Les plages privés de la Mala
fermées manu militari

Sophie Noachovitch
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Vendredi 25 mai, la préfecture des Alpes-Maritimes a opéré la saisie du matériel de plage des deux restaurants de la plage de la Mala, à Cap-d’Ail, qui occupent « sans droit ni titre » le domaine maritime. Une opération qui suscite l’incompréhension des plagistes.

« Je suis sous le choc. C’est incompréhensible. Nous faire ça pendant le week-end du Grand Prix… J’ai 40 salariés. Je ne sais pas ce que je vais faire. » Jean Botticini, gérant de la Réserve de la Mala, le restaurant de la plage éponyme ne trouve pas les mots pour décrire son désarroi. Vendredi 25 mai 2018, la préfecture des Alpes-Maritimes a organisé une opération de police, aux côtés de la direction départementale de la protection des populations et la gendarmerie départementale. Objectif : saisir le matériel de plage de cet établissement, et de son voisin, l’Eden Plage Mala. « Les exploitants des restaurants […] exploitent sans droit ni titre depuis 2012 cette plage emblématique du département, dans l’attente du jugement du tribunal administratif, des contraventions de grande voirie dressées par le service maritime, l’opération visait à constater le délit de vente non autorisée sur le domaine public, délit réprimé par le code pénal et le code du commerce », annonçait, vendredi 25 mai, un communiqué de presse de la préfecture.

« Chômage »

« Je pense que la préfecture avait pour objectif de faire beaucoup de mal aux restaurateurs, estime, quant à lui, le gérant de l’Eden Plage Mala, qui n’a pas souhaité communiquer son nom à Monaco Hebdo. J’ai dû mettre mes huit plagistes au chômage ce matin [vendredi 25 mai 2018 — N.D.L.R.]. Mes 75 matelas ont été saisis… Le week-end du Grand Prix correspond à quasiment 80 % de mon chiffre d’affaires du mois de mai. Je ne suis pas sûr que l’entreprise pourra se relever de ça. » Ce responsable explique qu’il va devoir, en outre, annuler des réservations pour des mariages. « Je comprends qu’il y ait des abus. Mais la Côte d’Azur sans plage privée, ce n’est plus la Côte d’Azur », conclut-il. De son côté, Jean Botticini précise qu’il paye une redevance depuis 2012 à la préfecture. « Nous n’avons pas de titre, effectivement. Mais je leur verse 50 000 euros par an et 2 % de mon chiffre d’affaires. »

« A Cap-Martin, par exemple, un restaurant a été construit en dur, directement sur la plage. Et ces travaux ont même donné lieu à une publicité de travaux publics ! La préfecture semble tolérer qu’on bétonne allègrement les plages de la Côte d’Azur, mais elle demande à démolir les établissements de la Mala, en retrait de la plage »

Xavier Beck. Maire LR de Cap d’Ail

« Procès verbal »

Un argument qui ne satisfait pas Xavier Beck, le maire Les Républicains (LR) de Cap-d’Ail. « C’est assez curieux comme raisonnement. La préfecture a été patiente, indique-t-il. Il y a une différence entre un loyer et une indemnité d’occupation. Le loyer, vous avez un bail. Tandis que pour l’indemnité d’occupation — ce que payent les restaurateurs — vous êtes sans titre. Chaque année l’Etat constatait l’occupation irrégulière de la plage et dressait un procès verbal avant d’envoyer une note qui correspondait à la redevance. » Selon le maire, ce serait principalement en raison des abus des restaurateurs. « C’est naturellement regrettable que les plages privées aient été fermées pendant le Grand Prix, estime Xavier Beck. Malheureusement, cet incident a pour origine des maladresses de la part des établissements qui ont poussé le bouchon un peu trop loin. » Le maire de Cap-d’Ail pointe notamment la musique diffusée par les restaurants « qui transforment la plage en boite de nuit. Ils savaient qu’ils étaient dans une situation délicate, mais j’espère qu’une solution amiable sera trouvée avant l’été. »

« Bâtiments amovibles »

A l’origine de ce flou juridique, la changement de concession pour cette plage considérée « comme l’une des plus belles de la région ». Xavier Beck explique que, « jusqu’au 31 décembre 2010, la mairie était concessionnaire de l’Etat pour la plage. Au 1er janvier 2011, l’Etat voulait bien m’accorder une nouvelle concession, mais en posant comme condition que je m’engage à démolir les bâtiments des restaurants. Ce que j’ai refusé, car ils ont 70 ans. » Le maire de Cap-d’Ail souligne une certaine incohérence dans cette demande de l’Etat : « Quand on parle de bilan carbone, démolir à cet endroit là, en faisant venir des camions, etc., c’est absurde. L’Etat voulait que l’on reconstruise des bâtiments amovibles, que l’on aurait laissés en fin de saison… »

Deuxième affaire

Pour Beck, ce n’était pas logique, dans la mesure où les restaurants se trouvent en retrait de la plage. « A Cap-Martin, par exemple, un restaurant a été construit en dur, directement sur la plage et ces travaux ont même donné lieu à une publicité de travaux publics ! s’étonne-t-il. La préfecture semble tolérer qu’on bétonne allégrement les plages de la Côte d’Azur, mais elle demande à démolir les établissements de la Mala. » Pour le moment, cette affaire n’est pas encore arrivée devant la tribunal administratif, qui en instruit une autre, concernant les cabanons de la plage. Un second dossier qui n’a rien à voir avec les restaurants de la Mala. « Les cabanons pour ranger les bateaux ont été les premières cibles de la préfecture, retrace Xavier Beck. L’Etat a demandé l’expulsion et la destruction de ces cabanons situés sur le domaine public maritime. Le tribunal administratif a ordonné une expertise. Le domaine maritime n’arrivait pas jusqu’aux cabanons, et le tribunal a débouté l’Etat. Or, l’Etat a fait appel et ce dossier va très certainement aller jusqu’au conseil d’Etat. » La résolution de la situation de ces plages privées devrait donc attendre son tour pour passer en justice. La préfecture, elle, affirme avoir « rendu au public » 400 mètres carrés de plage.

 

journalistSophie Noachovitch