Naâman : « Monaco est un mystère »

Raphaël Brun
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Le Normand Naâman, Martin Hussard pour l’état civil, originaire de Dieppe, en Normandie, était pour la première fois en concert gratuit en Principauté, le 21  juin, sur le port Hercule (1). Avant son show monégasque, il s’est confié à Monaco Hebdo. 

« Le déclic, c’est quand je faisais mes études. C’était en 2010. Je faisais beaucoup de “jams”, dans les bars. Une fois de plus, ça s’était super bien passé. Le public avait été très réceptif. Alors, ça m’a motivé. Je suis rentré chez moi en me disant que j’allais tout faire pour réussir », réagissait Naâman avant son concert à Monaco, le 21 juin, dans le cadre de la fête de la musique. Naâman a sorti en 2017 un troisième album, intitulé Beyond. Un disque qui fait suite à Deep Rockers, Back a Yard (2013) et Rays of Résistance (2015). « Beyond est un album qui est riche de l’expérience des deux albums précédents, explique Naâman. On a choisi de ne pas l’enregistrer dans un studio. On a loué une maison au bord de la mer, en Bretagne, et on a installé notre studio sur place. On avait l’impression de travailler à la maison, c’était super. » Plus d’expérience, plus de temps, un contexte d’enregistrement différent… Forcément, Beyond est un disque plus abouti, plus équilibré, à la croisée de différents styles, entre reggae, dancehall ou hip-hop.

« Politique »

Né en 1990 à Dieppe, en Normandie, Naâman expliquait à nos confrères de Ouest France en mars 2018 pourquoi Beyond, et notamment le titre Love is allowed, était plus engagé : « C’est un titre en résonance avec les dernières élections. Il ne faut pas attendre que les politiciens nous sauvent. Il faut nous organiser pour que tout le monde ait ce dont il a besoin. Et parfois, il ne faut pas avoir peur d’être hors-la-loi pour agir. En étant pionnier, on peut créer de nouveaux sentiers. » Interrogé par Monaco Hebdo sur cette même thématique, il précise sa pensée : « Ce n’est pas tellement un message politique que je souhaite faire passer. Le message véhiculé par Beyond, c’est une invitation au voyage intérieur. Le morceau Love is allowed, qui parle un peu de politique, c’est pour dire qu’on n’a pas le temps d’attendre les politiciens pour prendre les décisions qui nous concernent. Il y a des choses primordiales. Ce voyage intérieur que l’on doit tous faire, nous amène à être à l’encontre des lois. Comme cet homme qui est embêté par la justice, parce qu’il a accompli un acte de solidarité. » Et si le monde va mal, il convient d’abord d’en étudier les causes, explique ce chanteur : « La dégradation extérieure de ce monde est due à une dégradation intérieure. Donc la solution se trouve à cet endroit-là. » Et quand on revient sur le terrain politique pour demander à Naâman pour qui il a voté lors de la présidentielle française, il répond : « Ce n’est pas quelque chose que j’ai envie de partager. » On n’en saura pas plus.

 

« La dégradation extérieure de ce monde est due à une dégradation intérieure. Donc la solution se trouve à cet endroit-là » Naâman

 

Tabla

On se souvient que Deep Rockers, Back a Yard a été enregistré en Jamaïque et chanté en anglais local. Beyond est aussi en anglais. Un choix qui ne doit rien au hasard, comme nous l’explique ce Dieppois : « Au début, je chantais en français. Et puis, je suis assez vite venu à l’anglais pour plusieurs raisons. D’abord, parce que mes influences sont la musique jamaïcaine et anglaise. Ensuite, parce que grâce à la musique, j’ai commencé à pas mal voyager. Du coup, chanter en anglais est devenu une évidence. Parce que la musique est universelle. Et je voulais que la langue de ma musique se rapproche aussi de cette universalité. » Parmi les influences revendiquées, Naâman cite quelques artistes qu’il qualifie de la « première génération » : Dennis Brown (1957-1999), Gregory Isaacs (1951-2010), Bob Marley (1945-1981) ou Ken Bruce. « Ce sont tous des artistes très “roots” dans le style musical », commente Naâman, qui explique aussi être touché par la musique, plus récente d’artistes, comme Damian Marley, Stephen Marley ou Sizzla Kalonji. Et quand il n’écoute pas du reggae, il peut se tourner vers la musique indienne, à base de tabla, un instrument de musique à percussion. Récemment, il dit avoir apprécié le dernier album du chanteur britannique Michael Kiwanuka, Love & Hate (2016). « Ecouter d’autres styles musicaux, c’est quelque chose de naturel. Je ne peux pas écouter du reggae 24 heures sur 24 », explique Naâman, dont le nom est inspiré par un personnage biblique. Il s’agit d’un guerrier syrien victime de la lèpre et qui, pour guérir, doit se plonger 7 fois dans le Jourdain, mettre de côté son ego et être davantage à l’écoute des gens autour de lui, même les plus modestes.

Naaman-Cover_BEYOND_WEB

Loup Vert

Pour sortir Beyond, Naâman a décidé de créer Big Scoop Records, son propre label. Objectif affiché : « Je voulais m’émanciper du système en faisant de la musique. Cette volonté était là depuis longtemps, mais on a pu la concrétiser que maintenant. C’est la suite logique de cette volonté d’indépendance. Je ne veux pas avoir de compromis ou de marchandage à faire avec quiconque. Je veux pouvoir m’arrêter quand je veux ou nourrir des activités annexes. » Un exemple ? Une partie des bénéfices de la tournée sont réinjectés dans un festival lancé en 2016 qui s’appelle le Loup Vert et qui se déroule à la base de loisirs du Mesnil-sous-Jumièges, en Normandie. « L’association qui organise ce festival, c’est aussi la première avec qui j’ai travaillé. Il s’agit de l’association de mes musiciens qui habitaient à Jumièges. Marlène Leprovost, la présidente de cette association, a toujours rêvé d’organiser un festival au bord du lac de Jumièges », raconte Naâman, qui est présent sur place et qui apporte un soutien « médiatique », sans être pour autant investi dans la programmation.

Amérique du Sud

S’il a joué pour la première édition en 2016, Naâman est aussi monté sur scène l’an dernier pour chanter « avec des amis ». Son goût de la scène n’est plus à démontrer et il promet à Monaco un show « festif et dynamique ». Parce que « le studio et la scène, c’est comme le soleil et la lune, ça marche ensemble », se lancer dans une tournée est toujours une évidence pour ce Dieppois. Le 21 juin, l’ambiance devrait être brûlante en Principauté, pour ce qui sera une grande première : « Je ne suis jamais venu à Monaco. Pour moi, Monaco est un mystère. On en entend parler comme d’un endroit spécial, qui a son propre fonctionnement. C’est intrigant. J’ai hâte de découvrir ça. » La fin de la tournée française est prévue les 28 et 29 septembre prochains, au Trianon de Paris. Puis, en octobre 2018, direction le Pacifique, pour la suite de la tournée Beyond. Pendant un mois et demi, le groupe jouera en Nouvelle-Calédonie, à Tahiti, en Nouvelle-Zélande, en Australie… En février-mars 2019, cette tournée se déplacera pour la première fois en Amérique du Sud, pour finir par l’Europe de l’Est lors de l’été 2019. Et quand il ne fait pas de la musique, que fait Naâman ? « J’habite une partie de l’année à Goa, en Inde, car ma femme est de là-bas. Mon loisir, c’est de voyager. »

 

1) Concert gratuit, au port Hercule, jeudi 21 juin, à 21h. Accès libre. Renseignements au 93 10 12 10.

journalistRaphaël Brun