L’hydrogène, énergie du futur ?

Sophie Noachovitch
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Pendant six ans, le maxi-catamaran, l’Energy Observer, parcourt mers et océans pour démontrer que son mélange d’énergies renouvelables et sa production d’électrique par l’hydrogène, constituent l’avenir de l’énergie.

L’Energy Observer déploie ses coques longues de 30,5 mètres sur les eaux turquoises de la Méditerranée depuis le 28 mars. Ce maxi-catamaran construit au Canada par l’architecte naval Nigel Irens en 1983 a perdu son allure d’antan et ses voiles. Il étire, tout en lignes modernes, ses 130 m2 de panneaux photovoltaïques et arbore, à sa poupe, deux éoliennes verticales. Des électrolyseurs qui transforment l’eau de mer en hydrogène sont abrités dans les coques du navire. Car c’est ici que se cache la singularité de ce bateau. « L’hydrogène est l’élément le plus présent dans l’univers, assure avec conviction Jérôme Delafosse, chef d’expédition et grand reporter photographe, présent à Monaco lors du Transition Monaco Forum les 26 et 27 juin (lire Monaco Hebdo n° 1066). On électrolyse l’eau de mer pour faire de l’hydrogène, et donc de l’énergie. On puise cette énergie dans l’océan. »

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Victorien Erussard et Jérôme Delafosse

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« Si on peut faire le tour du monde avec ce mélange d’énergie en autonomie, le système pourra être adapté à un quartier, une ville ou même un pays » 

Victorien Erussard et Jérôme Delafosse

 

« C’est l’énergie de demain »

L’Energy Observer fonctionne ainsi avec un mix d’énergies qui lui assure une neutralité carbone, sans aucun rejet de particule fine. Il est entièrement autonome sur mer. « Et à quai, toute cette énergie produite permet d’alimenter la chaine de production hydrogène que l’on compresse en bouteille. Et ces stocks ne bougent pas, on peut les utiliser quand on le souhaite », détaille Jérôme Delafosse. Une technologie simple mais néanmoins révolutionnaire. Le chef d’expédition et son associé, le navigateur Victorien Erussard, en sont convaincus : « C’est l’énergie de demain. » C’est pourquoi les deux hommes, originaires de Saint-Malo, se sont lancés dans l’aventure en 2013. « Victorien, avec son expérience de coureur au large, d’officier dans la marine marchande, a été choqué par la pollution en mer, raconte Jérôme Delafosse. Pour ma part, cela fait 20 ans que j’explore la planète, et j’ai pu vraiment constater l’impact de l’homme sur les mers. Il y a 20 ans, je voyais des requins partout. Maintenant, il n’y en a plus. » Le grand reporter énumère les causes : la surpêche, la pêche à la dynamite qui détruit les coraux, l’acidification des océans, leur réchauffement… « Je me suis beaucoup engagé dans mes documentaires, mais au bout d’un moment, j’en ai eu assez d’être dans le constat. J’ai voulu passer à l’action. » C’est alors qu’il s’unit avec Victorien Erussard qui a le projet de créer un navire autosuffisant énergétiquement.

 

« Nous nous apercevons que nous avons un vrai rôle auprès des hommes politiques. Nous avons le soutien d’Emmanuel Macron et nous avons été nommés nouvel ambassadeur des objectifs de développement durable par l’ONU »

Jérôme Delafosse

 

Hydrogen Council

Pas moins de 70 techniciens et ingénieurs, issus du commissariat à l’énergie atomique et aux énergies renouvelables (CEA) de Grenoble, du laboratoire d’innovation pour les technologies nouvelles et les nanomatériaux (Liten) et de l’institut national de l’énergie solaire (Ines) se sont penchés sur ce projet. Ainsi est né l’Energy Observer, véritable concentré de nouvelles technologies. Et Jérôme Delafosse croit plus que jamais à l’avenir de l’hydrogène. « Il y a cinq ans, quand on s’est lancés, on ne parlait pas encore d’hydrogène, mais aujourd’hui, cette énergie est de plus en plus mise en avant, indique-t-il. L’an dernier (janvier 2017 – N.D.L.R.) lors du forum de Davos, a été créé l’Hydrogen council. » Le conseil réunit aujourd’hui 18 grands industriels qui ont pour objectif de développer l’utilisation de l’hydrogène comme énergie d’avenir. D’ici 2050, ils projettent qu’un cinquième de l’énergie totale consommée dans le monde sera issue de cet élément. Pour prouver son efficacité, l’Energy Observer s’est lancé l’an dernier dans un tour du monde en six ans, avec 50 pays visités et 101 escales. En 2017, il a parcouru 4 000 miles marins dans un tour de France. En Méditerranée depuis mars 2018, « le bateau navigue parfaitement. C’est une mer idéale avec son taux d’ensoleillement et le vent », précise Jérôme Delafosse. Cette « odyssée du futur » permet d’aller à la rencontre de solutions. La Méditerranée en est une phase essentielle puisqu’elle constitue « le laboratoire du changement climatique » tant ses effets y sont visibles. Ainsi, l’équipage du maxi-catamaran a rencontré les agriculteurs des oasis en Tunisie qui cherchent à perpétuer cette manière de produire. En Israël, l’institut Arava a été l’occasion de mettre en évidence le lien entre paix et environnement ou comment, grâce à l’énergie, on peut régler des conflits. À Chypre, l’escale de l’Energy Observer a permis de confirmer, dans le cadre d’un travail sur la biodiversité, l’invasion du poisson-lion, venu du Pacifique, entré par le Canal de Suez, et qui décime les autres espèces.

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Jérôme Delafosse

Archipelagos

En Grèce, l’Odyssée du futur s’est associée à l’ONG Archipelagos qui œuvre pour la sauvegarde de la mer Egée. « Nous procédons à des prélèvements d’eau de mer, afin de constater la présence de microparticules de plastiques, explique Jérôme Delafosse. Nous transmettons ces prélèvements à Archipelagos qui les analyse. » L’aventure de l’Energy Observer va se poursuivre tout l’été avec une escale à Venise du 6 au 15 juillet. Le navire reviendra ensuite en France, à Saint-Tropez, en septembre pour se trouver à Saint-Malo pour le départ de la route du Rhum fin octobre. En 2019, le maxi-catamaran s’attaquera à l’Europe du Nord. A l’issue de ce voyage de 6 ans, Victorien Erussard et Jérôme Delafosse aspirent à prouver que « si on peut faire le tour du monde avec ce mélange d’énergie en autonomie, le système pourra être adapté à un quartier, une ville ou même un pays ». D’ailleurs, les deux hommes sont déjà dans la concrétisation de leurs ambitions, puisqu’est en projet la mise en place d’une station hydrogène sur le port Hercule pour les navires qui fonctionnent avec cette énergie. Des résultats concrets qui font dire à Jérôme Delafosse que le projet Energy Observer, originellement une aventure humaine est en train de devenir « un projet politique ». « Nous nous apercevons que nous avons un vrai rôle auprès des hommes politiques, assure-t-il. Nous avons le soutien d’Emmanuel Macron, le président français, et nous avons été nommés nouvel ambassadeur des objectifs de développement durable par l’Organisation des Nations Unies (ONU). » Un rôle qui permettra à l’équipage de transmettre mieux encore son message de nécessité absolue de protéger nos mers et océans.

+ d’infos : www.energy-observer.org ; L’Odyssée du futur sera  à suivre sur Planète +, dans une série de documentaires.

journalistSophie Noachovitch