Gildo Pallanca Pastor :
l’idéaliste de retour chez Venturi

Sophie Noachovitch
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Après quatre ans d’absence et de graves problèmes de santé, celui qui a opéré un virage radical en faisant passer Venturi à l’électrique, est de retour dans les paddocks de la Formule E. Rencontre.

Au cœur de l’effervescence du stand Venturi lors du ePrix de Paris le 28 avril dernier, entre les mécaniciens qui œuvrent autour des voitures de Formule E, se tient le pilier de l’écurie. « Ici, on est dans une famille. » Avec bienveillance, Gildo Pallanca Pastor observe son équipe très activée. Installé à l’arrière du stand, dans l’espace où l’équipe regardera la course quelques heures plus tard, il reçoit les informations des ingénieurs, des amis des autres écuries lui rendent visite. De retour après quasiment quatre ans d’absence, suite à l’AVC qui l’a frappé en mai 2014, il est dans son élément. « Je suis très content d’être de retour. Ça change tout ! La piste est étonnante, comme toujours. J’ai été malade pendant quelques années. Je me suis concentré sur ça. Je suis très content de pouvoir revenir aujourd’hui », lance-t-il.

« En avance »

Derrière la “pit lane”, se dressent les Invalides, à peine voilés par les quelques nuages de la fin avril. Depuis le mois de novembre 2017, Gildo Pallanca Pastor a repris les rennes de l’entreprise qui lui tient tant à cœur. Lorsqu’il rachète Venturi en l’an 2000, il lui fait prendre un virage à 180 degrés, en faisant passer à l’électrique ce constructeur automobile basé en Loire-Atlantique. Un choix qui n’a rien d’anodin. « Avant Venturi, j’étais déjà dans l’électrique. On avait un projet de faire un karting électrique. C’était une belle aventure qui n’a pas vu le jour, se souvient-il. Et Venturi est arrivé. […] Je me vois complètement comme un précurseur. Il y a 18-19 ans, c’est certain qu’on était en avance. »

Records

Gildo Pallanca Pastor, lui-même ancien pilote de course, est un vrai passionné. Il tente une collaboration avec Renault qui échoue. Des voitures estampillées Venturi sont fabriquées dans la Sarthe. « Tout était fait à la main », décrit-il. Les premières nées sont la Fétish et la Volage. L’entreprise, dont le siège social est désormais installé à Monaco, développe très vite de nouvelles voitures, faisant grimper la capacité des véhicules électriques de 250-500 chevaux à 3 000 chevaux. Cette prouesse technologique permet à Venturi d’établir des records de vitesse, dont le dernier est à 576 km/h. « On a signé une convention avec Peugeot-Citroën et on a développé des véhicules pour Peugeot, notamment le Berlingo électrique de la Poste », précise Gildo Pallanca Pastor. Mais le patron de Venturi veut aller plus loin, pour faire progresser encore plus la technologie.

Electrique et hydrogène

En 2013, nait la Formule E team et la production de voitures est arrêtée. « Il y a très longtemps, avant que je sois malade, on avait imaginé avec des acteurs une super équipe. On va la faire ! » s’enthousiasme-t-il. Pour Gildo Pallanca Pastor, Alejandro Agag, le fondateur de la Formule E Holding, partenaire de la Fédération internationale de l’automobile (FIA), est un visionnaire. C’est donc sans hésiter qu’il lance Venturi dans l’aventure de cette course en monoplace roulant à l’énergie électrique. Mais sur ces circuits où se côtoient des voitures quasiment identiques, il avoue que son entreprise est « obligée de faire des voitures qui correspondent à ce qu’on attend comme véhicule de courses. » Gildo Pallanca Pastor rappelle que Venturi avait notamment développé des véhicules à hydrogène en même temps que ses voitures électriques dont certaines seraient d’ores et déjà plus puissantes que celles homologuées en Formule E.

Maison familiale

Gildo Pallanca Pastor est un homme qui a 1 000 idées à la seconde. Il voit loin. Pour la Formule E, « certains d’entre nous travaillent depuis un an à la saison 5 et d’autres déjà sur la sixième ». Sachant que la saison 4 de Formule E ne s’achèvera qu’en juillet, cela laisse songeur sur les projets en cours. Et pour progresser encore, Venturi s’est adjoint un partenaire de poids. « Je vois l’évolution de la Formule E dans la saison 5. Pour nous, cette évolution est technique dans le partenariat avec HWA. » Dans un monde automobile où les grosses écuries disposent d’équipes de 100 à 150 personnes — « ils travaillent comme à l’usine », commente Gildo Pallanca Pastor — Venturi est une maison familiale qui emploie 32 personnes. « Mais je pense que nous allons enfin gagner énormément avec ce partenariat très fort avec HWA. »

Mercedes

L’entité sportive de Mercedes souhaite rejoindre la Formule E. La structure allemande apporte ainsi son soutien technique à l’écurie Venturi qui transmet ses connaissances en matière de course électrique à HWA pour cette saison 4 qui s’étale de 2017 à 2018. Pour la saison 5, le partenariat ira encore plus loin, puisque Venturi Automobiles fournira à HWA AG la monoplace Venturi VFE 05, une voiture entièrement conçue en principauté par l’entreprise monégasque. L’écurie de HWA courra donc avec la même voiture que la team Venturi.

Prochaine génération

Pour l’avenir aussi, Venturi Next Gen, une académie de jeunes pilotes a été lancée début avril 2018. Des jeunes prometteurs sont ainsi formés pour devenir un jour les successeurs de Maro Engel et Edoardo Mortara. Selon Gildo Pallanca Pastor, c’est clair : il faut miser sur l’électrique. « C’est évident que l’avenir est la mobilité électrique, martèle-t-il avec conviction. On ne va pas continuer à polluer ainsi. La team Venturi est aussi un moyen de travailler sur les nouvelles technologies. » Et pour lui, il n’y a pas de doute. « Le public s’intéresse toujours plus à la Formule E. La F1 ne sera jamais une propulsion électrique. Mais avoir installé une écurie de Formule E en plein Monaco, c’est extraordinaire. Le virage de Venturi vers l’électrique s’est fait avec le prince. Il a tout de suite vu que c’était l’avenir. Je pense que la Formule E aura un jour la même aura que la F1. » Pari lancé !

 

journalistSophie Noachovitch