Culture Sélection
de juillet 2018

Raphaël Brun
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The-Disaster-Artist-de-James-Franco

The Disaster Artist

de James Franco

“Culte”. Comment faire un film quand on n’y connaît rien ? C’est à peu près ce qu’a essayé de faire Tommy Wiseau en 2003. Cet artiste débordant de bonne volonté et d’énergie, finira par sortir The Room, que certains considèrent comme étant l’un des plus mauvais films de toute l’histoire du cinéma. Ce qui vaut désormais à ce long-métrage d’être devenu « culte » pour certains. James Franco a évidemment beaucoup de tendresse pour Tommy Wisseau, dont il interprète le rôle. Né le 19 avril 1978, il est désormais temps pour Franco de porter un regard ironique sur l’industrie du cinéma. Le scénario de Scott Neustadter et Michael H. Weber est adapté du récit que Greg -Sestero, l’un des acteurs de ce film catastrophe, a fait du tournage de The Room. Avant James Franco, en 1994, Tim Burton s’est intéressé au réalisateur Ed Wood, se cherchant un univers commun avec lui. Plus distancié, Franco est davantage dans le registre de la comédie.

The Disaster Artist de James Franco, avec James Franco, Dave Franco, Seth Rogen (USA, 1h44, 2018), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray).

 

Ghostland-de-Pascal-Laugier

Ghostland

de Pascal Laugier

Radical. Une vieille maison, une famille, des événements violents, de vieilles poupées… On se souvient notamment de Pascal Laugier pour Martyrs (2008), un film dont la violence avait ému et provoqué le débat. Avec Ghostland, frappé d’une interdiction aux moins de 16 ans, Pascal Laugier confirme que sa vision et sa radicalité priment sur les opinions des uns ou des autres. Son film est un véritable cauchemar, mais c’est surtout une construction brillamment élaborée. On croise aussi dans ce récit fantomatique, Mylène Farmer, qui apporte à Ghostland toute son aura mystérieuse. Les références de Laugier sont nombreuses, d’Howard Phillips Lovecraft (1890-1937) à Rob Zombie ou John Carpenter. Ghostland a très largement mérité le Grand Prix du jury du festival de Gérardmer 2018.

Ghostland de Pascal Laugier, avec Crystal Reed, Anastasia Phillips, Emilia Jones (FRA/CAN, 1h31, 2018), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray).

Game-Night-de-Jonathan-M.Goldstein-et-John-Francis-Daley

Game Night

de Jonathan M. Goldstein et John Francis Daley

Calibré. Annie et Max trompent l’ennui en organisant une soirée à thème avec leur famille et des amis autour du thème du polar. Sauf que cette fois, Brooks, le frère de Max, semble avoir réellement disparu. Game Night est à envisager comme un petit plaisir estival, une comédie légère, peuplée de gags totalement absurdes. L’équipe à qui l’on doit Comment tuer son boss (2011), joue avec ce qui relève du vrai ou du faux. Qu’est-ce qui est joué ? Qu’est-ce qui fait partie de ce jeu ? Comme dans The Game (1997) de David Fincher, rien n’est sûr. Si l’ensemble est très calibré, Game Night reste une comédie suffisamment efficace pour être fréquentable.

Game Night de Jonathan M. Goldstein et John Francis Daley, avec Jason Bateman, Rachel McAdams, Kyle Chandler (USA, 1h39, 2018), 14,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray). Sortie le 22 août 2018.

The-Third-Murder

The Third Murder

de Hirokazu Kore-eda

Justice. Et si Misumi était innocent ? Déjà condamné pour meurtre il y a 30 ans, Misumi a pourtant avoué le vol et l’assassinat de son patron. Il risque la peine de mort. Mais, plus l’enquête avance et plus son avocat, Shigemori, est convaincu que son client n’y est pour rien. Misumi, interprété de façon impressionnante par Kôji Yakusho, montre des failles et se révèle plus ambigu et complexe que prévu. On ne l’attendait pas dans ce registre, mais Hirokazu Kore-eda impressionne avec ce polar judiciaire. Il questionne également l’institution judiciaire, son rôle et son fonctionnement : la justice doit absolument parvenir à un verdict, et cela est prioritaire sur la vérité. Subtil, le film d’Hirokazu Kore-eda est porté par une mise en scène d’une sobriété et d’une maîtrise totale.

The Third Murder de Hirokazu Kore-eda, avec Masaharu Fukuyama, Kôji Yakusho, Suou Hirose (JAP, 2018, 2h05), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray). Sortie le 5 septembre 2018.

