« Le but n’est pas
de casser la Principauté »

Anne-Sophie Fontanet
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Laurence Dionigi vient de publier Opération d’Encre et d’Azur, un roman se déroulant en partie à Monaco sous l’Occupation. Entre intrigue amoureuse et faits historiques, l’auteure se penche sur une période de l’histoire peu abordée dans la littérature.

L’origine du livre ?

En 2014, j’ai édité La légende de la baie des couleurs. C’est un roman inspiré par les anecdotes que me racontait ma grand-mère. Elle travaillait à la préfecture de Nice pendant la deuxième guerre mondiale. Et comme beaucoup d’Azuréens, elle fournissait des faux-papiers qui partait dans les différents réseaux de résistance. Je me suis alors rendue compte de l’histoire très riche de la Côte d’Azur durant cette période. Quand je l’ai sorti, on m’a dit : « Et pourquoi pas une suite ? »

C’est ce que vous avez fait ?

Pas exactement, car mon histoire avait une fin. Je me suis inspirée d’autres histoires de l’immédiat après-guerre. Par exemple, je suis tombée sur le magazine bilingue français-niçois Lou Sourgentin. J’y ai trouvé beaucoup d’informations sur Monaco pendant l’Occupation. Comme cette banque nazie, Charles & Co, un établissement aux capitaux incertains, en lien avec les nazis qui a fonctionné trois semaines avant de s’effondrer.

Vos sources d’inspiration ?

Je voulais un fond de vérité, alors je suis allée consulter Jean-Louis Panicacci, président du musée de la Résistance à Nice. A chaque question ou doute, j’allais le voir. C’est lui qui m’a renvoyé vers les travaux de Pierre Abramovici. J’ai donc acheté son bouquin où il émettait des hypothèses. Puis, je l’ai rencontré et je me suis appuyé sur le travail de son livre paru en 2015, Monaco sous l’occupation(2).

Où se déroule l’intrigue ?

Le roman se passe en partie à Monaco, et, plus globalement, sur la Côte d’Azur. Il y a aussi un passage en Argentine sur “la route des rats”, nom donné à la route empruntée par les anciens nazis. Et enfin, un peu en Suisse, pour la partie blanchiment d’argent.

À quelle période ?

Tout se passe entre 1947 et 1966. Mais il y a de nombreux flash-backs pendant la seconde guerre mondiale.

L’histoire en quelques mots ?

Même si ce roman est basé sur des faits réels, tout reste fictif. Mes deux héros se nomment Victoria et Frantz. Ils sont français et suisse âgés d’une trentaine d’années. Tous les deux sont à la recherche d’un nazi. Les deux héros ont leurs propres motivations.

Quelle est alors la part de réel dans votre roman ?

Par exemple, le nazi revenu après-guerre à Monaco aurait pu exister. C’est une sorte de mélange de différentes personnalités. Mais j’intègre aussi plusieurs personnages qui ont réellement existés, comme Pierre Bloch, un libraire à Nice, qui éditait des tracts pour la Résistance. Enfin, la banque Charles & Co a aussi vraiment existé.

Comment avez-vous construit ce livre ?

C’est un roman historique, avec une intrigue amoureuse. A travers ce couple, on voit comment ça se passait à Monaco. Mon idée était de parler de cet après-guerre immédiat dont on ne parle pas beaucoup. Mais aussi, de creuser différentes choses que j’avais découvertes. Le travail de Pierre Abramovici m’a beaucoup aidé en ce sens.

Quelle est l’histoire de la photo de couverture ?

C’est une photographie récupérée par Jean-Paul Bascoul, en Allemagne. Il s’agit de deux officiers allemands devant le casino de Monte-Carlo. On ne connaît pas leur identité. Mais il faut savoir qu’à l’époque, ils aimaient beaucoup se photographier, car ils venaient à Monaco en vacances.

C’est une période délicate pour Monaco : pourquoi en parler ?

Le but n’est pas de casser la Principauté. Il n’y a d’ailleurs aucun nom divulgué. Je n’en parle pas pour causer du tort. La véritable héroïne, c’est l’histoire. Et puis, à ma connaissance, c’est le premier livre qui traite sous forme de roman de cette partie de l’Histoire.

Votre parcours ?

Je travaille dans une banque monégasque depuis 14 ans. Je suis née à Paris, j’ai vécu dans l’Oise, et pendant 10 ans à l’étranger. A mon retour, je me suis installée à Nice, où vit toute ma famille.

Qu’est-ce qui vous a amené à l’écriture ?

J’ai commencé à écrire quand j’étais au Mexique. Je réalisais une chronique dans un journal sur les Mexicains. Quand je suis rentrée en France, j’ai continué à le faire. J’ai arrêté, car je n’avais plus rien à écrire. Puis j’ai écrit mon premier livre Enlivrée, l’histoire d’une femme enceinte de livres. Un hommage aux grandes femmes de lettres. Terminer un livre, c’est comme un accouchement !

Vos projets ?

Je prépare mon prochain bouquin. Encore un roman historique qui se déroulera dans les années 1970 entre la Côte d’Azur et l’Amérique du Sud. Et je donnerai deux conférences sur mon livre Opération d’Encre et d’Azur : à Nice le 12 octobre, à la bibliothèque Louis Nucéra, puis début 2019 à la médiathèque de Monaco.

 

 

1) Opération d’Encre et d’Azur, de Laurence Dionigi (éditions Balland), 196 pages, 14 euros
2) Monaco sous l’occupation, de Pierre Abramovici (Nouveau Monde Editions), 360 pages, 22 euros.

journalistAnne-Sophie Fontanet