« J’aimerais revenir à Monaco
avec autre chose que du plexiglas »

Raphaël Brun
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Yazbukey, créatrice pop issue de la famille royale turque, a imaginé pour l’hôtel Métropole, un jardin d’Eden, le Métropoleden. Monaco Hebdo en a profité pour poser quelques questions à cette fille d’un diplomate turc et d’une mère égyptologue, qui enchaîne les succès depuis les années 2000. Interview.

Qui vous a contactée pour réaliser cette installation à Monaco ?

Il y a quelques années, je vendais mes accessoires à la boutique de Mme Boustany, Monaco Pops. Quand ce projet pour l’été 2018 a été évoqué, elle a suggéré mon nom.

Pourquoi avoir accepté de vous lancer dans ce projet ?

Après plusieurs rendez-vous, l’idée qui m’a intéressée par rapport à cet îlot d’Eden, c’était qu’à Monaco, on est sur un Rocher. Et sur ce Rocher, il y a ce petit diamant, cette petite île où l’on vient pour se sentir bien. Parce qu’ici, tout n’est que luxe, calme et volupté.

Comment avez-vous imaginé cette installation ?

Avec le plexiglas qui apporte cette dimension en trompe-l’œil pour jouer avec, on a du faux et du vrai. On est dans un lieu mystérieux, féérique, dans lequel on ignore ce qui est du domaine du rêve ou de la réalité. Mon travail est toujours basé là-dessus. On peut recréer le monde que l’on veut avoir, l’univers dans lequel on veut être, avec des éléments qui relèvent de l’imagination.

Cet Eden a nécessité combien de semaines de travail, en collaboration avec Perrine Guyonnet alias « Miss Rose by Perrine » ?

Environ 4 à 5 mois. C’était très agréable de rencontrer d’autres personnes pour parvenir à créer tout ça.

Vous connaissez bien Monaco ?

Quand j’étais enfant, je venais souvent ici. On faisait souvent le tour de la Riviera.

Quelle image vous avez de Monaco ?

Mon premier souvenir de la Principauté, c’est le Jardin exotique. Du coup, je voulais rester proche de cela avec cette création, qui est aussi un jardin. Quand on était petit, aller au Jardin exotique, c’était tellement magique… Il est tellement bien préservé et si bien monté en termes de lecture visuelle… L’idée est partie de là.

Comment vous avez choisi les plantes de ce Metropoleden ?

Avec Perrine, on est allée au Jardin exotique. C’est elle qui s’occupe de toute la partie végétale de ce projet. Il fallait jouer par rapport à la lumière et à la brillance avec du faux et du vrai, pour pouvoir créer cette profondeur. Cette installation est à voir jusqu’au 11 septembre 2018.

En avril 2017, vous avez imaginé pour Lacoste une collection dédiée au tennis ?

Oui, c’était à l’occasion de Roland Garros. C’était super, parce que cela coïncidait avec le début de la collaboration avec le tennisman Novak Djokovic. J’adore Djokovic.

Vous êtes fan de tennis ?

J’ai beaucoup aimé le tennis lorsque j’étais plus jeune. Notamment des joueuses comme Martina Navratilova ou John McEnroe, avec qui on sentait qu’il y avait un vrai caractère. C’était même parfois théâtral. Mais après la période André Agassi qui a pris sa retraite en novembre 2006, les choses ont changé. Aujourd’hui, tout est beaucoup plus lisse, parce que j’ai l’impression que tout le monde a besoin d’être lisse. Les joueurs sont davantage dans la performance technique. Ils sont devenus des “performers” de haute voltige. Mais quand on apprend qu’André Agassi a joué au tennis à haut niveau pendant des années avec une perruque… C’est absolument génial !

Vous avez aussi travaillé avec le créateur de chaussures de luxe, Christian Louboutin ?

Oui, en effet, c’est Christian Louboutin qui dessine les chaussures pour nos shows.

Qui sont vos artistes préférés ?

Le groupe que je préfère, c’est Depeche Mode. Je les ai découverts quand j’avais 11 ans. Dès que j’ai l’occasion d’aller les voir en concert, j’y vais. Mon meilleur souvenir de concert, c’est d’ailleurs lorsque Depeche Mode a joué à Bercy, avec une ambiance incroyable et tout le public qui faisait la ola. J’adore la new wave, parce que c’est la musique que j’écoutais quand j’étais toute petite. Donc, j’y suis restée.

Qu’est-ce qui vous plaît dans la musique ?

J’aime quand la musique nous plonge dans une ambiance et que l’on peut ensuite changer de caractère et de look par rapport à cette musique. Du coup, j’aime autant la bossanova que la techno. J’aime beaucoup la musique des années 70 aussi.

Avec qui aimeriez-vous travailler ?

Avec le réalisateur américain Tim Burton.

Finalement, quel a été le déclic dans votre carrière ?

Le déclic, ça aura été d’accepter de faire des choses très différentes. Car on vous met souvent dans la tête que vous ne devez faire qu’une seule chose. Du coup, au départ, j’étais uniquement centrée sur la mode.

Pourquoi avoir changé ce positionnement ?

En 2009, j’ai vu une interview de Thierry Le Luron (1952-1986) dans un vieux documentaire. Il expliquait qu’il avait toujours été considéré comme un artiste moyen, du genre 10/20, parce qu’il était chanteur, qu’il faisait du théâtre, qu’il était aussi présentateur de télé ou qu’il faisait des chroniques. Or, les gens pensent souvent que, si on fait un peu de tout, on fait tout un peu moyennement. Mais si vous avez dans votre tête un univers bien rempli, vous pouvez l’adapter à tout. Après avoir vu cette interview, je me suis dit : « Let’s do it ! » [« Allons-y, faisons-le ! » — NDLR]. Et ça a marché. À partir de là, j’ai commencé à briller, parce que ça m’a aussi apporté un bien être mental. Aujourd’hui, je n’ai aucune envie d’arrêter. Je veux plus.

Votre actualité ?

Fin juin, je vais présenter ma pré-collection qui aura pour thématique Marie-Antoinette (1755-1793) qui dit « let them eat cake ! » [« qu’ils mangent de la brioche ! » — NDLR] (1). On est aussi en train de préparer la collection de fin septembre 2018, parce qu’on organise un show à Paris, pendant la fashion week, qui se déroulera du 24 septembre au 2 octobre. Cette collection sera basée sur le sport. Parce qu’elles ont trop mangé de « cake », donc elles doivent maigrir [rires] !

D’autres projets ?

Toujours dans le domaine du sport, je suis en pourparlers pour voir si je peux lancer une basket avec Reebok. Ça serait le rêve.

Pourquoi Reebok ?

Parce que pour moi, la basket des années 80 Reebok représente vraiment l’image du fitness. Les discussions sont en bonne voie. Je devrais être fixée sur ce dossier d’ici la fin du mois de juin 2018.

Vous avez des projets ici, à Monaco ?

Pour le moment il n’y a rien de concret. Mais ça pourrait arriver, pourquoi pas. Mais ce qui serait bien, ce serait de revenir ici avec autre chose que du plexiglas.

 

1) La phrase « S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche ! » a été attribuée en 1789 à Marie-Antoinette, dernière reine de France et de Navarre, épouse de Louis XVI (1754-1793). Mais il semblerait qu’elle n’ait jamais prononcé cette phrase.

journalistRaphaël Brun