Brasier-noir-de-Greg-Iles

Brasier noir

de Greg Iles

Trilogie. Ce n’est que le premier volume sur un total de trois et il est copieux : ce polar noir de Greg Iles, qui promet beaucoup, compte très exactement 1 056 pages. Dans les années 1960, des Etats du sud de l’Amérique sont le lieu d’opérations très violentes du Ku Klux Klan. À l’époque, beaucoup de monde savait, mais le silence était la règle. La haute société locale participait parfois à ces crimes. Sous Herbert Hoover (1874-1964), le FBI ne va pas au fond des dossiers et classe sans suite les enquêtes les plus embarrassantes pour l’establishment. Greg Iles a grandi à Natchez, une ville du Mississippi d’un peu plus de 15 000 habitants. C’est aussi là que se passe l’essentiel de l’action de ce premier volume à ne rater sous aucun prétexte.

Brasier noir de Greg Iles, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Aurélie Tronchet (Actes Sud), 1 056 pages, 28 euros.

Le-Coeur-et-la-Raison-de-Dorothy-Leigh-Sayers

Le Cœur et la Raison

de Dorothy Leigh Sayers

Oxford. Publié à l’origine en 1935, Le Cœur et la Raison, de Dorothy Leigh Sayers (1893-1957), est un roman policier à découvrir, ou à redécouvrir. Très peu diffusé à Monaco et en France, Le Cœur et la Raison a été traduit une première fois en français en 2012 par les Presses universitaires du Septentrion. Soit une attente de 77 ans, gommée une deuxième fois par cette nouvelle édition, assurée cette fois par Libretto. Quelque-part entre Agatha Christie (1890-1976) et P.D. James (1920-2014), Dorothy Leigh Sayers s’est imposée parmi les plus grands auteurs de romans policiers anglais de l’entre-deux-guerre. Le Cœur et la Raison, se déroule à Oxford, dans les années 1930, dans une Angleterre corsetée, où l’écrivain Harriet Vane, un double de Dorothy Leigh Sayers, va mener une enquête, épaulée par son conjoint, l’aristocrate détective Lord Peter Wimsey. Entre questions sociétales et évolutions des mœurs, ce roman est finalement très actuel.

Le Cœur et la Raison de Dorothy Leigh Sayers, traduit de l’anglais par Daniel Verheyde (Libretto), 688 pages, 15,80 euros.

Easy-Money-de-David-Simon

Easy Money

de David Simon

Crack. La série TV culte The Wire, considérée comme l’une des meilleures série policière au monde, a pour origine ce livre. Dans Easy Money, David Simon raconte son Baltimore, celui des années 1980. Alors journaliste de seulement 26 ans au Baltimore Sun, il passera trois ans à interroger, en prison ou à l’extérieur, Melvin Williams, dit « Little Melvin », considéré comme le parrain local. Mis sur écoute par la police, Little Melvin tombe en 1985. En janvier 1987, Simon publie une série de cinq articles Easy Money (sous-titré : Anatomie d’un empire de la drogue). Tout y passe : réseaux, corruption, compromissions… Baltimore est ébranlée par ces révélations. Témoin privilégié, respecté par la police et par les voyous, David Simon raconte la guerre meurtrière qui se déroule sous ses yeux, pendant les années Reagan, où le crack est partout. En 1991, il publie Homicide (Baltimore pour l’édition française), dernier jalon avant les 60 épisodes de l’immense série TV, The Wire.

Easy Money de David Simon, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jérôme Schmidt (Inculte Editions, collection Barnum), 112 pages, 8,90 euros.

L-histoire-des-3-Adolf-volume-1-et-2-Osamu-Tezuka-volume-2

L’histoire des 3 Adolf (volume I et II)

d’Osamu Tezuka

Saga. Le mangaka Osamu Tezuka (1928-1989) aurait eu 90 ans en 2018. Les éditions Delcourt/Tonkam rééditent en deux volumes, et dans une superbe édition, L’histoire des 3 Adolf (1985). Tezuka raconte les aventures du journaliste sportif Sohei Togué, venu couvrir les Jeux Olympiques (JO) de 1936, à Berlin. L’occasion de revoir son frère, Isao, qui vit en Allemagne. Ce dernier prétend détenir un secret capable de faire trembler Hitler, lui-même. Sohei retrouve son frère assassiné et se lance à la recherche du meurtrier. Cette magnifique saga s’étend de 1936 à la Seconde Guerre mondiale, et prend fin avec la montée en puissance du conflit israélo-palestinien.

