Stéphane Valeri reste ferme

Raphaël Brun
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Invité par le Monaco Press Club, le président du Conseil national, Stéphane Valeri a évoqué les dossiers prioritaires sur lesquels il a promis de ne pas lâcher pour son début de mandat. Un tour de chauffe instructif, avant les séances législatives des 20 et 21 juin.

Le temps de prendre ses marques, d’organiser ses équipes et voici Stéphane Valeri devant le Monaco Press Club. Le 13 juin, soit quatre mois après la victoire de sa liste Priorité Monaco (Primo!) aux élections nationales, Valeri a répondu aux questions des journalistes. Huit jours avant les deux séances législatives qui se dérouleront les 20 et 21 juin, le président du Conseil national maintient le cap : le logement reste le fer de lance de son action. Evoquant une « priorité nationale absolue », Stéphane Valeri l’a dit et répété : les Monégasques seront « tous bien logés dans leur pays avant la fin de ce mandat » qui prendra fin en 2023.

Grand Ida

Il faudra construire 800 logements a estimé le président du Conseil national, qui juge que c’est notamment du côté du projet du Grand Ida qu’une partie de la solution se trouve. Déterminé, Valeri compte bien faire avancer ce projet évoqué depuis 2006 par le gouvernement et cela, coûte que coûte. Mais une maison que son propriétaire refuse, pour le moment de vendre à l’Etat, empêche de lancer le début de ce grand chantier qui pourrait, dans un premier temps permettre de bâtir 140 appartements domaniaux, a avancé le président du Conseil national : « Quand il y a un projet d’intérêt général comme le Grand Ida, oui, il faut se donner les moyens législatifs de l’expropriation d’utilité publique, lorsque tous les efforts de négociation amiables n’ont pu aboutir ». Soulignant toutefois qu’il respecte le droit de propriété, Stéphane Valeri a estimé que lorsqu’on veut « faire partir un propriétaire qui ne le souhaite pas, il faut bien l’indemniser, et peut-être même aller au-delà de la valeur du bien. » Bref, c’est très clair : pas question qu’un seul propriétaire ne puisse bloquer un projet d’une telle ampleur. Du coup, le Conseil national a demandé au gouvernement un projet de loi d’expropriation pour cette maison. À moins que, d’ici là, un accord ne soit trouvé entre son propriétaire et le gouvernement monégasque, ce que Stéphane Valeri dit souhaiter.

« Europragmatiques »

Interrogé sur la question des négociations européennes, un sujet qu’il qualifie de « majeur » pour l’avenir de Monaco, Stéphane Valeri a expliqué qu’il « fallait faire de l’Union européenne (UE) un sujet majeur : les élections nationales ont donné une indication forte. Et Bruxelles est évidemment informée du résultat du scrutin. » Rappelant que Primo! se positionne comme « europragmatique », Valeri a aussi indiqué à nouveau qu’il ferait passer l’intérêt des Monégasques de façon prioritaire : « Nous défendons et la priorité nationale et le critère de nationalité qui est encore plus exigeant en réservant certaines professions exclusivement aux Monégasques. » Mais le président du Conseil national reste sceptique sur deux des quatre libertés fondamentales de l’UE (1) « à ce stade des réflexions » : la libre circulation des personnes et des services. « A terme, je ne vois pas comment 2 des 4 libertés de l’UE seraient conciliables avec notre modèle, c’est tout ce que je dis. Mais c’est au gouvernement de procéder aux négociations », a précisé Valeri, rappelant au passage que tout accord entre l’Etat monégasque et l’UE passerait nécessairement par le Conseil national et une loi de ratification. « La loi, c’est l’accord des volontés », a souligné Valeri.

« Fort »

Stéphane Valeri a également évoqué ses réunions avec le Prince Albert II, qu’il rencontre « régulièrement ». L’occasion d’expliquer les positions des élus du Conseil national. Une relation jugée « excellente », avec Albert II, qu’il connaît depuis 1987. A cette époque, Valeri présidait l’association des jeunes monégasques (AJM) et le Prince en assumait la présidence d’honneur. Quant aux échanges avec le gouvernement, le président du Conseil national a admis « quelques tensions et incompréhensions, au début ». Une situation finalement assez logique pour Stéphane Valeri, qui estime que le gouvernement avait fini par se satisfaire d’un Conseil national « moins actif, plus dans l’enregistrement ». L’occasion de revenir aussi sur ce leitmotiv de campagne, le « Conseil national fort », martelé pendant plusieurs mois : « Quand nous parlions d’un Conseil national fort, c’était évidemment pour dire qu’il fallait que l’assemblée joue tout son rôle, ni plus, ni moins. » Pour peser et « jouer son rôle », le Conseil national version Primo! promet donc de faire appel à « toutes les prérogatives » inscrites dans la Constitution. Evoquant ses rapports supposés tendus avec le ministre d’Etat, Serge Telle, Stéphane Valeri a estimé que cela n’avait « pas beaucoup d’importance », parce qu’au final, « les institutions sont plus fortes que les hommes ». Surtout, aujourd’hui, le président du Conseil national a rappelé que, pour lui, l’heure est désormais au « travail » et à « l’apaisement ». Une position qu’il espère partagée par le gouvernement et le ministre d’Etat.

Circulation

Autre dossier soulevé : celui de la qualité de vie. Ce sujet, qui a aussi été l’un des thèmes pour les élections de février 2018, appelle des « décisions concrètes et rapides », a demandé Valeri. L’occasion pour lui, de réclamer à nouveau la création d’une brigade de la circulation pour tenter de rendre le trafic plus fluide, aux heures d’arrivée et de sortie des bureaux notamment. Sur ce sujet, Primo! a été « partiellement entendu » par le gouvernement, a révélé Valeri, indiquant que Patrice Cellario, le conseiller-ministre pour l’intérieur n’était pas emballé par la mise en place de cette brigade de la circulation « qui pourrait aussi contrôler et sanctionner » les véhicules qui font trop de bruit. Les échanges se poursuivent donc, et Stéphane Valeri entend bien ne rien céder sur ce point qui a été au cœur de la campagne électorale.

 

1) Les quatre libertés de l’Union européenne (UE) sont les libertés garanties par le marché unique : la libre circulation des biens, la libre circulation des capitaux, la libre circulation des services et la libre circulation des personnes.

journalistRaphaël Brun