Un service de dépistage du mélanome en pharmacie

Sophie Noachovitch
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A partir du 5 juin, les clients de la pharmacie Pharmabest de Fontvieille pourront faire analyser un grain de beauté suspect, grâce à un nouveau service dédié. Explications.

« Plus tôt on fait un dépistage, plus les chances de survie sont fortes. » Antonio Sillari présentait, jeudi 31 mai 2018, à l’occasion du salon eHealth Word Monaco, le nouveau service de dépistage du mélanome qui sera accessible aux clients de sa pharmacie, PharmaBest, à Fontvieille, à partir du 5 juin. Si les grains de beauté qui parsèment notre peau sont bien souvent sans danger, parmi eux peuvent se cacher des cellules malignes. « 88 % des grains de beauté ne sont pas à risques. Sur les 12 % envoyés en laboratoire par les dermatologues, la moitié est normale. Reste un quart de lésions liées aux dommages solaires. Le reste compte 8 % de mélanomes malins et d’autres maladies », a énuméré Guillaume Nebout, directeur du développement des services professionnels chez Walgreens Boots Alliance, une entreprise partenaire de ce projet.

1 800 morts du cancer de la peau

En France, 80 000 cancers de la peau sont diagnostiqués chaque année, dont 14 300 sont des mélanomes. 1 800 personnes décèdent des suites de ces cancers. « C’est d’autant plus important de dépister tôt le mélanome, car, en termes de santé publique, le diagnostic et le retrait très tôt ne coûtent que 5 000 euros, avec 90 % de survie. Alors qu’un mélanome malin avancé représente 30 000 euros de traitements », détaille Guillaume Nebout. « L’objectif est de permettre au patient d’accéder à un service de dépistage du mélanome le plus précocement possible, indique Alain Styl, directeur général de PharmaBest. Le faire en pharmacie est d’un grand intérêt pour le patient, car c’est la profession de santé à laquelle il a le plus accès, avec une amplitude horaire importante. »

Emplacement confidentiel

Selon le directeur général de PharmaBest, le patient pourrait aussi être plus enclin à se faire dépister en pharmacie, qui reste un service de proximité facilement accessible, plutôt que d’aller chez le dermatologue. Car là, parfois, l’attente est longue avant d’obtenir un rendez-vous. Ainsi, le groupe PharmaBest a souhaité s’impliquer dans ce processus, avec une ambition sociétale, en profitant de ses 67 pharmacies réparties à travers la France et Monaco. Des pharmacies qui voient passer entre 1 500 et 4 000 personnes par jour. Un bon moyen, selon Alain Styl, de sensibiliser le public. Le service de dépistage sera installé dans chacune de ces pharmacies, dans un emplacement confidentiel, à l’écart, et équipé du Screen Cancer, un outil développé par Walgreens Boots Alliance. « Il s’agit d’un laser qui va prendre des images dans le grain de beauté jusqu’à 2 millimètres en dessous de la peau. Ces images sont si précises que l’on pourra visualiser le réseau d’irrigation sanguine du grain de beauté, qui est un indicateur supplémentaire sur la malignité ou non du grain de beauté », décrit Guillaume Nebout. Le patient est reçu par un pharmacien spécialement formé à l’usage de cette machine. A la pharmacie de Fontvieille, ils sont cinq, dont le directeur de l’établissement, Antonio Sillari.

« Vrai travail interprofessionnel »

Le professionnel interroge le patient sur plusieurs points et l’ensemble des données recueillies — images du grain de beauté et informations — est envoyé à un dermatologue spécialiste, partenaire de l’opération qui doit donner son diagnostic sous 8 jours. « S’il n’y a pas de lésion, le patient recevra, selon son choix préalable, un SMS ou un email pour l’en informer, précise Alain Styl. S’il y a suspicion de mélanome, c’est une infirmière, choisie pour ses qualités psychologiques, qui appellera le patient pour lui expliquer qu’il y a une suspicion de malignité pour le grain de beauté étudié. » L’infirmière accompagnera alors le patient, lui demandant s’il a un dermatologue attitré. Elle l’aidera à obtenir un rendez-vous rapidement. L’infirmière s’assurera aussi que le patient a bien pris rendez-vous. Si le patient n’a pas de dermatologue, elle lui fournira la liste des spécialistes sur sa commune et l’assistera pour sa prise de rendez-vous. Mais en aucun cas, elle ne choisira le médecin à sa place, promet le directeur général de PharmaBest. Ce service coûtera au patient 28 euros pour un grain de beauté et 14 euros de plus pour un deuxième. D’après les responsables de PharmaBest, cette somme — non remboursée — permet la location du matériel et le paiement du dermatologue. La pharmacie ne se rémunère pas sur cet acte. « Il s’agit d’un vrai travail interprofessionnel », insiste Alain Styl. « Nous avons travaillé avec le syndicat des dermatologues qui a validé ce service », complète Antonio Sillari. L’objectif de ce service de dépistage est donc double : dépister plus tôt les cancers de la peau afin de mieux les soigner, mais aussi atteindre des populations, en zone isolée par exemple, qui n’ont pas nécessairement accès à des spécialistes.

 

journalistSophie Noachovitch