La SBM dans le rouge
depuis huit ans

Anne-Sophie Fontanet
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Le résultat opérationnel de la SBM est une nouvelle fois déficitaire à -27,8 millions d’euros. Depuis l’exercice 2010-2011, les pertes continuent de s’accumuler. Les jeux sont stables et l’investissement dans les paris sportifs avec Betclic Everest Group est positif.

Pas d’effusion de joie en conférence de presse, lors de l’annonce des résultats opérationnels de la Société des Bains de Mer (SBM) pour l’exercice 2017-2018, mardi 19 juin, à l’Hermitage. Son président-délégué, Jean-Luc Biamonti, a trop entendu de critiques, venant principalement de la sphère politique monégasque, pendant l’année écoulée pour montrer un trop plein d’enthousiasme. Surtout que les résultats, même s’il les trouve encourageants, sont, pour le moment, encore timides. « On est en train de remonter. Les premiers mois de l’exercice 2018-2019 confirment ce redressement », assure Jean-Luc Biamonti. Pour cette année, le résultat opérationnel est une fois encore déficitaire à – 27,1 millions d’euros, contre – 32,8 millions d’euros lors de l’exercice précédent. Toujours impactée par les travaux de rénovation en cours à l’hôtel de Paris et les coûts inhérents aux nouvelles conventions collectives jeux de table et appareil automatique, la SBM continue donc d’accumuler les pertes. « Les pertes inhérentes à la capacité réduite d’accueil de l’hôtel de Paris restent toutefois conformes aux prévisions, qui tablaient sur des pertes supérieures à 50 millions d’euros sur la durée totale des travaux », se défend Jean-Luc Biamonti.

Boom du locatif

Le chiffre d’affaires se monte à à 474,6 millions d’euros, contre 458,8 millions d’euros l’an passé. Soit une progression de 3 %. Le secteur des jeux reste stable. Le secteur hôtelier progresse de 7 %, le secteur locatif de 4 %. « Ça va un peu moins mal », estime le président-délégué. Dans le secteur hôtelier, « l’évolution favorable trouve son origine dans une meilleure activité de l’hôtel de Paris, et dans l’activité toujours plus soutenue du Monte-Carlo Bay et du Méridien Beach Plaza ». De plus, les locations de boutiques et de bureaux, les activités des résidences du Monte-Carlo Bay, du Balmoral et des nouvelles villas du Sporting ont augmenté de 4 %, avec un chiffre d’affaires de 40,9 millions d’euros. Le secteur jeux affiche un chiffre d’affaires de 200,7 millions d’euros, contre 201,7 millions en 2016-2017. Dans le détail, il y a eu une hausse de 7 % pour les appareils automatiques et de 21 % pour les jeux de table du casino de Monte-Carlo. En revanche, la SBM a enregistré un repli pour les jeux de table du casino Café de Paris et du Sun Casino.

Paris sportifs

Autre source d’éclaircie : la « sensible amélioration » du résultat net consolidé qui passe de – 36,4 millions d’euros à – 14,6 millions d’euros. La raison ? « Une forte progression des résultats de Betclic Everest Group (BEG), dont la quote-part de résultat mis en équivalence est positive de 12,5 millions d’euros pour l’exercice, contre un montant négatif de – 4,2 millions d’euros sur l’exercice passé », indique le groupe. « Le début de la Coupe du monde 2018 en Russie est merveilleux, grâce à toutes les surprises dans les pronostics. Cette forte amélioration est une bonne nouvelle et montre que Betclic continue de marcher encore mieux », souligne Biamonti. Est-ce que l’industrie du jeu en ligne va grandir encore ? Biamonti y croit. Sur Betclic, 80 % du chiffre d’affaires se fait via les smartphones. « C’est devenu une habitude. Le business est là pour rester et nos positions sont très bonnes », observe le président-délégué de la SBM. Cela ne l’empêche pas de prévenir que la consolidation de cette industrie passera sûrement par un rapprochement des groupes. « On ne pourra pas rester à notre taille pour toujours. On aura donc sûrement une plus petite participation dans un grand groupe », projette-t-il.

