E-santé : vers un coffre-fort numérique par patient ?

Anne-Sophie Fontanet
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A Monaco, la transition numérique transformera probablement aussi les habitudes des patients. C’est en tout cas le souhait de Didier Gamerdinger, le conseiller de gouvernement pour les affaires sociales et la santé, qui espère un coup d’accélérateur du gouvernement sur ce sujet.

Une petite révolution est en marche. « En matière d’e-santé, il y a beaucoup d’initiatives, mais pas de coordination. Le grand absent ? C’est l’Etat qui n’a pas investi dans cette thématique. » Le constat est amer pour le conseiller de gouvernement aux affaires sociales et à la santé, Didier Gamerdinger. Celui-ci a donc missionné une entreprise spécialisée pour accompagner les changements à venir en e-santé. Le conseiller a également interpellé Frédéric Genta — le “Monsieur numérique” du gouvernement — pour réfléchir à « notre façon de traiter les personnes de demain ». Sa priorité ? « Qu’on aille très vite et très fort, car nous sommes en retard », prévient-il. Se basant sur les « fortes attentes » suscitées par le numérique, Gamerdinger semble persuadé qu’une progression rapide va s’opérer pour « combler le retard » de la Principauté. La e-santé est un thème qui regroupe un ensemble d’activités lié à la santé et à son informatisation. Cela intègre la téléconsultation, la santé en mobilité, la numérisation des soins, la santé connectée via les appareils de tracking — aspect le plus visible à ce jour pour le grand public — et l’analyse des métadonnées.

Cloud souverain

Le 26 juin, l’entreprise de conseil doit rendre ses conclusions. Un séminaire aura lieu en présence de Frédéric Genta, délégué interministériel chargé de la transition numérique de la Principauté depuis trois mois, pour établir un plan d’action à court, moyen et long terme. « L’Etat doit dire ce qu’il veut faire. » Et y mettre les « moyens nécessaires et crédits conséquents ». Les premières pistes émergent d’ores et déjà comme ouvrir la possibilité de prendre des rendez-vous médicaux via son smartphone. « On va créer à Monaco un cloud souverain », annonce Gamerdinger, qui entend bien y intégrer ce qu’il nomme « un coffre-fort numérique médical », dont chaque patient de la Principauté sera bénéficiaire. « Si demain, vous tombez malade à Paris et que vous avez besoin de consulter un médecin, il pourra ainsi avoir accès à votre dossier médical entier », explique-t-il.

Cloud-souverain-@-Kristian

« L’impulsion nous revient »

Un petit big-bang pour la relation patient-médecin qui n’en est qu’à ses prémices. « On part de zéro, il faut tout bâtir », reconnaît le conseiller, qui souhaite que l’on mette le patient au centre de la réflexion. « Nous avons un petit territoire. Cela crée l’opportunité d’assurer une impulsion déterminante. Cette impulsion nous revient, et les moyens seront chez nous. Mais l’Etat ne doit pas fonctionner seul. Et il doit être capable de se projeter à 5 ans. » L’enjeu, au delà de la simplification des échanges et la centralisation des données, est finalement beaucoup plus vaste pour l’Etat monégasque. « Cela pourra nous apporter des renseignements en termes de politique de santé publique. On va pouvoir voir les choses et anticiper. Il y a énormément à attendre de cette approche-là », observe Gamerdinger.

Mutations qui inquiètent

Cela n’empêche pas les craintes. Les profondes mutations de ce secteur peuvent inquiéter. En effet, les données de santé sont confidentielle et elles doivent donc faire l’objet d’une attention particulière, avec des règles de stockage et de manipulation extrêmement strictes. Si un hacker venait à briser la sécurité pour récupérer les données de santé de nombreux patients, qu’adviendrait-il ? Cette intensification de nouveaux usages liés au numérique dans la santé, la production de données de santé dématérialisées, ainsi que l’utilisation des bases de données sont à prendre avec des pincettes. « C’est une autre manière de faire de la médecine et de diagnostiquer les patients », explique Yves Morvan, directeur de clientèle de la branche santé chez l’institut de sondage Ipsos.

Enquête

« C’est un vrai changement du point de vue de la médecine, parce qu’auparavant chez un patient chez qui on soupçonnait la présence de maladie, on allait vérifier la présence, ou non, de cette maladie et faire de la prévention. Là, on va pouvoir prendre un cliché de l’individu et prendre tout un panel de maladies et vérifier s’il est concerné par cette pathologie. » Comme d’autres instituts de sondage, Ipsos Healthcare étudie la réaction du grand public, ainsi que des professionnels. Deux baromètres viennent ainsi de démarrer. Le premier, auprès du grand public sur les tendances et usages de la santé connectée, couvre 23 pays pour 18 000 personnes interrogées sur leurs pratiques de la santé connectée. Puis, côté professionnel, avec l’enquête “Digital doctors”, qui ira interroger 1 500 praticiens dans 16 pays différents. A noter qu’une première initiative avait été déployée en 2015 auprès des professionnels de santé en France, en Allemagne et en Grande-Bretagne.

 

journalistAnne-Sophie Fontanet