L’histoire des 3 Adolf, volume I et II d’Osamu Tezuka, traduit du japonais par Jacques Lalloz (Delcourt/Tonkam), 624 pages et 736 pages, 29,99 euros chaque volume.

L-arbre-de-mon-pere

L’arbre de mon père

d’Emilie Saitas

Nostalgie. « Mémoires d’une famille grecque en Egypte (1948-1955). » Le sous-titre de la BD d’Emilie Saitas, L’arbre de mon père, explicite ce projet, qui a nécessité un énorme travail de préparation. En effet, pour rester le plus fidèle possible à la mémoire de sa famille grecque dans l’Egypte Nasserienne, plus de trois ans d’entretiens et de recherches auront été nécessaires. Comme elle l’explique sur son site, Emilie Saitas s’est intéressée, entre autres, à « la mémoire familiale, l’immigration, l’identité, l’histoire de l’Egypte et des égyptiotes ». Vaste programme et jolie réussite que cette BD, qui retrace le parcours de Kosta dans l’Égypte de l’après Seconde Guerre mondiale. Politiquement, c’est une période charnière pour ce pays, qui souhaite alors peu à peu s’émanciper du protectorat britannique. Graphiquement, c’est superbe, avec des planches colorées, et une douceur du trait qui évoque la nostalgie du temps qui passe.

L’arbre de mon père d’Emilie Saitas (Cambourakis), 128 pages, 22 euros. Sortie le 22 août 2018.

Wet-Will-Always-Dry-Blawan

Wet Will Always Dry

Blawan

Premier. Huit titres pour ce premier album signé Blawan, c’est peu, mais c’est mieux que rien. Depuis 2011, ce producteur et DJ anglais, qui a lancé son label Ternesc en 2015, n’avait publié que des EP. Et, jusqu’à présent, les fans de techno connaissaient surtout Jamie Roberts, alias Blawan, pour Why They Hide Their Bodies Under My Garage ?, un titre qui remonte à 2012. Les fans de rock ont entendu, pour leur part, le remix de Radiohead, Bloom, publié sur l’album TKOL RMX 1234567 (2011). Wet Will Always dry débute par Klade, un morceau construit autour d’une vibration synthétique. Il faut aussi absolument écouter Vented, un titre à la techno ravageuse. On peut également se laisser porter par les basses très “groovy” de Careless, un titre parfait pour danser jusqu’au bout de la nuit.

Wet Will Always Dry, Blawan (Ternesc), 17,35 euros (vinyle), 9 euros (MP3/Flac/Wave).

Sink-Ya-Teeth-Sink-Ya-Teeth

Sink Ya Teeth

Sink Ya Teeth

Dance. Sink Ya Teeth, un duo venu de Norwich (Angleterre), composé de Maria Uzor and Gemma Cullingford, vient de sortir un premier album éponyme très documenté. Toute la culture historique de la dance se trouve entre les mains de ces deux Anglaises. On sent, par exemple, que l’électro froide de New Order, ou que le sens du rythme de LCD Soundsystem ne sont jamais bien loin. Leur très bon titre If You See Me en est un bon exemple. Mais Maria Uzor and Gemma Cullingford ont aussi leur personnalité. Elles parviennent ainsi à faire quelque chose de nouveau avec de la musique du passé. De la dance music des années 2000. Et au-delà.

Sink Ya Teeth, Sink Ya Teeth (Hey Buffalo Records), 9,99 euros (MP3), 19,99 euros (vinyle).

Byen-Bjorn-Torske-(Smalltown-Supersound)

Byen

Bjørn Torske

Polymorphe. Né en 1971 à Tromsø, Bjørn Torske a notamment fait parler de lui à travers ses collaborations avec Röyksopp. Mais c’est seul qu’il revient aux affaires, avec un cinquième album. Depuis Kokning (2011), ses fans attendaient. Il faut dire que Bjørn Torske aime prendre son temps. Depuis son premier album, Nedi Myra (1998), il s’écoule toujours au minimum trois ans entre deux disques. Byen est une création polymorphe, qui sait surprendre son auditoire. Après l’ouverture de cet album par le titre aux relents jazzy, First Movement, Clean Air change tout, pour aller flirter avec l’ambient,

avant d’évoluer, grâce à un piano et à un rythme irrésistible, qui vous conduiront irrémédiablement vers le dancefloor le plus proche.

Byen, Bjørn Torske (Smalltown Supersound), 26,99 euros (vinyle), 13,99 euros (CD).

journalistRaphaël Brun