« Personne ne menace personne »

Raphaël Brun
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Le 21 juin, lors de la deuxième soirée législative, le ministre d’Etat, Serge Telle, et le président du Conseil national, Stéphane Valeri, ont marqué leurs territoires.

Ils ont tous les deux marqué leur territoire. Le 21 juin, le ministre d’Etat, Serge Telle, après le vote de la proposition de loi facilitant le vote par procuration a fustigé « toute dérive parlementaire, qui consisterait à penser qu’il y a un programme politique autre que celui du prince. Ce serait un contresens. Le gouvernement travaille sous l’autorité du prince, selon ses orientations, et, bien évidemment, pour le bien être des Monégasques. » Pour Telle, aucun doute : « On est donc bien dans un système où c’est le prince seul qui exprime la façon dont doivent être conduites les affaires publiques. Tout cela se fait dans un dialogue avec vous, le Conseil national, qui exerce un rôle de conseil et d’échange d’idées ». Mais pas question d’aller plus loin : « De là à créer des « majorités fortes » pour imposer un programme qui serait différent de celui du prince… Je pense qu’il y a un contresens sur les institutions. »

« Attentes »

Assis à sa gauche, tout en gardant son sang froid le président Stéphane Valeri, lui a immédiatement répondu. « Je connais les textes institutionnels, j’ai lu la contribution à l’histoire constitutionnelle du regretté Louis Aureglia (1892-1965), j’ai l’expérience de trois décennies de vie institutionnelle, j’ai été élu plusieurs fois président du Conseil national au Conseil national et j’ai été membre du gouvernement, nommé par le prince, a rétorqué le président du Conseil national, Stéphane Valeri. La Constitution est très claire : pour que la loi soit votée, elle parle de « l’accord des volontés », celles du prince et du Conseil national, c’est-à-dire de la représentation élue du peuple monégasque. » Quant au poids réel des programmes des groupes politiques élus au Conseil national, pour Stéphane Valeri, les choses sont très claires : « On peut jouer sur les mots, programme ou pas programme, propositions ou engagements, mais les élus sont là, dans le rôle qui est prévu pour eux dans les textes institutionnels. Ils sont là pour défendre les attentes et les besoins que les Monégasques leur ont signifié par leurs votes. » Avec une conséquence liée à leurs prérogatives : « Il ne peut pas y avoir le vote de la moindre loi, d’un traité international important, d’un budget, et donc de l’ensemble des politiques publiques qui imposent des dépenses, sans qu’il y ait l’accord des volontés du prince et du Conseil national », a rappelé Valeri.

« Constitution »

Quant au rôle des élus, il est très précis, estime le président du Conseil national : « Nous sommes là pour défendre, dans la limite de nos pouvoirs institutionnels, les propositions que les Monégasques nous ont demandé de défendre. Car elles correspondent à leurs besoins en logements, en qualité de vie, en priorité nationale… » Donc rien ne change, mais chacun doit rester à sa place, dans les limites prévues, a souligné Valeri : « Nous sommes dans une monarchie constitutionnelle. Le prince est le chef de l’Etat et nous lui sommes fidèles. Nous respectons les prérogatives du gouvernement. Mais nous entendons bien que le gouvernement respecte aussi les prérogatives du Conseil national. La Constitution, rien que la Constitution et toute la Constitution. » Cet échange avec Serge Telle s’est conclu par une vue d’ensemble proposée par le président du Conseil national. Poliment, mais fermement, il a estimé que « le premier défenseur de la Constitution, c’est le prince Albert II. Donc, si un jour certains voulaient porter atteinte aux droits constitutionnels du Conseil national, le premier à les défendre, ce serait, et je n’en doute pas un instant, le chef de l’Etat. Mais tout va bien, personne ne menace personne, M. le ministre. Et je ne pense pas que vous menaciez les droits constitutionnels du Conseil national. »

 

journalistRaphaël Brun