Betclic-2018-@-Kristian

One Monte Carlo

Dans le viseur du président, il y a aussi en priorité « les deux gros chantiers qui continuent à se dérouler comme prévu » : la livraison de l’hôtel de Paris et celle du One Monte-Carlo. Deux projets d’envergure en plein cœur du carré d’or monégasque qui donnent le sourire à la direction de la SBM. « Nous sommes pratiquement au bout du tunnel. » Déjà parce que le budget prévu n’explosera pas. « On dépassera de 5 % le budget initial de 670 millions d’euros. Un léger dépassement dû à une aile de la façade du casino qui était dans un moins bon état qu’imaginé et à la complexité des vitrines de magasins. » Monaco n’aura pas lésiné sur le luxe. « Nous n’avons trouvé qu’une seule entreprise au monde qui a su les faire, mais qui a moins bien su les poser… Cinq vitrines ont été cassées pendant leur pose. Et il faut à chaque fois trois semaines pour les refaire. Maintenant, c’est résolu et cela n’engendrera pas de retard », raconte Jean-Luc Biamonti. En fin d’année, l’hôtel de Paris rouvrira entièrement. Alors qu’à deux pas de là, l’opération immobilière baptisée One Monte-Carlo sera inaugurée le 22 février 2019 : 55 boutiques et 37 appartements de luxe seront livrés. « Nous avons encore des demandes, mais nous n’avons plus de boutiques », révèle Biamonti. Parmi les nouvelles enseignes en principauté : Berlutti, Hublot, Chaumet, Gianvito Rossi et surtout Fendi, « qui a pris un très grand espace ».

200 000  euros par mois le penthouse

Le One Monte-Carlo promet de belles surprises. Déjà 30 % des appartements, sur 37 au total, sont réservés. Et les prix de location sont astronomiques. Le président-délégué de la SBM, sourire aux lèvres, annonce des montants « très intéressants » pour l’entreprise. Visiblement, le prix mensuel de ces penthouses de 600 m2 avec piscine sur le toit, avoisinerait le prix du loyer d’une villa à quelques pas de la salle des Etoiles, au Larvotto. Soit environ 200 000 euros par mois ! Il faut rappeler que le groupe SBM a mis en place en janvier 2017 des financements bancaires pour financer ces deux projets majeurs. « D’un montant total de 230 millions d’euros, ces ouvertures de crédit permettent des tirages à l’initiative du groupe pouvant s’échelonner jusqu’au 31 janvier 2019. Ces tirages étant ensuite remboursés de manière progressive, jusqu’au 31 janvier 2024. Au 31 mars 2018, la SBM a effectué plusieurs tirages sur ces ouvertures de crédit, pour un montant total de 126,8 millions d’euros. La poursuite du programme d’investissements a représenté un décaissement de 191,8 millions d’euros sur l’exercice, au lieu de 111,9 millions d’euros en 2016-2017. » De plus, 7,1 millions d’euros de droits au bail relatifs aux futurs emplacements commerciaux prévus dans le cadre de son développement immobilier au cœur de Monte-Carlo ont été encaissés par la SBM.

Projets

La SBM a enfin dévoilé les premières tendances pour l’exercice 2018-2019. Au 1er avril 2018, le groupe SBM souligne une « légère progression par rapport à la tendance observée l’an passé. » Biamonti s’est d’ailleurs réjoui de l’ouverture du restaurant Coya, au Sporting d’été, qui a réalisé un record de 330 couverts sur un service. Dans les projets certains, il y a l’ouverture en continu, de midi à minuit, de la Vigie, dont les dirigeants continuent de demander une autorisation pour la création d’une piscine. Cette autorisation est toujours en cours. La SBM prévoit l’ouverture d’un nouveau concept de restauration au rez-de-chaussée du One Monte-Carlo « pour que les clients des boutiques puissent avoir un point d’attraction ». Enfin, le projet d’une digue sous marine dans la baie du Beach Plaza est toujours sur la table. « Cela nous permettrait de reconstituer une plage de sable. On va y arriver et avec un peu de chance, on commence les travaux en octobre », espère Jean-Luc Biamonti. Pour l’été 2018, la SBM prévient enfin que « le caractère aléatoire et saisonnier de l’activité ne permet cependant pas de faire de prévisions pour l’ensemble de l’exercice ».

 

Les bulles du jardin des Boulingrins bientôt réduites en « confettis » ?

Toutes les boutiques qui avaient momentanément pris place dans ces structures éphémères vont déménager début 2019. Les jardins seront rendus au grand public après remise en état. Pour permettre l’installation sur une pente de 7 % d’une vingtaine d’enseignes de luxe, une cinquantaine d’arbres avaient été déplacés. La SBM avait retenu le projet de l’architecte parisien Richard Martinet : des gros galets de 200 et 800 m2. Cette « nouvelle expérience shopping » achevée, que va-t-on faire de ces bâtiments ? « On les donne en l’état à qui en veut. On a déjà eu une à deux demandes pour les racheter. Mais on prévient bien que le démontage et le remontage de ces bulles coûtent très cher. L’autre difficulté, c’est qu’elles ont été conçues en pente. Le plus probable, c’est qu’on en fasse des confettis », a estimé le président-délégué de la SBM, Jean-Luc Biamonti. A.-S.F.

journalistAnne-Sophie Fontanet