Monaco Marine, un chantier
pour les superyachts à Marseille

Sophie Noachovitch
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En décrochant l’appel d’offres du bassin Mirabeau, sur le port de la cité phocéenne, l’entreprise dirigée par Michel Ducros va investir 50 millions d’euros. Et elle va pouvoir ajouter à son portefeuille la maintenance des super yachts jusqu’à 130 mètres de long.

Des mastodontes de 6 000 tonnes s’élevant au-dessus du bassin Mirabeau du port de Marseille. D’ici 4 ou 5 ans, Monaco Marine, spécialiste dans la maintenance et le refit [réaménagement cosmétique à l’intérieur du bateau — N.D.L.R.] des yachts de luxe, pourra entretenir des super yachts jusqu’à 130 mètres de long. C’est le résultat de l’appel d’offres remporté le 22 juin 2018 par cette entreprise basée à Monaco et créée par Michel Ducros (lire son portrait publié dans Monaco Hebdo n° 1063). « Jusqu’à présent, on pouvait traiter ces navires à flot ou à forme de radoub [un bassin qui permet l’accueil de navires et leur mise à sec pour leur entretien, leur carénage, leur construction, ou même leur démantèlement — N.D.L.R.], raconte François Vila, responsable marketing et communication de Monaco Marine. Lorsque les travaux seront terminés à Marseille, on pourra traiter jusqu’à quatre super yachts en même temps sur le terre-plein. » Un véritable atout pour cette entreprise, qui dispose d’ores et déjà de six chantiers de maintenance à la Ciotat, à Monaco, à Saint-Laurent-du-Var, à Beaulieu-sur-Mer, où se situe le siège social, sur le Golfe de Saint-Tropez et à Antibes.

« Unique »

Ce réseau de chantiers permettait jusqu’alors d’entretenir des navires de presque tous les segments du marché : les moins de 24 mètres, puis les yachts de 24 à 40 mètres et enfin, les super yachts de 40 à 80 mètres sur le chantier de la Ciotat depuis 2002. Mais pour Monaco Marine, active depuis 20 ans sur la Côte d’Azur, il n’était pas possible de sortir de l’eau les yachts de taille supérieure. « Cela augmente notre capacité d’intervention. Les yachts de plus de 80 mètres correspondent à un segment qui jouit d’un grand dynamisme, souligne François Vila. Il y a 20 ans, les plus grands yachts ne mesuraient que 100 mètres. Aujourd’hui, le plus long fait 180 mètres. » Dorénavant, les navires de plus 80 mètres correspondent à 88 % du marché de Monaco Marine. Si leur nombre est réduit au regard de la flotte mondiale des yachts qui s’élève à près de 6 500 navires — on parle de 120 yachts de plus de 80 mètres —, leur entretien constitue un business très intéressant. « Il faut compter environ 10 % de la valeur d’achat du super yacht par an d’entretien, dont 2 à 4 % de maintenance annuelle, comptabilise le responsable marketing. Quand on sait qu’un super yacht s’achète pour plusieurs centaines de millions d’euros, cela représente donc plusieurs millions par an. Chaque yacht est unique. C’est de l’artisanat, presque de l’art. »

« Long terme »

Pour entretenir ces super yachts, Monaco Marine investit 50 millions d’euros sur les 50 000 m2 du bassin Mirabeau. « Nous mettons en place un outil pharaonique. Nous construisons un ascenseur pour sortir de l’eau des bateaux de 6 000 tonnes. C’est assez impressionnant, commente François Vila. Pour Monaco Marine, c’est un investissement sur du long terme, car nous avons obtenu une concession de 53 ans. Notre actionnaire et la famille Ducros, propriétaire de Monaco Marine, sont vraiment dans une perspective de long terme. » La situation géographique de l’entreprise est un atout indéniable dans cette perspective. « La French Riviera et la Côte d’Azur constituent une destination touristique. Notre ambition est qu’elles soient reconnues comme la destination technique n° 1. » Monaco Marine comptabilise ainsi 3 000 entrées de bateaux par an dans ces chantiers. Ce qui correspond à environ 10 % de parts du marché à l’échelle mondiale. L’entreprise ambitionne d’atteindre 20 % d’ici une dizaine d’années.

« Polyvalence »

La politique de développement de cette entreprise, qui ouvrira un autre nouveau chantier à la Seyne-Toulon en octobre 2018 pour les yachts de 28 à 55 mètres, se positionne sur une maintenance et un refit de haute qualité. Elle dispose aussi d’un segment “project management”. « L’objectif est d’accompagner la gestion de projet de nos clients pour leur yacht, explique le responsable marketing. Le “project manager” organise et coordonne l’ensemble des interventions, avec la garantie de résultat et la garantie financière. » Monaco Marine investit donc largement sur l’avenir. L’entreprise qui affichait 66 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2017 a créé fin 2017 Monaco Marine University. « Elle participe de la volonté de pérenniser la filière technique, indique François Vila. Notre moteur est de former nos collaborateurs sur trois axes : la sécurité, le managements et le savoir-être, le savoir comportemental. » Cette formation est ouverte aux sous-traitants de Monaco Marine, qui correspondent environ à 85 % des acteurs des chantiers de l’entreprise qui emploie 200 salariés, et à ses contractants. « On croit beaucoup à la polyvalence. Et pour nous, cela passe par la poly-compétence. »

 

journalistSophie Noachovitch