La transition
environnementale en forum

Sophie Noachovitch
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La première édition du Transition Monaco Forum se déroulera les 26 et 27 juin. Créé par des entrepreneurs, ce forum a pour objectif de favoriser le développement d’entreprises ou d’initiatives en faveur de l’environnement.

« C’est un peu comme le digital au début des années 2000. Il y a eu un effet de mode, et puis, au fil du temps, on a eu ce sentiment et cette réalité que le digital était quelque chose qui allait profondément affecter tous les secteurs économiques. Ma conviction est que l’environnement est en train de suivre ce même schéma. » Lionel Le Maux, co-fondateur du Transition Monaco Forum en est sûr : notre monde est en train de vivre une vraie révolution. Selon lui, la transition environnementale a atteint un « moment clé, un peu charnière », qu’il ne faut pas manquer. C’est ainsi qu’a germée l’idée d’un forum dédié à cette transition. En discutant avec des acteurs de Monaco « engagés dans la transition environnementale », ce directeur d’une société de gestion, Aqua Asset Management, spécialisée dans l’accompagnement d’entreprises en transition environnementale, a acquis la conviction qu’il y avait en plus, en principauté, une réceptivité forte autour de cette thématique. Le soutien du Prince Albert a été le déclencheur. « Cet événement pourrait être un catalyseur, un facilitateur de toutes ces actions et ambitions en faveur de la transition environnementale », espère Lionel Le Maux.

Arnold Schwarzenegger

Les 26 et 27 juin, se tiendra la première édition du Transition Monaco Forum. Il réunira près de 500 acteurs internationaux, publics, privés, experts académiques ou encore membres de la société civile. Parmi les plus célèbres, on peut citer l’acteur et ex-gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger, qui est aussi le fondateur du R20, le regroupement des régions du monde qui œuvrent contre le changement climatique. La maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, sera aussi présente en sa qualité de présidente du C40, un groupement qui réunit les mégalopoles du monde entier, avec pour objectif d’y enclencher la transition environnementale. Francis O’Sullivan, directeur des initiatives en énergie du MIT, Liliana Andonova, professeure de relations internationales au Graduate institute en Suisse, Margaret Kuhlow, leader des pratiques financières à la WWF ou encore Jane Wilkinson, directrice du financement durable au Luxembourg Stock Exchange, font notamment partie des conférenciers attendus à ce forum.

« Ecosystème »

Pour Lionel Le Maux, le Transition Monaco Forum n’est pas juste un événement de plus parmi les organismes, institutions et autres réunions qui travaillent pour la transition énergétique. « Notre vocation est de réunir tous les acteurs de l’écosystème. Les financiers, les dirigeants des grands groupes, les dirigeants des pays, des start-ups, des experts du monde académique, des experts de la société civile, notamment parce que l’environnement contient, en soi, une dimension d’écosystème, détaille-t-il. On amène une plateforme qui va intégrer ces différentes composantes. Nous avons l’ambition d’incarner un forum centré sur l’action et qui a vocation à se tenir chaque année. On a d’ailleurs déjà signé pour trois ans avec le Grimaldi Forum. Chaque année, nous voulons nous confronter aux actions et aux ambitions exprimées, pour ne pas rester dans les déclarations d’intention. »

Le privé mobilisé

Pour Lionel Le Maux, cette démarche sera d’autant plus efficace qu’elle émane du privé. « Il y a eu tout un tas de dynamiques comme la COP21, etc. Avec le Transition Monaco Forum, on se situe dans une dynamique peut-être moins proche des rouages étatiques. On est plus avec des décideurs. Il y a une volonté que les choses accélèrent. On est à un moment où on a le sentiment qu’il reste des facteurs de blocage qui ne sont pas uniquement liés à des notions de politique. Il y a des choses qui sont faites, ensuite le relai doit être pris par l’ensemble des acteurs. » Reprenant son analogie avec la transition digitale, Lionel Le Maux affirme qu’« elle ne s’est pas faite parce que l’Etat a décidé qu’en France, il y aurait la French Tech. C’est même plutôt l’inverse. On pense que dans l’environnement, il y a un sujet assez similaire à l’œuvre. » Ainsi, si une réelle volonté existe de la part des dirigeants politiques du monde, le directeur d’entreprise a le sentiment que la transition environnementale se fera beaucoup plus certainement par les acteurs qui en sont les initiateurs et les porteurs.

« Grille d’analyse »

Lionel Le Maux, avec son entreprise, est lui-même dans l’action, puisque les entreprises dans lesquelles Aqua Asset Management investit sont des entreprises « pour lesquelles la transition énergétique et environnementale est un enjeu de développement et de création de valeur ». Il ne soutient pas uniquement des entreprises qui se créent autour de la transition environnementale, mais aussi d’autres, plus traditionnelles, qui entament leur transition. « La transition environnementale n’est pas tant un secteur qu’une grille d’analyse, avance Lionel Le Maux. Par exemple, une entreprise traditionnelle dans la chimie n’est pas un domaine très « transition environnementale »… Mais elle peut changer ses “process”, intégrer des matières naturelles et recycler. Ce qui va compter dans une entreprise qui est en phase de transition, c’est non pas tant la dimension sectorielle, que la grille d’analyse qu’on va amener, et lui donner la capacité à rencontrer d’autres acteurs, d’autres types de financeurs. »

« Transition capitalistique »

Là est l’idée du forum. De nombreuses thématiques seront abordées. L’immobilier et l’avenir des villes, l’agriculture, les énergies, la mobilité, mais aussi la finance. Car pour Lionel Le Maux, c’est une variable incontournable de la transition environnementale : « Cette dernière est quand même avant tout capitalistique. La transition, c’est remplacer une dépense par un investissement. Aujourd’hui, vous avez une dépense contrainte en énergie fossile ou en ressources diverses. Pour l’atténuer, il faut investir dans un actif, dans un outil industriel, dans un projet qui va réduire cet impact dans la durée », décrit le co-fondateur de Transition Monaco Forum. Il compare cette démarche à celle d’un ménage qui choisit d’acheter une maison ou un appartement, plutôt que de louer. « Plutôt que de subir le loyer, vous choisissez d’investir. Et, en échange, vous allez créer un actif et annuler la dépense contrainte. Fatalement, la transition sera capitalistique, parce que cette transition passe par le remplacement d’une dépense par un investissement. »

Lubie

Lionel Le Maux le martèle, la transition environnementale n’est plus du ressort d’une mode ou d’une lubie exercée seulement par une petite frange de la population. « Aujourd’hui, une entreprise qui n’intègre pas l’impact du changement climatique dans son “business model” n’est pas une entreprise de demain. C’est un élément de mutation extrêmement puissant, qui va impacter en profondeur le business model. » Un changement d’ampleur dont les aspects seront discutés au Transition Monaco Forum et qui devrait aboutir, c’est en tout cas l’ambition de ses organisateurs, sur des projets concrets.

+ d’informations sur http://www.transitionmonacoforum.com/

journalistSophie Noachovitch