffame ». Pourtant, le directeur de la compagnie tempère : « La CAM a une culture de la communication. Et nous avons pour objectif de satisfaire au mieux nos salariés. C’est dans notre intérêt qu’ils se sentent bien au travail, afin d’avoir un service de qualité. »

Discussions

Néanmoins, les discussions n’ont pas abouties entre le syndicat, soutenu par l’Union des syndicats de Monaco (USM), et la direction. Le 7 août dernier, les salariés ont donc sollicité, comme leur convention collective le stipule, précise Redah Bouhlel, la création d’une commission de conciliation, chapeautée par un représentant de l’administration nommé par la direction des affaires sociales et de la santé. Alors que Monaco Hebdo bouclait ce numéro le 4 septembre 2018, deux réunions avaient eu lieu les 22 et 27 août. Une prochaine se déroulera le 5 octobre. « Le 7 août, nous avons présenté un projet de propositions à la commission, retrace Redah Bouhlel. Le 22 août, nous avons exposé ces revendications. Le 24 août, on nous a remis de nombreux documents en retour. Nous sommes désormais en phase d’analyse de ces documents. » Suite aux premiers échanges avec la commission, les conducteurs grévistes ont choisi de suspendre leur mouvement. Ils n’excluent pas de le reprendre si les discussions n’aboutissaient pas dans le sens qu’ils espèrent. « Depuis, la direction a supprimé deux services à coupure pour les remettre en service continu. Mais les autres sont encore en service à coupure, précise le délégué syndical. On espère vraiment trouver une issue favorable ».

« Conviction »

Roland de Rechniewski aspire lui aussi à ce que les discussions aboutissent à un accord. « Je ne voudrais pas compromettre les discussions, mais ce que je peux dire, c’est qu’il y a un choix technique à faire, d’autant plus que les conducteurs sont employés aux 35 heures et non à 39 heures, comme les autres salariés de Monaco. Si nous voulons assurer un service de qualité pour nos usagers, 7 jours sur 7 et 364 jours par an, il y a des choix à faire, explique-t-il. Aussi, les discussions de la commission ont deux objectifs : le premier de proposer un service de qualité aux usagers et le second, que cela se passe avec le sourire. C’est-à-dire que le personnel ait la conviction que la direction fait ce qu’il faut pour qu’ils soient bien afin de restaurer un climat de confiance. » La décision devrait être prise à l’issue de la prochaine réunion, le 5 octobre.

 

journalistSophie Noachovitch